Semaine du 2 au 8 juillet 2014 - Numéro 1032
Couleurs de foi
  Quatre postures. Un mot qui clôt les prières. Un seul Dieu. C’est le message concis de l’exposi­tion 2014 de la fondation Caravan. « Amen, une prière pour le monde ». Et le monde en a besoin.
Couleurs de foi
Une prêtresse sortie tout droit d’un temple pharaonique, par Réda Abdel-Rahmane
Najet Belhatem02-07-2014

Toujours fidèle à son principe fondateur, à savoir construire des ponts entre les croyances et les cultures, entre l’Occident et l’Orient, Caravan s’est engagée cette fois-ci encore plus dans la sphère de l’art comme vecteur de rapprochement entre les peuples. « Nous avons choisi quatre postures qui illustrent la prière dans les trois religions, l’islam, le christianisme et le judaïsme, la quatrième posture celle de l’homme debout avec les bras tendus et les mains ouvertes vers le haut et celle de ceux qui ont simplement la foi », explique le révé­rend Paul-Gordon Chandler, fonda­teur et président de Caravan et auteur de Pilgrims of Christ on the Muslim Road : Exploring a New Path Between Two Faiths.

Caravan a été créée en 2009 au Caire par le révérend Paul-Gordon Chandler, pasteur jusqu’à l’année dernière de l’église épiscopale Saint-Georges le Baptiste à Maadi, comme un festival d’art entre les croyances. « Cette église a toujours été un foyer pour l’art, et quand j’y suis arrivé, cela m’a donné l’idée de joindre les deux concepts, la foi et l’art, et c’est à partir de là qu’a commencé l’aven­ture de Caravan. Avec la dernière exposition, En paix et avec compas­sion, tenue après Le Caire, à Londres, à la cathédrale Saint-Paul, le nombre des visiteurs a atteint les 120 000. De retour aux Etats-Unis, j’ai transformé l’initiative Caravan en ONG », dit-il. Cette exposition avait pour objectif de faire passer un message de tolé­rance via 90 ânes de taille réelle, en fibre de glace, conçus et sculptés par Réda Abdel-Rahmane, artiste, peintre et commissaire de Caravan, que 45 artistes égyptiens et étrangers avaient revêtus de leur vision artistique.

Cette année, ce sont des corps humains en posture de prière, tou­jours de taille réelle et en fibre de glace, que 48 artistes (30 Egyptiens et 18 Occidentaux) ont couverts de leur conception de la foi.

Le bleu de la pureté

Dans la Salle Al-Bab dans l’en­ceinte de l’Opéra, ce sont les 30 oeuvres d’artistes égyptiens qui ont été exposées jusqu’au 1er juillet, dans un hymne au créateur et à la foi. Accroupises, assises ou debout, elles regorgent de couleurs et de symboles. Fait marquant, la couleur bleue est le point commun de la majorité des oeuvres. « Peut-être parce que le bleu représente la pureté, l’eau et le ciel », commente Réda Abdel-Rahmane, dont l’oeuvre, en posture assise, a l’air d’être une prêtresse sortie tout droit d’un temple pharaonique, avec sur ses genoux un plat d’offrandes for­mées de scarabées bleus.

A Quelques pas de là, Hicham Al-Zeini a choisi de percer sa sculp­ture de plusieurs trous, d’où éma­nent des faisceaux de lumière, de quoi lui donner des airs d’un soufi en état d’extase. Cette sculpture est en contraste avec l’oeuvre de Hicham Saqr, dont la sérénité du visage et la quiétude semblent jeter un regard désolé sur un papyrus où un aigle menaçant côtoie des visages belliqueux. Et sur sa poitrine un visage déstructuré en peine d’har­monie. Dans la même lancée, Karim Abdel-Malek a choisi de démem­brer sa statue accroupie dans la tête de laquelle il a planté une clé reliée à une chaîne qui s’accumule sur le sol.

Et l’échiquier qu’il a peint sur son buste semble dire toutes les manipu­lations qui dénaturent la foi. Plus jovial, Khaled Sorour a recouvert sa statue, en posture de prière debout, d’un revêtement de fleurs colorées qui ressemble bizarrement à ces isdals (vêtement à manches longues qui recouvre le corps de la tête aux pieds porté par les femmes musul­manes lors de la prière) vendus sur les étals dans les souks du Caire. La femme bras croisés et tête baissée de Emad Abdel-Wahab tranche subitement avec la précédente avec ses bas colorés, ses yeux chargés de fards, son corset à même le corps et ses ongles manucurés comme pour dire que la piété n’est pas l’apanage des bien-pensants.

Hamdi Réda est le seul à ne pas avoir recouru aux couleurs. Son homme, en station assise, l’une des postures de la prière en islam, est peint en noir et porte des écouteurs aux oreilles comme une grimace face à une modernité bruyante qui occulte l’humanité de l’homme et entrave sa paix intérieure.

Amen et Amon

A partir du 31 août, l’exposition entière avec les 48 oeuvres se posera à New York à la Cathédrale of st John the Divine. Toutes avec un seul mot d’ordre : Amen, propre aux trois religions du livre. « Nous avons aussi relié le mot Amen au dieu Amon, d’où il doit probable­ment découler ». Les sculptures des corps humains en postures de prière exécutées par Réda Abdel-Rahmane ont été inspirées des représentations du Dieu Amon, dont le nom veut dire « le Caché » ou « l’Inconnais­sable », celui dont on ne peut connaître la « vraie » forme. « La prochaine exposition de Caravan portera le nom de I am (je suis), c’est une réflexion sur les identi­tés », annonce le révérend Chandler, en ajoutant que l’initiative de l’art comme passerelle entre les fois et les cultures est en train de prendre de l’envol. « Nous avons reçu une invitation d’Inde de la part de musulmans et de chrétiens pour bâtir des ponts artistiques avec les hindouistes », dit-il.

A partir du 31 août, l’exposition se tiendra à Washington, à la Cathédrale Saint John the Divine, et puis à partir du 16 octobre à New York.




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