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Mohamad Morsi soutenu avec force et détermination

Ola Hamdi, Mardi, 04 décembre 2012

Dans une démonstration de force, les Frères musulmans ont mobilisé samedi des dizaines de milliers de supporters devant l'Université du Caire. Ils veulent marquer une victoire morale contre leurs opposants. Reportage.

morsi soutenu

Les stations de métro ont été investies par certains organisateurs de la manifestation de soutien à Morsi ce samedi 1er décembre, pour encourager les passagers à les rejoindre. « Morsi … Morsi ! », « Allah akbar ! » … « Islamiya islamiya ! », scandaient-ils. « Comme vous le voyez, la station ressemble à une ruche. Les manifestants sont là depuis le matin. L’état d’urgence a été décrété pour toutes les stations de cette ligne du métro », se plaint Hassan, 30 ans, un employé de la station desservant l’Université du Caire. Pour gérer la situation, les responsables ont décidé de vendre les tickets sur le trottoir à l’extérieur de la station. « Mais cela n’a pas beaucoup aidé », ajoute-t-il.

La forte mobilisation, qui vient accentuer la polarisation de la rue vis-à-vis de la crise politique actuelle, inquiète la population. « Ne vous faites pas la guerre, nous sommes tous des Egyptiens, les autres sont aussi vos frères, que Dieu protège notre pays », s’écrie une dame dans la soixantaine.

Au-dessus du monde souterrain du métro, se dresse la célèbre statue Nahdet Masr (renaissance de l’Egypte) de Mahmoud Mokhtar. Nous sommes devant l’entrée principale de l’Université du Caire. C’est l’endroit où les factions islamistes ont choisi de manifester, samedi 1er décembre, leur soutien au président Mohamad Morsi. Il est 14h, le rassemblement est à son apogée.

Ils sont venus de partout : une centaine de minibus venus d’Alexandrie, de Damiette, de Charqiya, de Daqahliya, du Nord du Sinaï et de la mer Rouge ont déversé depuis midi des milliers de supporters, avant de se garer sur l’avenue latérale de Bein Al-Sarayat. Cette manifestation géante a été organisée en réponse à la mobilisation non moins impressionnante, la veille et les jours précédents, sur la place Tahrir, par des opposants aux Frères musulmans.

« Légitimité et charia »

Baptisée « Légitimité et charia », la manifestation de samedi a été lancée à l’appel des Frères musulmans, du Front salafiste et de la Gamaa islamiya. Des dizaines de milliers de manifestants brandissant des drapeaux et des banderoles aux slogans islamistes scandent des slogans hostiles à nombre de juges, à d’anciens candidats à la présidentielle et à certains journalistes. Les manifestants reprennent aussi des slogans révolutionnaires tout en les associant aux dernières décisions de Morsi.

Les thèmes récurrents de leurs revendications tournent autour de l’application de « la loi de Dieu », de la fin de la corruption et de la purge de la justice et des médias. Sur le grand podium monté juste devant le portail principal de l’université, défilent des prédicateurs célèbres comme Safwat Hégazi, Mohamad Hassane, Yasser Borhami, mais aussi d’autres orateurs qui expriment tour à tour, dans les termes les plus enthousiastes, leur soutien au président de la République. Tout autour, les télévisions des cafés proches sont branchées sur la chaîne qatari Al-Jazeera, et sur celle des Frères, 25 janvier : les manifestants qui y prennent une pause estiment en effet que la télévision égyptienne continue sa « propagande anti-islamiste ».

La présence policière est faible et se limite à la sécurisation des accès au campus. Les comités de « sécurité populaire » tels qu’on les trouve à Tahrir sont absents. Deux ambulances sont garées à proximité, marquant une autre différence avec la place Tahrir et ses hôpitaux de fortune destinés à fournir les premiers soins aux opposants en cas d’affrontements.

« Nous sommes venus exprimer notre soutien au président Morsi qui s’attelle à l’assainissement des institutions de l’Etat. Les feloul cherchent à lui mettre des bâtons dans les roues, mais nous sommes tous derrière lui », lance Abdallah, un manifestant qui vient du quartier d’Al-Marg, dans la banlieue du Caire. « Frappe ! Frappe … ces feloul, Morsi, qui se prennent pour des révolutionnaires », scande-t-il avec le groupe de manifestants qui l’entoure. « Il est temps de travailler et de stabiliser notre pays. Malheureusement, il y a des juges qui font de la politique et qui s’arrangent avec des opposants pour dénigrer le président, d’où la nécessité de réformer la Cour constitutionnelle », estime Al-Sayed Abdallah, professeur de droit islamique à l’Université d’Al-Azhar.

Pour la stabilité

Abir Mohamad, institutrice de 29 ans, a laissé ses trois enfants pour venir de Charqiya apporter son soutien au président. « Je n’appartiens ni aux Frères musulmans ni aux salafistes, je suis une Egyptienne qui vient dire que j’accepte la déclaration constitutionnelle du président. Je dis oui à la stabilité. Certains ne souhaitent pas nous voir sortir de cette crise. D’autres craignent les islamistes sans jamais savoir pourquoi. Qu’est-ce qui nous empêche de coexister ? », s’interroge-t-elle. Adossés contre les murs de l’université, des femmes, des enfants et des hommes âgés sont assis. Certains préparent des sandwiches, alors que d’autres discutent de la nouvelle Constitution et de la Cour constitutionnelle.

Sur le podium, « Mama Salwa » dit avoir quitté Tahrir, investie par des « bourgeois détachés du peuple », pour venir ici. « Je veux les droits des martyrs, je réclame la justice sociale, et je crois qu’on doit laisser le président travailler et ne le juger qu’à la fin de son mandat ». Elle n’est pas la seule. Beaucoup d’orateurs insistent sur le fait que « ceux qui sont ici sont les seuls vrais représentants des Egyptiens » .

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