Semaine du 9 au 15 avril 2014 - Numéro 1020
Al-Seil dans l’amertume et la déchirure
  Un calme relatif règne à Al-Seil près d’Assouan après les affrontements sanglants qui ont opposé cette semaine deux tribus rivales de la région. Les habitants réclament des mesures de sécurité plus strictes.
Assouan
L'intervention de l'armée a permis de rétablir l'ordre.
Mouafaq Aboul-Nil09-04-2014

Assouan, De notre correspondant —

L’angoisse apparaît sur les visages las et épuisés. Les habitants d’Al-Seil dans la région d’Assouan n’oublieront jamais les événements de cette semaine. Eux qui sont tant habitués au calme. Tout commence le jeudi 3 avril lorsqu’un élève de l’école technique d’Al-Lewaa, originaire de la tribu nubienne de Daboud, perd sa tablette et accuse un de ses camarades, originaire de la tribu de Béni-Hilal, de la lui avoir volée. Une rixe éclate entre les deux garçons et dégénère rapidement en bagarre générale. Le lendemain, sur les murs de l’école, des inscriptions mal­veillantes à l’égard des deux tribus provoquent les Daboudais qui, aussitôt après la prière du vendredi, se rendent auprès de leurs voisins de Béni-Hilal pour leur faire des reproches. Mais ces derniers n’acceptent pas les reproches. Une grande bagarre éclate. Bilan: trois Nubiens tués dont une femme ainsi qu’un membre de la tribu de Béni-Hilal. Lorsque la nouvelle du meurtre des trois Nubiens par les balles des Hilalis se répand, des centaines d’habitants des villages nubiens viennent à Al-Seil pour présenter leurs condoléances, et la scène se transforme rapide­ment en révolte. Les Nubiens armés de cannes, d’épées et de couteaux, attaquent les fils de Béni-Hilal pour se venger. Bilan : 18 autres morts. Ces incidents ont secoué l’Egypte entière, amenant à l’intervention de l’armée et incitant le premier ministre, Ibrahim Mahlab, à se rendre sur les lieux, moins de 24 heures après le mas­sacre.

Assouan a toujours été pourtant un gouverno­rat calme et ses habitants sont connus pour leur gentillesse et leur générosité, notamment les Nubiens. Le premier ministre s’est réuni avec les dirigeants des deux tribus et a appelé à la rete­nue. « Nous avons dénoncé la passivité des forces de l’ordre et leur incapacité à maintenir la sécurité. Nous avons dit que la région doit être soumise à un contrôle sécuritaire rigoureux. Nous avons également appelé à une réconcilia­tion à condition que tout le monde jette les armes». L’ingénieur Abdou Sélim, président de l’Union des associations nubiennes, affirme avoir demandé au premier ministre de désarmer les deux parties et de mettre un terme aux foyers criminels.

« Nous sommes confrontés à une sédition, nous avons perdu 16 personnes parmi lesquelles des femmes et des enfants et 16 maisons ont été incendiées. Nous avons demandé à imposer un couvre-feu et à former un comité neutre super­visé par le premier ministre en personne pour instaurer la justice et dévoiler les acteurs res­ponsables de ces violences et les présenter à la justice. Nous sommes prêts à conclure une trêve, à être coopératifs avec la sécurité et nous demandons aux médias d’être impartiaux dans leur couverture », a déclaré pour sa part l’ingé­nieur Ahmed Al-Sayed, un des leaders de la tribu des Béni-Hilal.

Des rivalités cachées

Daboud est l’une des plus grandes tribus nubiennes et Béni-Hilal est une tribu arabe originaire de la presqu’île arabique. Les fils de cette tribu se sont implantés dans la plupart des gouvernorats du sud de la Haute-Egypte dans les années 1960. Selon certains observa­teurs, des rivalités cachées existaient entre les deux tribus. Les Béni-Hilal étaient proches de l’ancien régime. Après la chute de celui-ci, ils ont commencé à perdre peu à peu leur prestige au profit de la tribu de Daboud dont une délé­gation s’est rendue récemment au Caire pour rendre visite au maréchal Al-Sissi. Cet arrière-fond politique explique en partie les rivalités entre les deux camps.

Au lendemain de la visite du premier ministre à Assouan, un calme relatif est reve­nu dans les rues de la ville. Puis à 11h, les journaux sont arrivés avec les nouvelles du massacre et les photos des cadavres entassés sur un chariot. La majorité des victimes appartiennent à Béni-Hilal qui ont refusé d’enterrer 14 des cadavres présents dans la morgue avant de les venger. Dès que ces nou­velles ont été annoncées, les accrochages ont repris. Il y a eu encore 1 mort et 2 blessés dans chaque camp. Cette situation a poussé le ministère de l’Intérieur à envoyer par hélicop­tère des forces d’intervention rapide pour tenter de mettre fin aux accrochages.

Le grand imam d’Al-Azhar a publié un communiqué dans lequel il demande aux savants musulmans d’intervenir afin de mettre fin à la sédition et réconcilier les deux tribus en conflit. Le gouverneur d’Assouan a sus­pendu les cours dans les écoles, les instituts azharis et à l’université dans les quartiers qui ont été le théâtre d’accrochages jusqu’à ce que la sécurité soit rétablie dans la ville.



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