Semaine du 22 au 28 janvier 2014 - Numéro 1009
Iran : jsuqu’ici tout va bien
  Entre l'Iran et les Six, un premier pas est franchi. L'accord intérimaire, qui limite l'enrichissement d'uranium par Téhéran contre une levée des sanctions internationales, est entré en vigueur. Les deux parties font preuve de bonne volonté mais sont d'accord sur un point : le plus dur est à venir.
Iran
Le chemin vers un accord nucléaire définitif semble long et difficile. (Photo : AP)
Maha Al-Cherbini22-01-2014

Avec l’entrée en vigueur — le lundi 20 janvier — de l’accord nucléaire de Genève conclu entre Téhéran et les Six en novembre dernier, l’heure de vérité a sonné pour le régime iranien qui doit geler, pendant six mois, ses activités nucléaires sensibles en échange d’une levée partielle des sanctions occidentales.

Cette période doit permettre de démarrer des discussions sur un accord global sur le programme nucléaire iranien. Prouvant sa bonne volonté, l’Iran a gelé, dès lundi, une partie de ses activités nucléaires en échange d’une levée partielle des sanctions qui frappent son économie, première étape vers la négociation d’un compromis à plus long terme.

« La suspension volontaire de l’enrichissement d’uranium à 20 % est la mesure principale que nous avons prise lundi », a annoncé le chef de l’organisation nucléaire iranienne, Ali Akbar Salehi, alors que les inspecteurs de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA) ont été déployés sur les sites concernés afin de rendre compte des mesures concrètes prises par l’Iran pour respecter sa part de l’accord.

Selon les analystes, cet accord intérimaire n’est qu’un premier pas sur un long chemin semé d’embûches. « Le plus dur a commencé pour les Iraniens qui doivent prouver à l’Occident leur engagement. Je pense qu’ils vont s’employer à ne pas faire achopper un accord considéré comme une bouée de sauvetage pour leur économie étranglée par les sanctions occidentales », affirme l’expert Mohamad Abbas, analyste au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram.

Conformément à cet accord, Téhéran va recevoir un premier versement de 550 millions de dollars début février. Au total, plus de 4 milliards de dollars d’avoirs iraniens bloqués dans les banques américaines seront remis à Téhéran en six mois. De même, les sanctions contre les exportations pétrochimiques et le commerce de l’or seront levées.

Prouvant elle aussi sa bonne intention, l’Union européenne a affirmé qu’elle lèverait une série de sanctions économiques, juste après que l’AIEA eut affirmé la mise en oeuvre de l’accord par l’Iran. « Tout est en ordre. Toutes les obligations ont été remplies », ont affirmé les experts de l’agence onusienne.

Bien que l’image semble prometteuse, l’optimisme des deux camps reste toujours mêlé de prudence. « Je ne me fais pas d’illusion sur la difficulté d’atteindre un accord définitif avec l’Iran », a reconnu le président Barack Obama — sous la pression du Congrès américain soucieux d’imposer de nouvelles sanctions contre Téhéran —, tandis que le président iranien, Hassan Rohani, a prévenu pour sa part que la route vers un accord serait « longue et difficile ». « Les six mois à venir seront difficiles. Dans deux ou trois semaines, il y aura de nouvelles négociations plus profondes entre Téhéran et les Six pour discuter d’un accord final, car l’accord intérimaire prendra fin le 20 juillet », affirme Mohamad Abbas, selon qui, trois scénarios sont sur la table : soit les deux camps parviendront à un accord final avant 20 juillet, soit l’accord achoppera à jamais, soit il sera prolongé pour six autres mois.

Pour l’heure, ce dernier scénario semble le plus réaliste car la réticence des faucons des régimes iranien et américain aura son poids dans le jeu, sans oublier l’opposition d’Israël qui fera tout pour entraver la conclusion d’un accord final.

Autre pomme de discorde entre Téhéran et l’Occident : les Six devraient demander l’arrêt définitif du site de Fordo et la fermeture du réacteur à eau lourde d’Arak qui produit du plutonium nécessaire à la fabrication de la bombe atomique.

Rohani et Obama face aux oppositions internes

Soucieux d’aplanir toutes les divergences pour aboutir à un accord final, Obama et Rohani auront désormais la lourde tâche de faire taire la voix des faucons de leurs pays. Cette semaine, le président Obama a fait face à une sorte de rébellion parlementaire contre sa stratégie de négociation avec l’Iran quand une majorité de 59 sénateurs se sont rangés derrière un projet de renforcement des sanctions, craignant que la Maison Blanche ne se montre trop conciliante avec la République islamique.

Leur projet de loi donne un an à l’Iran pour accepter un accord, faute de quoi ses exportations pétrolières seraient ramenées à zéro. De peur de voir les négociations capoter, Obama a affirmé qu’il opposerait son veto à toute loi mettant en place de nouvelles sanctions pendant les négociations.

Selon les experts, la Maison Blanche, qui pensait être à l’abri derrière le veto présidentiel, doit désormais s’inquiéter car avec 59 sénateurs, le camp pro-sanctions commence à s’approcher de la majorité des deux tiers (67) nécessaire pour contrer un veto.

Dans le camp iranien, l’image n’est pas plus lumineuse. Le président iranien, Hassan Rohani, subit de fortes pressions de la part des ultraconservateurs hostiles aux concessions de Téhéran. « Certains se demandent pourquoi bâtir une confiance et des relations constructives. C’est pour le progrès du pays ! », a insisté Rohani, un rappel à l’aile dure du régime qui critique ses décisions sur le dossier nucléaire. Rohani est jusqu’à présent soutenu par le guide suprême iranien, Ali Khamenei, qui a le dernier mot sur le programme nucléaire. Selon les experts, Rohani et Obama vont se battre pour parvenir à un accord final qui serait une victoire pour les deux.

Pour le président iranien, l’histoire n’oubliera pas qu’il aurait sauvé l’économie de son pays qui agonisait et qu’il aurait fait sortir le pays de son isolement. Quant au président américain, cet accord sera une grande réalisation : il atténuera son lourd échec en Afghanistan et en Iraq. Même si les pas sont mesurés, l’objectif final est ambitieux : mettre fin à dix années de bras de fer entre l’Iran et les grandes puissances.



Mots clés:

Lien court:

 

Courriel
 
Nom
 
Titre
 
Commentaire