Semaine du 16 au 21 avril 2014 - Numéro 1021
L’humain, la beauté, la laideur
  Sabhane Adam et Hossam Dirar, peintres syrien et égyptien, se renvoient leurs notions de beauté et de laideur par le biais de l›art du portrait. Quand Adam penche pour la laideur, Dirar se tourne vers la beauté : dialogues de fusion et de regards ...
L’humain, la beauté, la laideur
La laideur chez Adam.
Névine Lameï16-04-2014

La belle et la bête, un titre admirablement choisi par la galerie Arttalks pour sa nouvelle exposition qui dévoile somptueusement les peintures du fameux peintre syrien Sabhane Adam, côte à côte avec celles du jeune peintre égyptien Hossam Dirar. Côté beauté, et donc portraits féminins, on retrouve l’Egyptien. Côté laideur, des portraits mi-bête mi-homme, on retrouve Sabhane Adam. Style ou autre, dans un beau contraste de thèmes, couleurs, formes et techniques, les peintures des deux artistes sont exposées dans une réciprocité remarquable.

Peintre et poète autodidacte syrien, Sabhane Adam, 42 ans, montre à travers ses peintures l’Homme dans son intégralité. Ses protagonistes mâles, mi-bête mi-homme, sont peints dans des aspects plus ou moins monstrueux, « disgracieux », souvent déformés, parfois « bâillonnés », laissant constamment percevoir une sorte de colère, de mélancolie et de révolte dans son langage pictural.

C’est vrai que les peintures d’Adam sont « sombres », mais elles se dotent en même temps de parures chatoyantes, incrustées de couleurs phosphorescentes et de glitter argenté, sur une partie de sa créature mâle, qu’elle soit sur sa cravate, son pantalon, son cou ...

D’ailleurs, le portrait de son immense créature, à la fois effrayant et surprenant, élément répétitif dans toutes les peintures d’Adam, fait frémir, avec son visage déformé, ses trois yeux, ses doigts tordus de douleur, rappelant les griffes d’un monstre, ses distorsions anatomiques ou encore avec le sang et les tâches d’encre qui coulent de sa bouche.

Plantée au coeur d’un large plan de toile brute, la créature d’Adam, dans sa solitude et son néant qui l’accompagnent, entre les ténèbres et la lumière, donne au récepteur de son art cette sensation qu’elle vient d’un monde « aristocrate », somptueusement auréolé et mystérieux sous l’effet d’un arrière-fond teinté de marron, couleur de manuscrits anciens, parfois incrusté de calligraphies arabes et de poésies.

Le peintre s’intéresse à la philosophie, à la poésie et à la sociologie, dans un jeu métaphysique, avec des corps contraints et des visages marqués. L’artiste ne tarde pas à le déclarer dans ses écrits : « La plupart des gens ne comprennent pas ce que je fais. Je suis un homme dur et cette dureté se retrouve dans mon travail quand j’étudie le visage humain. Ce visage, je peux le grossir, l’amaigrir, l’embellir, le frapper, le faire mourir dans la plus grande simplicité. Tout pour moi a une signification et un lien avec l’histoire de l’humanité ». Non conventionnel, l’art d’Adam n’aime pas le mot beauté.

Contrairement à son confrère, dans une vision beaucoup plus douce et calme, la beauté est l’une des marques de l’art du jeune artiste égyptien Hossam Dirar, 36 ans. Dans un style et une technique différents, Dirar peint d’immenses portraits féminins fragmentés, sur un fond de couleur grisâtre, avec un remarquable cachet abstrait.

L’abstraction est son mot-clé, et la nature est son inspiration. Raison pour laquelle Dirar use du couteau et de couches superposées d’huile et de résine très fluide et dense, rappelant les couleurs de l’arc-en-ciel, dans un contraste de matière et de masse.

A travers sa palette de couleurs aux textures chaotiques, impulsives et richement multicouches qui prennent du relief, chaque portrait porte une identité propre à travers un certain regard féminin qui capte l’instant, l’immobilité, le silence intérieur de l’être et une forme de sérénité.

Ses peintures sont une surface de silence, de méditation et de repos : une délectation du regard. Il s’agit de portraits de femmes anonymes que l’artiste a rencontrées par hasard lors de ses multiples déplacements, dans un café, dans la rue, dans un aéroport … Familiers, ces portraits féminins qui tourbillonnent, changent, se séparent, vibrent et tendent vers l’illusion optique, ne sont qu’une réinterprétation de la mémoire de Dirar. Un plaisir d’un instant à partager avec lui .

Jusqu’au 7 mai, de 11h à 20h. 8, rue Al-Kamel Mohamad. Zamalek. Tél. : 27363948.




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