Semaine du 25 juin au 1er juillet 2014 - Numéro 1031
Daech opère sur les réseaux sociaux
  Parallèlement à ses récents succès militaires sur le terrain, Daech a mis en place une stratégie de communication sur les réseaux sociaux qui a engendré un regain d'attention internationale à son égard.
Daech
L'une des images de publicités de Daech sur Twitter.
Amira Samir25-06-2014

L’Etat Islamique en Iraq et au Levant (EIIL ou Daech en arabe) mène une campagne de communication qui fait rage sur les réseaux sociaux. La communication se fait de façon pyramidale. Des comptes officiels, au sommet, diffusent les déclarations et les vidéos. Ensuite, des comptes Twitter gérés par des équipes sur le terrain donnent des informations sur l’avancée des troupes, les victimes, etc. Les profils des comptes Twitter des combattants diffusent aussi les messages du groupe. Les profils des combattants, sur Facebook ou Twitter, ont une autre fonction, celle de dessiner une image positive du djihad, la guerre sainte. Sur leurs profils, les combattants racontent leur vie au front, plaisantent et postent des photos. Ils présentent le djihad comme un mode de vie.

Les comptes des soutiens du groupe, qui ne sont pas sur le terrain, sont aussi utiles à ce groupe djihadiste à vocation internationaliste. Il s’agit de plusieurs comptes en plusieurs langues à la fois qui diffusent les messages de Daech et souvent les traduisent pour renforcer l’image et attirer de potentiels bailleurs de fonds. Il est presque impossible de définir, aujourd’hui, le nombre exact des soutiens à Daech. Grâce à eux, sa présence sur les réseaux sociaux et surtout sur Twitter est de plus en plus visible et efficace, malgré les tentatives de censure du gouvernement iraqien. Le groupe vient même de diffuser une courte vidéo de propagande présentée en français, sous-titrée en anglais et accompagnée d’un hymne djihadiste en allemand. Lors de son avancée vers Bagdad, Daech a déployé un plan de communication proche de celui utilisé en marketing pour lancer un nouveau produit en diffusant par exemple une image du drapeau de Daech flottant sur un bâtiment de la capitale iraqienne, Bagdad, avec la mention: « Bagdad, nous arrivons ! ».

La présence d’un groupe djihadiste sur les réseaux sociaux, notamment Twitter, n’est pas nouvelle, mais jamais un groupe djihadiste n’avait autant exploité ses possibilités. « Les groupes djihadistes, et Daech en particulier, ont constaté que leurs guerres avec les régimes de leur pays ne sont pas uniquement militaires, mais médiatiques aussi. Ils cherchent à faire la propagande de leurs idéologies à travers le Web et surtout les réseaux sociaux », explique Rania Makram, chercheuse au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram.

Application supprimée

En avril dernier, Daech a lancé une application Android, The Dawn of Glad Tidings, (Fajr Al-Bachayer, l’aube des victoires) qui permet au groupe de poster des messages automatiquement sur le compte des combattants. L’objectif est clair: contrôler les messages diffusés et faire passer un contenu pour devenir plus populaire. C’est le premier groupe djihadiste à mettre en ligne une application. Mais cette dernière vient d’être supprimée par Google. « Daech se distingue des autres groupes djihadistes par un sens de l’innovation et de la communication qui retient l’attention des analystes militaires. Il s’est affirmé comme le plus puissant et le premier à professionnaliser son action sur les réseaux sociaux. Il compte le plus grand nombre de fans sur les réseaux sociaux, en particulier sur Twitter, en plus de ses innombrables comptes officiels et pages personnelles », souligne Rania Makram.

Comme une entreprise, et pour la deuxième année consécutive, le groupe djihadiste a fait sortir, fin mars 2014, un rapport d’activité annuel de 400 pages, en arabe, qui détaille les attentats en 2013, les assassinats, le nombre de morts pour chaque opération, les recettes encaissées de la part de leurs mécènes et les « projets de développement ». « Daech a mené près de 10000 opérations armées en Iraq entre novembre 2012 et novembre 2013 avec 8 villes conquises, 1 083 assassinats, 4 465 explosions d’engins piégés, 30 check-points permanents dressés sur les routes et plusieurs centaines de prisonniers libérés », lit-on dans ce rapport dont une partie a été publiée en une du journal américain Financial Times. Il s’agit d’un coup marketing qui met à distance la violence de la guerre sur le terrain et justifie, en même temps, la crédibilité du projet du groupe djihadiste d’un Etat islamique. Les chiffres sont de nature à impressionner les adversaires et les donateurs. Selon l’Institute for the Study of War, les données du rapport d’activité annuel sont crédibles, même si tous les chiffres avancés ne sont pas vérifiables. Tout ce que Daech diffuse est pourtant réel. Mais il reste que ce groupe djihadiste se construit comme une marque avec une identité numérique très forte dont le credo serait la transparence.



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