Semaine du 22 au 28 janvier 2014 - Numéro 1009
Des bulles dans la révolution
  Trois nouvelles bandes dessinées viennent d’être traduites en arabe, comme l’épanouissement d’un art rebelle bâtissant des liens entre les mouvements révolutionnaires de par le monde.
des bulles
Saad Al-Qersh22-01-2014

La traduction des bandes dessinées connaît un essor remarquable qui compense leur rareté dans la bibliothèque arabe. En une courte période, plusieurs oeuvres illustrées ont été publiées abordant un espace-temps qui va de la France à l’Iran passant par la Palestine. Pour l’Egypte, il est question de la révolution du 25 janvier 2011, qui tente encore de se frayer un chemin avec 3 nouveaux ouvrages exposant 3 insurrections ... aux idées plus grandes que leurs expériences avortées.

Ce n’est peut-être pas un hasard si la dernière page du roman de Bernard Fisk intitulée La Révolution trompée … l’histoire illustrée de la Commune de Paris incite non à la révolution, mais à l’espoir. En effet, les échecs de la Commune de Paris en 1871 seront dépassés après l’acquisition d’une maturité historique qui a mené à la réussite de la révolution d’octobre 1917. Et malgré les erreurs de la Commune, « elle reste le mouvement prolétaire le plus important au XIXe siècle ». Quant à la traductrice du livre, Rawya Sadeq mentionne dans la préface que la Commune est la première révolution socialiste de l’histoire moderne, et que ce qui en reste est justement ce que la traductrice a vu en Egypte depuis le déclenchement de la révolution du 25 janvier 2011. Dans la Commune et dans la révolution égyptienne du 25 janvier, une leçon importante est à tirer : le peuple s’est libéré grâce à la libération de la femme qui a participé aux deux révolutions. Si la révolution du 25 janvier n’est pas encore terminée, la Commune de Paris a pris fin avec l’attaque sanglante de l’armée, où 30 000 Français ont été exécutés.

A travers les dessins, l’ouvrage raconte l’histoire des 72 jours de la Commune, la ville parfaite grâce à laquelle « pour la première fois dans l’histoire populaire de la France, les ouvriers ne sont plus une force de trop. 83 % des femmes poursuivies sont des ouvrières et 84 % des hommes sont des journaliers. La majorité des communards sont des artisans et des ouvriers », comme le dit Madeleine Roberto, dans le prélude de l’ouvrage publié par Dar Al-Saqafa Al-Gadida, au Caire. Le livre fait état des premières graines de la conscience ouvrière. La Commune est donc le premier exemple d’un gouvernement ouvrier. Or, les communards se sont arrêtés en milieu de chemin, comme s’il s’était agi d’une demi-révolution.

Pas question d’un paradis

Le Paradis d’Al-Zahrâ, d’Amira Khalil, se déroule, quant à lui, en Iran à l’été 2009. Il n’est pas vraiment question d’un paradis, mais plutôt du plus grand cimetière d’Iran. L’oeuvre est dédiée à l’auteur iranien Amir et au dessinateur algérien Khalil, résidant aux Etats-Unis, « aux disparus, aux absents et ceux qui sont tombés », lors de la révolution verte contre la fraude aux élections qui ont abouti à la ré-élection d’Ahmadinejad comme président. Quant aux traducteurs Rim et Ahmad, ils dédient le roman à l’avocat iranien Abdel-Fattah Sultani, condamné en 2012 à 18 ans de prison et une interdiction de pratiquer sa profession pendant 20 ans.

L’ouvrage a été publié en épisodes sur Internet en 2010 et en 8 langues, puis imprimé en 2011 en anglais. La traduction arabe est parue au Caire chez l’éditeur Dar Safsafa. La fin du roman fait part du croisement des destins entre les protestations en Iran en 2009 et la révolution égyptienne du 25 janvier 2011. Le drame de la disparition du héros du roman Mahdi Eloui (19 ans), l’un des disparus parmi les contestataires des résultats des élections, constitue la même histoire « de plus de 1 000 disparus depuis le déclenchement de la révolution en Egypte ».

Entre Paris 1871 et Téhéran 2009, se déroulent les événements de « Palestine », oeuvre de l’écrivain et artiste américain Jo Saco qui, selon la description de l’écrivain Edward Saïd, bénéficierait d’une authenticité rare. Cet ouvrage est un témoignage visuel personnel des conditions de vie des Palestiniens en Cisjordanie et dans le secteur de Gaza. La traduction de Mohamad Abdel-Nabi est parue chez Dar Al-Tanwir à Beyrouth et au Caire. La version arabe de « Palestine » est présentée par Edward Saïd.




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