Semaine du 25 juin au 1er juillet 2014 - Numéro 1031
Crise en Afghanistan
Maha Al-Cherbini avec agences25-06-2014
 
  Mettant en péril un scrutin qualifié de « réussi », le favori de la présidentielle afghane, Abdullah Abdullah, menace de rejeter le résultat du second tour en raison de présumées fraudes.

Il semble que l’Afghanistan est condamné à ne sortir d’un gouffre que pour tomber dans un précipice plus profond. Alors que l’on s’attendait, le 2 juillet, aux résultats préliminaires de la présidentielle afghane— considérée jusqu’ici comme « une réussite » —, le pays risque de s’enfoncer de nouveau dans l’abîme de la violence et de l’anarchie. A la surprise de tous, la présidentielle s’est transformée en crise politique, avec la menace du favori du premier tour, Abdullah Abdullah, de rejeter le résultat du scrutin pour cause de fraude au détriment de son camp, affirmant qu’il boycotterait la commission électorale. « A partir de maintenant, toutes les actions de la part de la commission électorale seront illégales et ses résultats seront inacceptables », a déclaré Abdullah, demandant l’arrêt du décompte des voix pour examiner les fraudes. M. Abdullah a rejeté la responsabilité de cette crise sur les épaules du président sortant Hamid Karzai qui a mis en place un système permettant de larges fraudes.

En 2009, Abdullah s’était retiré au deuxième tour de la présidentielle en évoquant des fraudes, laissant la place à Karzai. Cette fois-ci en revanche, il ne semble pas avoir l’intention de céder. M. Abdullah, qui a rassemblé 45% des voix au premier tour le 5 avril, n’a cessé de dénoncer, depuis la fin du second tour le 14 juin, de larges fraudes contre son camp qui pourraient bénéficier à son rival Ashraf Ghani (31,6% au premier tour). Dans de telles conditions, la colère des partisans de M. Abdullah pourrait créer des tensions, voire déboucher sur des affrontements. Déjà, des centaines de manifestants anti-fraudes ont défilé dimanche dans les rues de Kaboul, au lendemain d’une manifestation de plus de 1 000 personnes pour protester contre les irrégularités du scrutin. Les partisans de M. Abdullah ont même assuré qu’ils resteraient sur place jusqu’à ce que leur favori soit proclamé président. Plus grave encore, des tensions ethniques sont à craindre entre les deux camps en cas de désaccord sur l’issue du scrutin: M. Ghani, un Pachtoune, jouit du soutien de cette population du sud de l’Afghanistan, tandis que M. Abdullah est soutenu principalement par les Tadjiks du Nord. Face à cette impasse politique, la mission des Nations-Unies en Afghanistan (Unama) a regretté la décision de Abdullah, la qualifiant de « surprise ». Une surprise aux allures de « coup de poker » qui pourrait fragiliser la première transition démocratique de l’histoire du pays, dirigé par Hamid Karzaï depuis la chute des talibans en 2001.




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