Dossier > Autosuffisance Alimentaire >

Ahlane Ramadan : Le bon plan pour acheter moins cher

Ola Hamdi , Jeudi, 31 mars 2022

Plusieurs expositionsventes sont tenues dans différents gouvernorats à l’approche du Ramadan. Objectif : assurer la disponibilité des produits alimentaires à des prix réduits. Reportage.

Ahlane Ramadan : Le bon plan pour acheter moins cher
Plus de 160 entreprises participent à l’édition de cette année de l’exposition Ahlane Ramadan. (Photo : Malak Chérif)

Date : jeudi 24 mars. Lieu : Centre de conférences international Al-Manara à Madinet Nasr. L’endroit est bondé. La 6e édition de l’exposition « Ahlane Ramadan » (bienvenue Ramadan) vient d’ouvrir ses portes pour accueillir, pendant une semaine, les visiteurs qui sont venus de différents quartiers du Caire. Ahlane Ramadan fait partie d’une série d’expositions-ventes des produits alimentaires lancée le 15 mars dans tous les gouvernorats de l’Egypte. L’objectif est d’assurer les denrées alimentaires de base pour le mois sacré à des prix raisonnables, notamment après la hausse du dollar. Une démarche qui intervient dans un contexte de hausse des prix mondiaux des denrées alimentaires, comme conséquence de la guerre en Ukraine. La multiplication de ces points de distributions s’inscrit dans la stratégie de l’Etat de renforcer la sécurité alimentaire et réglementer les prix sur les marchés.

Cette nouvelle édition se tient en coopération avec le ministère de l’Approvisionnement, la Fédération générale des chambres de commerce et le ministère du Commerce et de l’Industrie. Elle se caractérise par des réductions allant de 20 à 30 %, tout en proposant différents types de produits alimentaires, tels que le Yamich (fruits secs et noix), la viande, la volaille, l’huile, le riz, le sucre, etc. L’exposition de cette année connaît une large participation d’entreprises pour exposer tous les produits du Ramadan. Sur une superficie de 12 000 m2, l’exposition est répartie sur 4 halles, avec la participation de plus de 160 entreprises privées, de grandes chaînes commerciales, des entreprises gouvernementales, des branches du projet « Gameyati », et l’organisme des projets de service national du ministère de la Défense. 8 000 points de vente.

Lors de l’inauguration de l’exposition, le premier ministre, Dr Moustapha Madbouli, a multiplié les messages rassurants aux citoyens : « Nous avons suffisamment de stocks de produits de base, nous prévoyons d’atteindre 8 000 nouveaux points de vente pour des produits de base à prix réduits, l’Etat a alloué une importante réserve dans le budget, s’élevant à 130 milliards de L.E., et les expositions se poursuivront après le Ramadan ».


 (Photo : Malak Chérif)

« Les prix des produits disponibles varient. Certains sont abordables, d’autres moins et ne correspondent pas à mon budget. Par exemple, le riz est disponible à des prix allant de 9,30 L.E. à 18 L.E., chacun choisit ce qui lui convient », dit Souad, femme au foyer de 39 ans, venue avec ses trois enfants pour acheter son stock de produits alimentaires du Ramadan, en regardant sa longue liste de demandes. Bien que ce soit le premier jour de l’exposition, les quatre salles sont bondées et des citoyens de différents horizons sont là. Certains sont des habitués, comme Nadia, 42 ans qui n’a raté aucune édition de cette exposition. « Chaque année, je tiens à visiter l’exposition pendant son premier jour, pour profiter des offres proposées. Cette année, avec la hausse des prix, j’avais davantage envie de visiter l’exposition pour que je puisse acheter mes besoins en huile, pâtes et sucre dont les prix sont raisonnables, allant de 2 à 3 L.E., par rapport au prix des marchés. En revanche, les prix de Yamich restent très élevés », raconte Nadia, avant de s’asseoir sur sa chaise pliable qu’elle a amenée avec elle pour faire une pause avant de poursuivre sa course.

En effet, les sociétés exposantes ne se sont pas contentées des remises affichées, elles rivalisent pour présenter plus d’offres avec des remises supplémentaires tout au long de la journée, dont certaines étaient valables pendant une ou plusieurs heures. « On a proposé des débardeurs blancs de coton au prix de 10 L.E. au lieu de 41 L.E. Tout le stock a été vendu en moins d’une heure », affirme l’un des vendeurs. D’autres entreprises organisaient des tirages au sort ou offraient de bons d’achat pour attirer les clients. Cela a attiré les yeux de Nadia, femme au foyer de 48 ans.


