Semaine du 9 au 15 avril 2014 - Numéro 1020
Recul des importations  : l’industrie paie le prix
  Les importations égyptiennes ont nettement reculé au cours de l’année passée, en raison de la régression de l’activité industrielle. La baisse concerne essentiellement les biens nécessaires à l’industrie.
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Les importations de blé ont baissé d'environ le quart. (Photo : Reuters)
Gilane Magdy09-04-2014

A première vue, c’est une bonne nouvelle. Les importations égyp­tiennes ont reculé de manière significative. Mais quand on sait que cette baisse est due uni­quement au recul des importations des biens nécessaires à l’industrie comme le papier, la laine et les biens stratégiques, comme le blé et le maïs, on est amené à revoir son jugement. « La récession qui règne en Egypte, la faiblesse du pouvoir d’achat et la difficulté de transpor­ter les biens d’un lieu à un autre à cause de l’insécurité ont poussé les importateurs à réduire leurs impor­tations », affirme à l’Hebdo Ahmad Chiha, président du département des importateurs au sein de la Chambre de commerce du Caire.

La Banque Centrale d’Egypte (BCE) avait annoncé la semaine dernière un recul des importations égyptiennes de l’ordre de 7,4 % pendant le premier trimestre 2013/2014 (juillet/septembre), pour atteindre 28 milliards de dollars, ce qui représente le triple de la baisse réalisée pendant l’année financière 2012/2013, qui était de 2,9%. « Les importations égyptiennes ont fluc­tué au cours des 5 dernières années, mais la tendance à la baisse s’est accentuée en 2012/2013, à cause de la situation politique. La facture des importations pour l’ensemble de l’année financière 2012-2013 a été de 57 milliards de dollars », selon un rapport du ministère du Commerce extérieur et de l’Inves­tissement en janvier 2014.

La réduction des importations est pourtant un objectif recherché par le gouvernement, qui veut économiser des devises. L’une des conséquences positives de la baisse des importa­tions a été le recul du déficit de la balance commerciale passé de 16,8 milliards de dollars à 15,4 milliards pendant le premier trimestre de l’année 2013/2014. Cela signifie une baisse de la demande sur le billet vert qui n’a cessé de fluctuer sur le marché noir, pour atteindre 7,4 L.E. contre 6,99 dans les banques. Malgré ces indices posi­tifs, le recul des importations inquiète. « La baisse concerne sur­tout les biens nécessaires à l’indus­trie égyptienne et certains produits de base, ceci au moment où les pro­duits importés qui ont une alterna­tive égyptienne, comme les appa­reils électroménagers, sont en hausse », affirme à l’Hebdo Mohamad Abou-Bacha, analyste économique au sein du groupe financier EFG-Hermes.

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Les importations peuvent être divisées en 5 groupes: les matières énergétiques comme le pétrole et le charbon, les matières premières comme le blé et le maïs, les produits intermédiaires comme le plastique et l’aluminium, les biens d’investis­sement comme les ordinateurs, et enfin les biens de consommation durables et non durables. Selon le rapport du ministère du Commerce, les importations des biens intermé­diaires nécessaires à l’industrie ont connu la plus forte baisse (soit 5,4%), suivis par les biens de consommation (5,3%) et les pro­duits pétroliers (4%). Les importa­tions des matières premières et celles des biens d’investissement ont connu une hausse inférieure à celle des années passées. Les matières premières ont augmenté de 6 % pendant l’année financière 2012/2013, pour atteindre 8,6 mil­liards de dollars, d’après le rapport du Commerce extérieur, soit le quart de hausse réalisée l’année précédente. Même chose pour les biens d’investissement qui ont aug­menté de 2% en 2012/2013, soit la moitié de la hausse réalisée l’année précédente. A titre d’exemple, les importations de papier ont baissé au cours de l’année 2013, pour atteindre 205 millions de dollars pendant le premier trimestre 2012/2013 (soit -9,2%) par rapport à la même période de l’année der­nière, d’après le rapport de la BCE publié le mois dernier. Et ce, au moment où les importations de réfrigérateurs ont augmenté de presque le quart en 2012/2013, au moment où les usines égyptiennes souffrent de la baisse des ventes. « Notre groupe a échoué à réaliser le chiffre de vente de l’année der­nière, ce qui a entraîné des pertes de presque 20% pour le groupe, seulement en ce qui concerne les réfrigérateurs », note à l’Hebdo Mohie Al-Arabi, directeur commer­cial au sein du groupe Toshiba Al-Araby.

Restrictions sur certains produits

Le conseiller du ministre du Commerce extérieur, Samir Al-Gammal, affirme à l’Hebdo qu’« une étude a été présentée à l’ancien ministre du Commerce, Hatem Saleh, proposant d’arrêter l’importation des biens produits localement », mais l’Hebdo n’a pu obtenir de copie de cette étude. Le gouvernement a alourdi les restric­tions sur l’importation de certains produits, comme la porcelaine. « L’année dernière, le gouverne­ment a prolongé, pour la 3e année, les tarifs douaniers imposés à l’im­portation de la porcelaine, soit 950 dollars sur chaque tonne, alors que le coût réel de la tonne ne dépasse pas les 400 dollars. Cette mesure a entraîné un recul des importations de ce bien de presque 100 % », assure Ahmad Chiha. Autre exemple, la décision ministérielle prise l’an­née dernière interdisant l’exporta­tion de laine brute, en engageant les usines locales à en fabriquer davan­tage. « Cette mesure a entraîné un recul des importations de laine de 15% au cours de l’année dernière », explique Gamal Al-Samallouti, pré­sident de la Chambre des industries de laine au sein de l’Union des industries égyptiennes.

Les banques représentent une arme pour freiner les importations, en limitant le financement de cer­tains produits. « Les banques ne financent que les importateurs des produits pétroliers et des biens stra­tégiques, ce qui nous a poussés à recourir aux bureaux de change et au marché noir, pour acheter le billet vert. Conséquence: une hausse du coût de nos importations de l’ordre de 15 à 17% résultant de l’écart entre les prix des devises dans les banques et ceux du marché noir », note Ahmad Chiha. Et d’ajouter: « La hausse des cours du dollar a entraîné la réduction des importations ».




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