Semaine 18 au 24 décembre 2013 - Numéro 1004
Le charbon au coeur du débat
  Le ministère de l’Industrie et des chefs d'entreprise plaident pour la substitution du gaz par le charbon dans les usines. Le ministère de l'Environnement refuse, alors qui aura le dernier mot ?
Le charbon au coeur du débat
Le refus du ministère de l'Environnement de substituer le gaz naturel par le charbon cause de grands problèmes.
Névine Kamel18-12-2013

« Le charbon représente une alternative idéale face à la crise de l’énergie », martèle le ministre de l’Industrie et du Commerce extérieur, Mounir Fakhri Abdel-Nour, en réaction aux dernières déclarations négatives de la ministre de l’Environnement quant à cette option. Il ajoute à l’Hebdo : « Il existe presqu’une unanimité au sein du Conseil des ministres quant à l’utilisation du charbon en tant qu’énergie au moins dans les cimenteries. Et si le ministère de l’Environnement a une autre solution magique, qu’il nous le fasse savoir ».

L’Egypte a connu au cours des deux dernières années une véritable crise de l’énergie, notamment au niveau du gaz naturel. Le secteur industriel, surtout les usines lourdes consommatrices d’énergie, a payé la plus grande part de la facture. Le gouvernement, faisant face à un important manque d’énergie vu la croissance de la consommation des centrales électriques de gaz au cours des mois d’été, a dû réduire entre 15 et 30 % les quantités de gaz délivrées aux industriels. Il en résulte que les usines fonctionnent au maximum à 60 % de leur capacité.

Pour résoudre la crise de l’énergie, l’Union des industries avait déposé un plan pour la libération des prix du gaz naturel auprès du gouvernement pour son application dès le début de juillet 2013. Mais le nouveau gouvernement transitoire de Hazem Al-Beblawy a remis son application à une date ultérieure.

L’importation de gaz naturel est également suspendue pour des raisons inconnues. C’est ainsi que l'emploi du charbon à la place du gaz naturel dans les cimenteries semble être la seule alternative. Cependant, la ministre de l’Environnement s’oppose à ce processus. Laïla Eskandar a annoncé, à la surprise de tous la semaine dernière, qu’il est dangereux d’utiliser le charbon dans l’industrie. « Les gaz résultant du charbon portent atteinte à l’environnement et à la santé. Nous ne pourrons pas approuver une telle décision qui nuit à l’avenir des générations futures », a dit la ministre, au cours d’une conférence de presse tenue la semaine dernière.

Priorité pour le cabinet Beblawy

La substitution du gaz naturel par le charbon dans les industries lourdement consommatrices d’énergie est actuellement une priorité pour le cabinet Beblawy pour résoudre la crise de l’énergie. Et bien qu’une grande majorité des membres du gouvernement et d’hommes d’affaires soit informés des mauvaises répercussions du charbon, ils ne cessent de répéter : « L’Egypte n’est pas un pays parfait économiquement pour rejeter l’utilisation du charbon à cause de ses émissions nocives ». Tamer Abou-Bakr, chef de la commission de l’énergie auprès de l’Union des industries, souligne que 80 % des cimenteries optent pour l’usage du charbon.

Des experts se sont opposés à l’idée de se servir du charbon. Ils ont ainsi formé une campagne intitulée Egyptiens contre le charbon. Ces derniers affirment avoir fait des recherches dans tous les rapports internationaux pour connaître les répercussions de l’usage du charbon. Ils ont également étudié les cas des pays qui ont utilisé le charbon tels que les Etats-Unis, la Chine et l’Allemagne. Résultat : le charbon provoque des effets néfastes sur la santé des citoyens. « Le gouvernement et les hommes d’affaires ne veulent pas admettre que les pays utilisant le charbon ont commencé ce processus au XIXe siècle et ils essayent actuellement de réduire sa consommation afin de mettre fin à la pollution », révèle Ali Amr, directeur exécutif de l’Association pour la protection de l’environnement dans la mer Rouge et membre de la campagne.

Il ajoute que les véhicules qui transporteront le charbon profiteront du gasoil subventionné. La préparation des ports et la modification des lignes de production coûteront des sommes astronomiques, soit entre 15 et 20 milliards de L.E. « Est-ce vraiment la bonne solution ? J’en doute. Le gouvernement préfère toujours la solution de facilité et opte pour les demandes des patrons du secteur privé aux dépens de la société », ajoute-t-il.

Contre l’intérêt des usines

Les émissions nocives du charbon et portant atteinte à la santé des citoyens et l’environnement en Egypte semblent être des raisons évoquées pour lutter contre l’intérêt des usines. Pour Tamer Abou-Bakr, « le ministère de l’Environnement exagère dans ses craintes. Nous ne réinventons pas la roue. Le charbon a vraiment des effets négatifs sur l’environnement, mais les pays qui l’ont utilisé ont trouvé les mécanismes nécessaires pour le traiter ». Il suggère de commencer avec des usines qui se trouvent près des ports comme première étape. Les cimenteries consomment, à elles seules, environ 20 % du gaz naturel destiné à l’industrie, et le charbon fournira 2 milliards de dollars par an, comme le confirme le ministre de l’Industrie.

Omar Mehanna, PDG de l’entreprise Suez pour le ciment, qui s’empare de 20 % de la production du ciment en Egypte, explique que le processus de production du ciment absorbe les émissions dangereuses du charbon. « Les cimenteries sont prêtes à assumer le coût de cette substitution », dit-il, en précisant que l’importation de gaz est une option exclue vu la hausse du prix dans le monde, avec aujourd’hui le m3 fixé à 12 dollars.




Lien court:

 

Courriel
 
Nom
 
Titre
 
Commentaire