Semaine du 22 au 28 janvier 2014 - Numéro 1009
Le pain toujours arraché dans de longues queues
  « Pain, liberté, justice sociale ». Des mots qui retentissaient sur la place Tahrir en janvier 2011. Trois ans après la révolution, c’est le même slogan et toujours rien. Etat des lieux.
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(Photo : AFP)
Aliaa Al-Korach22-01-2014

« On est en train d’étudier un nouveau système de production de bonnes galettes de pain. Le prix de 5 piastres la galette est une ligne rouge à ne pas franchir », dit Mohamad Abou-Chadi, ministre de l’Approvisionnement, après plus de 6 mois au poste. Des mots qui peinent à convaincre ce citoyen, faisant encore la queue pour décrocher cette galette 35 mois après la chute de Moubarak. Le discours reste inchangé. Le pain est une question de survie pour les Egyptiens qui ont mené deux soulèvements dans leur histoire, connus par « les émeutes du pain ». Le premier était en 1977 sous Anouar Al-Sadate, et le second en 2008 mené par les ouvriers et secouant le régime de Moubarak. En 2011, sur la place Tahrir, les révolutionnaires brandissaient des miches de pain de qualité médiocre, comme pour prouver la cor­ruption de ce régime.

Selon Assem Abdel-Moety, président du Centre égyptien pour la transparence et la lutte contre la corruption, et ex-président du département des boulangeries au sein de l’Organisme central des comptes, le problème du pain persiste encore trois ans après la révolution « car les gouvernements successifs n’ont pas présenté de vision claire pour améliorer le système de production du pain. La qualité de la galette de pain est alarmante et ne répond pas aux normes mondiales ». Et d’ajouter : « L’Egypte est le premier importateur de blé dans le monde. 60 % de ses besoins en cette denrée sont importés alors que la contrebande de la farine subventionnée dans le marché noir a doublé, pour atteindre 40 %. Le reste de la farine ne suffit pas pour fabriquer les 200 millions de galettes par jour ».

Sous le pouvoir des Frères musulmans, la situation s’était dégradée à cause de la pénurie de gasoil, qui a eu des répercussions sur la récolte de blé. Mais aussi à cause du déficit budgétaire, le gouvernement Frères avait arrêté l’importation du blé depuis février jusqu’à la chute de Morsi en juillet. La politique de la libération du prix de la farine, entreprise lors de leurs derniers jours au pouvoir, par le ministre de l’Appro­visionnement de l’époque Bassem Ouda, s’est terminée par un affrontement avec les boulangeries. Elle consistait à subventionner la galette de pain, au lieu de la farine qui était vendue aux boulangeries au prix du marché. Aussi, le système de cartes à puce pour rationaliser la consommation du pain subventionné de 3 à 5 galettes par jour et par personne a provoqué un tollé au sein de la population.

La situation ne s’est pas améliorée sous l’actuel gouvernement transitoire qui se contente d’augmenter les subventions du pain. De 16 milliards de L.E. en 2012, le chiffre atteint 21 milliards. Cette augmentation ne s’est traduite ni par une améliora­tion de la qualité du pain, ni par la disparition des longues queues.




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