Semaine du 16 au 21 avril 2014 - Numéro 1021
Bachar tire une autre salve
  Avec une loi façonnée sur mesure pour écarter les figures de l’opposition, le régime de Bachar Al-Assad concocte une élection présidentielle que la communauté internationale condamne d’avance.
Syrie
Photo: AP
Maha Salem avec agences16-04-2014

Alors que le pays est dévasté par les combats qui ont fait neuf millions de déplacés et de réfugiés, les électeurs à travers la Syrie seront appelés à élire le nouveau président pour sept ans, au suffrage direct.

Le dépôt des candidatures à la présidentielle débutera à partir du 20 avril. Le Parlement syrien a approuvé la semaine dernière les clauses portant sur la présidentielle dans le cadre d’une nouvelle loi électorale. Celles-ci empêchent de facto les figures de l’opposition en exil de se présenter face au président Bachar Al-Assad, car elles stipulent que le futur président doit avoir vécu en Syrie pendant les 10 dernières années de manière continue.

Le départ du président Bachar Al-Assad est la principale revendication de l’opposition qui lutte pour le renverser depuis plus de trois ans. Le président syrien, qui n’a pas encore annoncé officiellement sa candidature, avait affirmé en janvier dernier qu’il y avait de fortes chances qu’il se représente. En théorie, la loi donne pour la première fois depuis des décennies la possibilité à plusieurs candidats de se présenter, conformément à une nouvelle Constitution approuvée en 2012, en pleine guerre.

Celle-ci, passée lors d’un référendum qualifié de plaisanterie par l’opposition, a instauré le pluralisme politique en abolissant la suprématie du parti Baas au pouvoir depuis un demi-siècle. Les électeurs doivent être convoqués entre 60 et 90 jours avant la fin du mandat de Assad, le 17 juillet prochain. Le candidat doit avoir plus de 40 ans, être Syrien, et de parents syriens, ne doit pas avoir été condamné pour un crime, ni être marié à une non-Syrienne.

Il doit avoir vécu dans la République arabe syrienne pendant une période de 10 ans de manière continue au moment de présenter sa candidature et ne doit pas avoir une nationalité autre que la syrienne, ce qui met à l’écart toutes les figures de l’opposition.

Depuis l’ascension du clan Assad en Syrie en 1970, avec Hafez Al-Assad, père de Bachar, la présidentielle est en réalité un plébiscite étant donné qu’il y a toujours eu un candidat unique. Porté au pouvoir en 2000 après la mort de son père, M. Assad a été reconduit en 2007. Il a mené une brève ouverture avant que son régime ne se ferme de nouveau, jusqu’à l’éclatement de la révolte populaire en mars 2011 qui s’est transformée par la suite en une guerre civile à l'issue de la violente répression du pouvoir. Le Parlement doit encore approuver le reste de la nouvelle loi électorale, soit les clauses liées aux élections législatives et municipales.

Morcellement en perspective

En première réaction, le médiateur international Lakhdar Brahimi a mis en garde contre la tenue de l’élection présidentielle syrienne, qui sonnerait selon lui le glas des négociations de paix. « S’il y a une élection, je suppose que l’opposition, toute l’opposition, ne sera probablement pas intéressée à discuter avec le gouvernement », a déclaré Brahimi. Partageant le même avis, 11 pays ont annoncé le 4 avril qu’ils ne reconnaîtraient pas la légitimité de la présidentielle en Syrie. Dans un communiqué conjoint, les pays qui soutiennent l’opposition syrienne ont rappelé au président Bachar Al-Assad l’initiative de créer un « gouvernement de transition » pour la sortie du pays de la crise, avancée lors des négociations de paix Genève-2 en janvier dernier. Quant à l’opposition, Mahmoud Al-Hamza du Conseil national syrien rejoint la position de l’Occident sur l’impossibilité d’organiser la présidentielle en 2014. Selon lui, la campagne présidentielle est un nouveau spectacle d’Assad qui coûtera la vie à des millions de Syriens. Dans un communiqué préparé par le département d’Etat américain, les principaux opposants au régime d’Assad ont qualifié l’élection de « parodie de démocratie », qui entraînera un morcellement du pays. Cette déclaration a été signée par les Etats-Unis, le Royaume-Uni, la France, l’Allemagne, l’Italie, le Qatar, l’Arabie saoudite, l’Egypte, la Jordanie, la Turquie et les Emirats. Le département d’Etat américain a également rappelé que l’Onu considérait Assad comme un criminel responsable de milliers de victimes pendant la guerre civile.




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