Semaine du 19 au 25 mars 2014 - Numéro 1017
Rue Al-Moez : deuxième cure de jouvence
  Après sa rénovation, la rue Al-Moez, artère du Caire fatimide, sera consacrée dès cette semaine aux piétons tous les jours de 9h à 22h.
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Marianne Ramsès19-03-2014

La rue Al-Moez Lidine Allah redeviendra piétonne à la mi-mars. C’est la première mission dont doit s’acquitter le ministre d’Etat pour les Affaires des antiquités, Mohamad Ibrahim, après sa reconduction dans la nouvelle équipe gouvernementale du premier ministre Ibrahim Mehleb. La rue se trouve dans un état déplorable depuis la révolution du 25 janvier 2011.

Le réaménagement de cette rue regorgeant d’histoires et de monuments se fera sur trois phases. La première, qui vient d’être achevée, concerne les travaux se rapportant aux façades. La deuxième, en cours d’élaboration, porte sur la restauration des portails électriques afin d’interdire aux véhicules d’y circuler. Quant à la troisième phase, elle vise l’éclairage public de la rue.

S’étalant de la rue Al-Azhar à Bab Al-Foutouh, la rue Al-Moez, vieille d’environ 1050 ans, regroupe des monuments des époques omeyyade, fatimide, ayyoubide, mamelouke et ottomane. Des mosquées, des kottabs, des marchés, des wékalas, des madrassas, des fontaines publiques (sabils), des maisons avec des moucharabiehs jalonnent de part et d’autre cette rue millénaire. Le visiteur ressent une certaine nostalgie pour le passé grâce à la présence de la mosquée d’Al-Hakem Bi Amr Allah (990-1012), le kottab et sabil de Soliman Al-Selehdar (1829), le sabil de l’émir Abdel-Rahman Kankhada (1744/1745), la mosquée d’Al-Aqmar (1125) ... pour ne citer qu’eux.

Musée à ciel ouvert

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(Photo : Ahmad Chéhata)

Le projet d’aménager la rue Al-Moez, inscrite en 1979 sur la liste du Patrimoine mondial de l’Unesco, remonte à 1998, et a été entièrement appliqué en 2008, transformant les lieux en musée à ciel ouvert. Tous les monuments, façades peintes des boutiques et parterres de cette rue du Caire historique charment par leur beauté reflétant l’aspect authentique du Caire islamique fatimide.

« La rue Al-Moez était un site touristique par excellence. Les tour-opérateurs y organisaient des visites le soir », affirme l’ingénieure Hania Mamdouh, du département de restauration du Caire historique. Sans oublier que l’éclairage, donnant un effet de splendeur et de majesté, était impressionnant.

Cependant, la rue a été, lors de la révolution de 2011, abandonnée au pillage et aux sabotages divers. C’est ainsi que tout est à refaire : les façades, l’éclairage et les portails. Bien que la première phase du réaménagement concernant les façades soit terminée, rien ne garantit la sauvegarde de ce patrimoine inestimable compte tenu du vandalisme toujours ambiant.

Alors que faire ? Une sensibilisation des résidents est à cet égard nécessaire. Selon Tareq Al-Ghamrawi, propriétaire d’une boutique d’accessoires, « il faut répondre aux besoins des habitants et prendre en considération leurs propositions. Si les responsables font la sourde oreille, on aura des gens qui haïssent les monuments et par conséquent, leur restauration».

« N’oublions pas que c’est une rue animée. On ne peut la transformer en un cimetière. La participation des habitants est cruciale. On a de bonnes idées : par exemple on peut réaliser des films documentaires sur chaque monument pour les projeter sur leurs murs », ajoute-t-il. Une fois que les portails électriques fonctionneront, les véhicules seront interdits de circuler, sauf le soir pour que les commercants puissent refaire leurs stocks. Une expérience vécue de 2008 à 2011.

Les habitants et propriétaires de magasins et bazars voient d’un bon oeil une telle décision. « Avant la rue était plus qu’éblouissante. Maintenant elle est transformée en garage, ce qui est certainement nuisible à notre image touristique. Bien que la fermeture de la rue aux voitures soit une bonne chose, le réaménagement n’est pas tout à fait satisfaisant pour grand nombre des habitants. En 2008, le parterre formé de basalte noir et épais a été un échec total. Et aujourd’hui, une autre faille vient s’ajouter : devant Bab Al-Foutouh où se trouvent des portails électriques, il n’y a pas d’égout, et en cas de pluie, imaginez la catastrophe », martèle Walid Al-Senga, propriétaire d’un magasin.

Comme toute chose, la rue a témoigné de hauts et de bas. Après trois ans de détérioration continue, la rue Al-Moez commence donc à retrouver sa splendeur d’antan.

Deuxième mosquée de l’époque fatimide

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(Photos : Mohamad Hassanein)
La construction de la mosquée d’Al-Hakem Bi Amr Allah a commencé en 990 sous le règne du calife Al-Aziz Bi Allah Al-Fatimi. Décédé avant son achèvement, c’est son fils Al-Hakem qui en prend le relais et les travaux de construction se terminent en 1012. La superficie de cette mosquée, la deuxième érigée par les Fatimides, dépasse les 13 000 m2. Une salle des ablutions se trouve juste au centre de la vaste cour de la mosquée, où l’on trouve deux couloirs menant vers la qibla. A la date de sa construction, la mosquée renferme deux minarets. Des écritures coufiques, caractéristiques de l’époque fatimide, ornent ses murs, ainsi que des formes géométriques.
La mosquée ne faisait pas au départ partie du Caire fatimide jusqu’à ce que le ministre du calife Al-Mostanser Bi Allah, Badr Al-Gamali, l’intègre en construisant un mur entre Bab Al-Foutouh et Bab Al-Nasr. En 1302, un séisme entraîne l’effondrement de ses minarets et Al-Nasser Ben Qalaoun donne l’ordre de restaurer la mosquée. Actuellement, les Bohras, une faction du chiisme dont la doctrine officielle suit les pas de celle des Fatimides, y pratiquent leurs rites religieux. D’ailleurs, ils assument eux-mêmes la responsabilité de restaurer leur lieu de culte.



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