Semaine du 5 au 11 mars 2014 - Numéro 1015
La femme-terre
  Passionnée du beau, dans l’art comme dans la vie, Lara Kanso, professeur de lettres libanaise, présente, à l’occa­sion du mois de la femme, Les Noces de Zahwa. Une perfor­mance dédiée à son amie Zahwa, victime d’un crime d’honneur.
La femme-terre
Les Noces de Zahwa.
Mireille Bridi05-03-2014

Qui est Zahwa ? La question se pose d’emblée. « Zahwa est une amie », répond Lara Kanso, auteur de la performance Les Noces de Zahwa. Et d’ajouter : « Nous étions étudiantes en troisième année de la faculté à l’Université Saint-Joseph à Beyrouth. Elle a été tuée dans son lit, à 19h30, alors qu’elle était encore réveillée ». La cause ? Ce qu’on appelle un crime d’honneur.

Elle a aimé quelqu’un qui n’est pas du même rang social que sa famille. Depuis, la vie a repris pour les autres son cours normal, mais Zahwa a long­temps habité Lara Kanso. Elle est res­tée dans sa mémoire et dans son coeur. Et comme elle avait un projet de théâtre qui se développait parallèlement, elle a décidé d’évoquer toutes sortes de vio­lences commises sur la planète Terre. « Les guerres, les crimes perpétrés contre la planète, cette terre qui a mal, qui souffre et dont on n’écoute jamais les gémissements », lance-t-elle. Jusqu’au jour où, assistant à un docu­mentaire diffusé sur les viols collectifs commis en Egypte, et passant des nuits blanches, elle décide de parler de Zahwa. L’idée était claire et mûre. « Comment peut-on violer la vie de l’Autre, violer l’oeuvre de Dieu ? ».

Mise en scène en trois tableaux

Trois tableaux composent la perfor­mance. Le premier raconte l’histoire de Zahwa. Lara Kanso met en scène la petite histoire accompagnée d’un texte écrit par Abbas Beydoun, poète et écri­vain libanais, et responsable de la sec­tion culturelle dans le journal As-Safir. « Dans ce tableau, précise Lara, je mets l’accent sur la femme-amour, la femme-désir, la femme-corps ». Un dialogue est engagé entre Jean-Marc Nahas le peintre, Wafaa Halawi pour la danse contemporaine, Marwa Khalil qui inter­prète les textes, et Daline Jabbour qui interprète trois chansons, dont une sou­fie et deux orientales. Le dialogue est engagé entre ces trois formes artis­tiques, pour célébrer les noces de Zahwa, ces noces qu’elle n’a jamais eues.

Le deuxième tableau est essentielle­ment composé de danses contempo­raines. « Dans ce tableau, dit Lara Kanso, je parle de la femme-terre ». Cette danse incarne métaphoriquement l’éternel combat avec la mort, la des­truction et la résurrection. A ce niveau, « je fais intervenir des vers de Mahmoud Darwich, le poète palestinien ».

Quant au troisième tableau, Lara parle d’une autre facette de la femme-mère, de la maternité et de la Terre mère. Elle évoque la femme et la Terre mère en mettant en scène un texte de Marguerite Duras intitulé La Mort du jeune aviateur anglais. Une projection vidéo accompagne cette scène. Dans ce tableau, « j’évoque quelque chose de très ancien qui me rappelle La Pietta ou la Vierge qui a perdu son fils et qui me parle tout particulièrement », signale Lara Kanso. Il ne faut cependant pas croire que la performance prenne fin sur une note pessimiste, mais plutôt sur une note d’espérance, un genre de salut à travers l’art.

Le beau et l’humain

Le beau et l’humain se retrouvent dans les oeuvres de Lara Kanso. C’est un besoin qu’elle a ressenti après la guerre de 2006 contre le Liban. Elle avait besoin de faire dans sa vie quelque chose qui lui correspondrait réellement, quelque chose qui réunirait le beau et l’humain. Elle crée alors sa propre agence événementielle « Ô de Rose » spécialisée dans la création d’événe­ments atypiques, loin du faste débor­dant et du luxe froid. En 2011, elle organise un défilé de mode au Music Hall, réunissant de nombreux créateurs libanais autour du thème du peintre Gustav Klimt, avec la soprano nippone Akiko Nakajima. L’événement s’est tenu au profit de l’association Faire Face soutenant les femmes atteintes d’un cancer du sein. Et ainsi, les événe­ments se suivront.

Sensible au beau, Lara l’est aussi à la poésie, présente dans ses oeuvres. « Le monde manque cruellement de poésie. D’authenticité aussi », remarque-t-elle. C’est ainsi qu’on retrouve dans ses spectacles un savant mélange artis­tique de photos, de peinture et de contes.

A l’occasion du mois de la Femme, elle offre, du 13 au 16 mars au théâtre Monnot à Beyrouth, sa dernière perfor­mance, Les Noces de Zahwa .




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