Semaine du 9 au 15 avril 2014 - Numéro 1020
Ahmed Al-Attar : Cette fois-ci, le metteur en scène l’a emporté sur le gestionnaire
  Directeur du festival D-CAF, du Studio Emadeddine et de la boîte de production Orient, le metteur en scène Ahmed Al-Attar a fait un retour aux planches en présentant ses deux dernières créations dans le cadre du D-CAF.
Ahmed Al-Attar Cette fois-ci, le metteur en scène l’a emporté sur le gestionnaire
(Photo:Moustafa Abdel-Aty)
May Sélim09-04-2014

Al-Ahram Hebdo : Pourquoi avez-vous choisi de présenter, dans le cadre du festival D-CAF, un extrait de 20 minutes de votre pièce, encore inachevée, The Last Supper (la Cène) et de reprendre une autre pièce dont la création remonte à 2009, The Importance of Being an Arab (le fait d’être un Arabe) ?

Ahmed Al-Attar : Cette année, on s’intéresse davantage à des performances très diversifiées, et on focalise sur la création artistique au Moyen-Orient. C’est pour cette raison qu’on invite des responsables et des délégués pour découvrir des spectacles différents. On essaye de consacrer la dernière semaine du D-CAF au théâtre, afin d’offrir à nos invités l’occasion de suivre les nouveautés.

— A travers vos spectacles, vous optez souvent pour des titres intrigants, lesquels comportent un jeu de mots, une insinuation à des oeuvres universelles. Quelle en est la raison ?

— J’emprunte souvent les titres à des oeuvres théâtrales bien connues, comme La Vie est belle non seulement de Bengini, mais aussi de Marcel Archad, En attendant Godot de Beckett, The Importance of Being Arab d’Oscar Wild, qui a écrit The Importance of Being Earnest. J’aime jouer avec ces titres et emprunter aussi d’autres titres au théâtre commercial, comme La Belle et les méchants, Rambo, Maman je veux gagner le million, etc.

— Vous collaborez toujours avec Hassan Khan en musique et Hussein Baydoun en scénographie et décor. Comment expliquez- vous cet accord entre vous ?

— J’ai travaillé avec Hassan Khan depuis la création de mes premiers spectacles, après avoir terminé mes études universitaires. Cela fait plus de 20 ans. Et avec Hussein Baydoun, j’ai commencé à travailler depuis l’an 2000. Il s’occupe du décor, des costumes et de la scénographie. En éclairage, je collabore avec Charlie Astrom depuis 2004. Nous travaillons toujours ensemble parce qu’il y a une sorte d’entente entre nous sur le plan idéologique et artistique. Nous avons tous le sentiment que nous nous complétons les uns les autres. Pour le travail d’équipe, ce genre de communication est primordial.

— Vous êtes loin des planches depuis 2009, pourquoi ?

— La gestion et le travail administratif m’absorbent, en tant que directeur du festival D-CAF, du Studio Emadeddine et de la boîte de production Orient. J’ai beaucoup souffert, afin de créer, en 2009, la pièce pour enfants, Hassan et le puits magique. Le spectacle a été reporté à plusieurs reprises. Finalement, il a vu le jour l’an dernier, dans un cadre très limité. Mais cette fois-ci, le metteur en scène l’a emporté sur le gestionnaire. J’ai pris tout le temps nécessaire, afin de créer The Last Supper (la Cène), qui sera donnée en première vers le mois d’octobre prochain au Caire, avant de faire une tournée internationale.

— En quoi diffère la version 2014 de Le Fait d’être un Arabe ?

Le Fait d’être un Arabe repose sur une structure qui permet toujours de faire des modifications en fonction de l’actualité. La pièce est basée sur une série de coups de fil entre les membres d’une famille, des amis et des collègues, etc. J’enregistre ma part de conversation et je l’utilise dans le spectacle. Je garde environ 35 minutes de ces enregistrements, lesquels constituent le texte essentiel de la pièce. Ainsi, le texte change en continu.

— Vos spectacles ont toujours un rapport avec la politique ...

— Je ne m’intéresse pas trop à faire du théâtre politique, et je ne cherche ni à commenter les événements, ni à les raconter. J’aime plutôt aborder le thème de la famille, l’aspect social me touche aux niveaux personnel et artistique. Pour moi, le théâtre, en gros l’Art, est un container de la vie. L’image de la famille dresse un constat de la société. Le rapport entre ses membres et la souveraineté du père selon les traditions correspond à celui existant entre le peuple et le président. Si le rapport entre les membres de la famille change, on peut donc s’attendre à un changement dans le rapport gouvernant et gouverné.

— Il y a quelques années, vous avez fondé la compagnie théâtrale Al-Maabad (le temple) ... Comment la situer par rapport aux autres formations « indépendantes » ?

— Elle est dans une situation stable. Elle continue à produire des spectacles, même s’ils sont limités. Elle garde toujours le même esprit depuis sa fondation en 1998. Et elle poursuit son travail dans des circonstances difficiles.

Les troupes indépendantes, en général, s’empêtrent dans les conflits internes et les rivalités. Elles oublient complètement leur raison d’être et le contexte où elles sont nées, notamment dans les années 1990. Actuellement, le théâtre en Egypte est en nette régression. Le théâtre commercial n’existe plus, et celui subventionné par l’Etat est en chute libre. L’Etat doit agir et oeuvrer en collaboration étroite avec les troupes indépendantes, pour parvenir à une véritable réforme. Cela exige une volonté politique qui dépasse celle du ministre de la Culture. En écartant la société civile et les formations indépendantes, on ne fait que tourner dans un cercle vicieux.




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