 (Photo : Malak Chérif)

« J’adore faire du shopping. Mais à cause des prix élevés, j’ai commencé à abandonner certains produits et à me concentrer sur les produits de base », révèle Nadia, dont les yeux n’ont cessé de chercher à droite et à gauche les bonnes affaires. Hadja Fatma, 60 ans, tente cette année d’économiser. « J’ai acheté du riz, de l’huile et de la margarine, mais en raison des prix, j’ai réduit la quantité par rapport à l’année dernière, afin de pouvoir répondre à tous les besoins de ma famille », dit-elle, et d’ajouter : « J’espère que les commerçants seront consciencieux et qu’ils feront des offres tout au long de l’année et non seulement pendant le Ramadan ». Stratégie à moyen et long termes Ahlane Ramadan fait partie d’une série de mesures prises par le gouvernement cette année pour faire face à la flambée des prix. Le gouvernement a multiplié les efforts pour fournir un stock stratégique sûr de produits alimentaires et contrôler les marchés pour empêcher le monopole et la hausse des prix, c’est ce qu’explique Ahmad Chiha, chef de la division des importateurs à la Chambre du commerce du Caire. La hausse du dollar conduira à une augmentation des prix des biens importés d’au moins 15 %, au cours de la période à venir. Et d’ajouter : « La concurrence entre les commerçants et la prise de conscience des citoyens pourraient contrôler la hausse des prix. Cesser d’acheter des biens qui ont augmenté de manière exagérée poussera sans doute les commerçants à baisser le prix ».  Selon Yomna Al-Hamaqi, professeur d’économie à la faculté de commerce de l’Université de Aïn-Chams, « l’Egypte a traversé des circonstances similaires à plusieurs reprises, dont la plus importante était suite au flottement de la livre égyptienne et la mise en oeuvre du programme de réforme économique en 2016, lorsqu’on a assisté à une grande vague inflationniste qui a atteint 30 %. A ce moment-là, le gouvernement est intervenu pour contrôler les prix comme c’est le cas aujourd’hui », explique Yomna, avant d’ajouter : « Nous avons besoin de dessiner une nouvelle carte agricole pour exploiter toutes les capacités de production d’une manière optimale pour atteindre l’autosuffisance dans d’autres secteurs, telles les plantes oléagineuses, et d’une nouvelle variété de blé qui pourrait résister aux défis du changement climatique ».

Parallèlement, les efforts s’intensifient pour surveiller et contrôler les marchés, afin d’empêcher le monopole et la hausse des prix, en suivant le mouvement des marchés et la disponibilité de divers produits. La semaine dernière, le procureur général égyptien a ordonné la détention de 12 commerçants accusés de stocker des produits de base, afin de profiter de l’inflation mondiale et de l’augmentation de la demande pendant la saison du Ramadan. « Contrôler le rythme du marché est une priorité pour réduire les effets redoutables de l’inflation mondiale sur le marché égyptien. La création de points de distribution constitue l’une des solutions », conclut Yomna.

L’autosuffisance alimentaire en chiffres

Selon un rapport publié par le Conseil des ministres, l’Egypte a atteint une autosuffisance en huiles à 30 % pour une période de 5 mois, en riz à 100 % pour 6,5 mois, en pâtes à 100 % pour 5 mois, en sucre à 87 % pour 4,5 mois, en viande à 57 % pour 9,5 mois, en volaille à 97 % pour 6,5 mois, en fèves à 30 % pour une période de 3 mois. Selon le rapport, le soutien accordé aux produits alimentaires subventionnés augmente de 133,8 %, en atteignant 64 millions de bénéficiaires. L’Etat a assumé 100 % de l’augmentation du prix du blé dans le coût du pain subventionné et 75 % de l’augmentation du prix des huiles.

Le nombre total de points de vente dans le cadre du projet Gameyati a atteint 6 740 dans toute la République. 233 voitures et points de vente mobiles ont été fournis pour vendre des produits alimentaires à des prix réduits, et 21 nouveaux lieux ont été ouverts par l’initiative « Koléna Wahed » (nous sommes tous un), qui donne des offres pendant le mois du Ramadan non seulement sur les produits alimentaires, mais aussi les appareils ménagers et le prêt-àporter.

Lien court:

 

En Kiosque
Abonnez-vous
Journal papier / édition numérique