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Islamistes : Une présence fade en dehors d’Ennahda

Karem Yéhia, Lundi, 20 octobre 2014

Les islamistes, outre ceux du parti Ennahda, restent encore en marge de la politique, en dépit de la présence d’une première candidate portant le niqab

Islamistes : Une présence fade en dehors d’Ennahda

C’est une première en Tunisie: une candidate portant le niqab s’engage dans la course des législatives. Rabia Al-Smaali se présente aux élections dans la province de Médenine sur la liste de la coalition « Le peuple veut », entre le parti de l’Indépendance et le Front « Al-Islah » (la réforme salafiste), laquelle appelle à l’application de la charia et à l’abolition de certains textes dans la loi du statut personnel, que les laïcs considèrent comme un acquis pour la femme tunisienne depuis son adoption sous Bourguiba en 1956.

Dans un entretien accordé au journal El-Jomhouria le 14 septembre dernier, Smaali affirme : « Parmi les objectifs que nous voulons concrétiser, il y a la défense de l’identité arabo-musulmane et l’application de la charia ».

Elle a été suivie par Fadia Mkaouer et Houda Houta, deux autres femmes du parti salafiste qui portent aussi le niqab et qui sont en lice pour les législatives. Leur candidature jette la lumière sur les islamistes n’appartenant pas à Ennahda. Contrairement aux élections de l’Assemblée constituante d’octobre 2011, des islamistes n’appartenant pas au parti islamiste Ennahda de Rached Al-Ghannouchi s’engagent dans les élections législatives prévues la semaine prochaine. En fait, lors des élections de 2011, aucun parti islamiste n’était encore légalisé. Et aucun islamiste, en dehors de ceux d’Ennahda, n’a accédé à la constituante.

Les salafistes tunisiens méprisent en général les élections et ne reconnaissent pas la Constitution. Mais les deux dernières années ont témoigné d’une avancée des salafistes avec des demandes d’obtention d’autorisations pour la formation de partis qui seront leur porte-parole, dont les plus importants sont « La Réforme pour la justice et le développement » et « Al-Assala ». Les autorités estimaient qu’il fallait les accréditer, afin de freiner l’avancée du salafisme djihadiste connu pour sa tendance terroriste. Le plus important des partis appartenant au salafisme djihadiste figurant désormais sur la liste des organisations terroristes depuis la fin du règne de la Troïka sous le commandement d’Ennahda a été Ansar Al-Charia, responsable d’un nombre d’attentats terroristes ayant visé des politiciens et des soldats tunisiens lors des trois dernières années.

Le chercheur spécialisé dans les affaires salafistes, Sami Al-Borhami, estime que les partis autorisés opèrent en marge du mouvement salafiste. Il estime que le courant salafiste en Tunisie, avec ses deux volets, djihadiste et théologique, ne croit ni en la démocratie, ni dans ses institutions, et ne reconnaît pas le régime républicain. « Ils rejettent d’emblée la loi parce qu’elle constitue une contrainte et une censure », précise-t-il. Cependant, tous les partis salafistes autorisés ne disposent ni de poids important, ni d’une présence influente sur la scène politique en Tunisie. Ils sont différents du parti salafiste Al-Nour en Egypte, qui avait recueilli 25% des voix aux législatives de 2012. Raison pour laquelle les observateurs estiment qu’il est fort probable que le parti Ennahda continue de représenter les islamistes au sein du régime politique en Tunisie.

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