Semaine du 23 au 29 avril 2014 - Numéro 1022
Charbon : le tourisme broie du noir
  Face à la décision autorisant l'importation de charbon, les professionnels du tourisme se mobilisent. Ils craignent un impact négatif sur le secteur.
Charbon.
Dalia Farouq23-04-2014

Alors que le monde se dirige vers l’économie verte, l’Egypte vient de décider d’utiliser du charbon dans sa production énergétique. Cette décision n’est pas seulement contestée par les défenseurs de l’environnement mais aussi par les professionnels du tourisme qui ne voient pas cette idée d’un très bon oeil.

« Charbon et tourisme ne vont pas de pair », a déclaré à la presse Hicham Zaazoue, ministre du Tourisme. L’Union des Chambres du tourisme refuse, elle aussi, catégoriquement l’importation du charbon et son utilisation dans la production d’énergie. « C’estun véritable danger pour le tourisme. L’industrie du tourismedans le monde entier se tourne vers un tourisme vert et l’utilisation des ressources renouvelables comme l’énergie solaire ou éolienne. En outre, les ressources d’énergie propres abondent en Egypte. Pourquoi reculer quand on peut avancer ? », regrette Adel Abdel-Razeq, membre de l’Union des chambres du tourisme.

Mahmoud Al-Qaissouni, conseiller du ministre du Tourisme pour le tourisme écologique, assure que selon les dernières études de l’Organisation mondiale du tourisme, le prix et la qualité des services ne sont plus les seuls critères pris en compte dans le choix des destinations. « Les normes écologiques deviennent des critères de plus en plus importants, et les voyageurs sont de plus en plus sensibles à leur empreinte écologique dans les pays qu’ils visitent. Le tourisme écologique est le tourisme de l’avenir. Tout pays qui a la volonté de développer son industrie du tourisme à long terme doit accorder plus d’importance au développement de ce genre de tourisme », précise-t-il.

Cette décision autorisant l’importation du charbon met fin aux efforts déployésdepuis 2008 par le ministère du Tourisme pour adopter un tourisme vert en Egypte. Elle va aussi à l’encontre des investissements mis en place pour rendre les grandes villes touristiques moins polluantes.

L’initiative Green Charm a été lancée en 2010. Elle vise à faire de Charm Al-Cheikh un modèle d’utilisation des ressources renouvelables, notamment dans les hôtels. Le ministère a déjà commencé la mise en oeuvre des étapes préparatoires pour faciliter l’exécution de ce projet. Il a créé une unité pour le tourisme vert et durable, qui a pour but de gérer le dossier des aménagements nécessaires et d’opérer une coordination entre les différents organismes.

Le ministère a par ailleurs mis en place un nouveau système de classification des hôtels appelé « Green Star Hôtel ». Ce programme à étoiles vertes « vise à encourager la transformation des hôtels deCharmAl-Cheikh en bâtiments répondant aux normes écologiques les plus pointues ».

Un secteur à fort potentiel

Selon les études de l’Organisation mondiale du tourisme, le tourisme vert possède un taux de croissance trois fois plus élevé que le tourisme traditionnel. Une fois appliquée à Charm, il était prévu d’étendre cette initiative à Gouna.

« Mais maintenant est-ce que cela vaut la peine de poursuivre ces initiatives ? », se lamente Al-Qaissouni, qui prévient qu’un arrêt des donations des pays développés afin d’achever ces projets écotouristiques pourrait intervenir en réponse à l’utilisation du charbon.

L’Association des investisseurs touristiques de la mer Rouge a dénoncé dans une pétition envoyée au premier ministre cette nouvelle décision. « Le pire est que l’importation du charbon se fera à travers la mer Rouge puisqu’il viendra d’Afrique du Sud. C’est à travers le port de Safaga qu’il sera déchargé des navires. Cela causera d’importants dégâts à tous les niveaux, non seulement à Safaga mais dans toute la mer Rouge », regrette Ahmed Balbaa, président de l’Association des investisseurs de la mer Rouge.

L’ensemble des professionnels du tourisme condamne l’autorisation d’importation du charbon et demande au gouvernement de la geler au plus vite. Mais, du côté des industriels, la question se pose dans d’autres termes.




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