Semaine du 16 au 21 avril 2014 - Numéro 1021
Le jeu et les jouets de la vie
  Entre apparence et réalité, Hani Rached expose à la galerie Machrabiya, Jeux d’enfants. Ses jouets-icônes puisent dans le vécu, et ses fluctuations, entre sarcasmes et distorsions.
Le jeu et les jouets de la vie
Tok-tok et ses passagers, témoins de la rue égyptienne et de ses multiples fluctuations.
Névine Lameï16-04-2014

Sous le titre de Jeux d’enfants, le jeune peintre Hani Rached propose au spectateur, à la galerie Machrabiya, une large gamme d’installations créatives de jouets. Sur ces installations, de petit et grand format, éparpillées de part et d’autre dans tout l’espace de la galerie, est apposé un code-barres sur lequel est mentionnée la provenance de chaque jouet : La compagnie Machrabiya d’import-export. Matériel : Jeux d’enfants. Importateur : Hani Rached. Fabriqué en Egypte. Prix du produit : 25 L.E.

Un jeu interactif et plaisant qui invite le récepteur à se déplacer librement pour choisir son jouet préféré qui ne tarde pas à susciter chez le consommateur autant d’interrogations sur le quotidien vécu. Néanmoins, accepter de rentrer dans un jeu signé Hani Rached ne se fait pas sans s’immiscer, comme d’habitude, dans son art aux enjeux sociopolitiques, soit pour dénoncer la société, soit pour sympathiser avec elle, avec humour et sarcasme.

Tantôt inquiet, tantôt ravi, confus et instable, la plupart du temps, Hani Rached ne cesse de nouer des relations humaines lors de ses multiples déplacements, cherchant constamment à pénétrer les tréfonds des êtres, surtout ceux des gens simples. « Ça nous suffit de parler en politique. D’ailleurs, les médias, facteur d’influence politique, jouent bien à nos jours ce rôle. Ça nous suffit de rester dans l’ignorance et la naïveté, une fois que les masques sont tombés. Comme tous les Egyptiens, je me sens épuisé dans une société d’enjeux politiques et de mensonges. Raison pour laquelle, et pour ne pas perdre espoir, j’ai décidé dans ma nouvelle exposition de traiter de jeux d’enfants et de puiser dans le quotidien vécu, dans un style enfantin et original, spontané et coloré. Une autre manière moins dramatique, très humaine, pour dénoncer autrement le malaise social », déclare Hani Rached.

Voici autant de scènes humoristiques de Jeux d’enfants qui, créées par Rached, développent des narrations et prennent les atours du conte en se focalisant sur des éléments communs, témoins de la rue égyptienne et de ses multiples fluctuations. Autobus, microbus, taxi, tok-tok… Ces moyens de transport en commun, les plus utilisés par les Egyptiens, se transforment admirablement, avec Rached, en des jouets faciles à saisir, sans l’effort habituel.

D’où le sarcasme, dans l’exposition, entre réalité vécue et fiction jouée ! Un sarcasme renforcé par le fait de recourir au plastique, en tant que support essentiel des installations. « Matière macromolécule et élastique, rapide et facile à manier, le plastique dilaté répond à mes exigences créatives, celles de donner multiples formes à mes jouets », déclare Rached, qui peint le sujet qu’il désire, puis la phase de moulage, puis de dilatation, jusqu’à créer son jouet.

« La dilatation du plastique donne aux jouets cet effet de flou et de mouvement pour accentuer l’idée de la distorsion de notre vision à l’égard de la société. Une vision floue et indéfinie proche à la réalité vécue. A nos jours, nous vivons dans une farce ridicule. C’est le jeu de la vie », dénonce Rached.

Ames étouffées

Objets du quotidien, mais aussi êtres humains. A côté de ces objets du quotidien : autobus, taxi … de différentes tailles, placés librement à l’espace Machrabiya, Hani Rached donne au reste de ses jouets une forme humaine, cette fois-ci en miniature.

Toujours en plastique dilaté, ces petits jouets sont empaquetés et « enfermés » dans des sacs et des boîtes transparentes. De simples divertissements, ces jouets portant une forme humaine sont devenus des icônes. Voici un paysan, un marchand, un employé, un soldat … Des modèles « simples » et « familiers » de la rue égyptienne, avec une même distorsion sur leur visage et leurs habits, toujours sous l’effet du plastique. Autre manière de sympathiser avec eux et de toucher à leurs étouffements. « Portant un air de sarcasme, mes jouets sont capables de renforcer la monotonie et l’insolence du quotidien. Tout est fait dans le but de former ma propre icône pour dénoncer le vécu », conclut Rached .

Jusqu’au 15 mai, de 10h à 20h (sauf le vendredi). 8, rue Champollion, centre




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