Semaine du 22 au 28 janvier 2014 - Numéro 1009
Syrie : L'issue incertaine de Genève-2
  Après des semaines d'atermoiements et de pressions occidentales et arabes, l'opposition syrienne a accepté de participer à la conférence de paix de Genève-2. L'espoir de parvenir à un accord reste minime.
Genève-2
Maha Salem22-01-2014

L’opposition syrienne a menacé lundi de retirer sa participation à la confé­rence de paix de Genève-2 si l’invitation à la table des négocia­tions adressée à l’Iran par l’Onu était maintenue. Le secrétaire général de l’Onu, Ban Ki-moon, avait annoncé avoir lancé cette invitation à l’issue de discussions intenses avec le chef de la diplomatie iranienne, Mohammad Javad Zarif. Les Etats-Unis et les puissances occidentales s’étaient opposés à la participation de l’Iran tant qu’il n’aura pas accepté un com­muniqué adopté à Genève le 30 juin 2012 appelant à un gouvernement de transition en Syrie. Une condition encore rappelée par Washington. « Si l’Iran ne souscrit pas totalement et publiquement au communiqué de Genève, l’invitation devra être reti­rée », a déclaré la porte-parole du département d’Etat, Jen Psaki.

Si tout se déroule comme prévu, tous les pays-clés liés au conflit devraient être présents ce mercredi, à Montreux en Suisse, pour l’ouverture de cette conférence tant attendue non seulement par les Syriens mais aussi par la communauté internationale et arabe. En outre, les discussions directes entre le gouvernement du président Bachar Al-Assad et l’oppo­sition devraient débuter vendredi à Genève. Pour faire part de ses bonnes intentions, le régime syrien a fait plu­sieurs concessions dont une promesse de cessez-le-feu, avant Genève-2. En plus, il était disposé à procéder à un échange de prisonniers. « J’ai infor­mé le ministre Lavrov que nous étions prêts à échanger des détenus contre des prisonniers capturés par le camp adverse. Par conséquent, nous sommes prêts à échanger des listes et à élaborer un mécanisme pour y par­venir », a affirmé Walid Mouallem, chef de la diplomatie syrienne.

Par ailleurs, Damas a transmis à Moscou un plan pour assurer la sécu­rité dans la région d’Alep, selon le ministre. « J’ai demandé au ministre Lavrov d’établir les contacts néces­saires pour mettre en oeuvre ce plan, pour déterminer le moment exact de l’arrêt de toutes les actions militaires dans cette région », a expliqué Mouallem.

Ces mesures répondent à certaines exigences de la Coalition de l’oppo­sition syrienne. Cependant, cette dernière a accepté de participer à Genève-2 après de longues discus­sions et sous la pression de la com­munauté internationale et les pays arabes. En novembre dernier, la Coalition avait posé une série de conditions très strictes à sa participa­tion à la conférence. Sur le plan politique, elle avait exigé notamment que les discussions se déroulent sur la base d’un transfert intégral du pouvoir et que le président Bachar Al-Assad et ceux qui ont du sang sur les mains ne jouent aucun rôle dans la transition. « La Coalition veut participer à une solution politique au conflit en Syrie. L’objectif de toute solution politique est la mise en place d’un gouvernement de tran­sition, dont le président Assad ne fera pas partie, doté des pleins pou­voirs et en charge d’organiser des élections transparentes », a rappelé un porte-parole de la Coalition, Khaled Saleh. Outre un nouvel appel au départ du « boucher » (Assad, ndlr), le président de la Coalition de l’opposition, Ahmad Jarba, a accusé le régime de faire du « terrorisme d’Etat », affirmant qu’il était respon­sable de la présence sur le terrain des combattants de l’Etat Islamique en Iraq et au Levant (EIIL), liés à Al-Qaëda, que des combats meur­triers opposent actuellement aux rebelles. Ces exigences ont d’ores et déjà été rejetées par le régime de Damas. Ainsi, les objectifs des deux camps semblent inconciliables, l’op­position martelant que son seul but est de se débarrasser d’Assad. Le régime d’Assad a maintes fois répété qu’il ne comptait pas remettre le pouvoir à qui que ce soit lors de Genève-2. Les deux parties arrive­ront donc avec des objectifs diamé­tralement opposés à ce rendez-vous diplomatique lancé à l’initiative des Etats-Unis et de la Russie pour trou­ver une solution politique.

Le ministre syrien de la Réconciliation nationale, Ali Haidar, a déclaré que Genève-2 ne résoudrait pas la crise syrienne. « N’attendez rien de Genève-2. Ni Genève II, ni Genève III, ni Genève X ne résou­dront la crise syrienne », a déclaré M. Haidar. « La solution a commen­cé, et va se concrétiser par le triomphe militaire de l’Etat et sa détermination ainsi que toutes ses institutions à faire face à des enne­mis qui parient sur son effondre­ment », a ajouté le ministre.

Reprenant les accusations souvent lancées par Bachar Al-Assad, Haidar a aussi estimé que la communauté internationale était responsable de ce qui s’est passé en Syrie. En outre, Haidar a fustigé la Coalition nationale de l’opposition syrienne en exil l’ac­cusant de manquer de « patriotisme ». Pour le ministre, Genève-2 ne pro­duira aucun résultat pour deux rai­sons : la communauté internationale n’est pas prête et le peuple syrien ne sera pas correctement représenté.



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