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Divergences profondes sur les libertés

Amira Samir, Mardi, 13 mai 2014

Question liberté et droits de l’homme, les deux candidats ne sont pas sur la même longueur d’onde.

Présidentielle
Liberté, justice et sécurité : des revendications dans l'attente. (Photo : Reuters)

Les élections présidentielles interviennent sur fond d’attaques contre les libertés. Selon les organisations de défense des droits de l’homme, les forces de l’ordre ont tué, depuis le 3 juillet, 12 journalistes, plus de 1500 manifestants et emprisonné plus de 15000 personnes. Le pouvoir intérimaire a également interdit le Mouvement du 6 Avril, qui a été le fer de lance de la révolte contre Hosni Moubarak. Les dirigeants libéraux et laïcs du 6 Avril sont accusés de « diffamation du pays » et de collusion avec des forces étrangères, alors que des journalistes sont jugés pour les mêmes accusations.

Dans sa campagne électorale, Abdel-Fattah Al-Sissi a insisté sur le rôle des médias et la nécessité de trouver un mécanisme pour l’échange des informations entre l’Etat et la société. Sissi, qui n’a pas dévoilé de programme électoral, n’a pas parlé de la liberté d’expression ni de l’indépendance des médias.

Il a en revanche exhorté les journalistes à « unifier la voix » et à altérer le discours sur les libertés et la démocratie. « Vous écrivez dans les journaux : Aucune voix n’est plus forte que la liberté d’expression ! Qu’est-ce que cela signifie ? Des millions d’Egyptiens ne peuvent pas gagner leur vie à cause des manifestations. C’est un facteur d’instabilité », a-t-il dit.

Sissi a conseillé aux rédacteurs en chef, lorsqu’ils traitent une information ou un sujet sensible, d’en parler « à l’oreille d’un responsable, plutôt que d’aller l’exposer en plein jour ». La conception de Sissi part du fait que la liberté irresponsable nuit à l'intérêt de l'Egypte et aux citoyens. Ce qui compte c'est avant tout l'intérêt des citoyens.

Pour Alaa Al-Ghatrifi, directeur de rédaction du journal Al-Watan, « les propos du candidat signifient que les médias doivent adhérer à un seul point de vue. Nous demandons plus de détails sur ce sujet ».

Quant à l’unique rival de Sissi, il a promis, dans son discours d’ouverture de campagne, de réaliser la démocratie, le développement et la liberté pour chaque Egyptien s’il remportait les élections. « Les Egyptiens auront le droit à la liberté d’expression et de manifestation pacifique. Le pain et la liberté sont les deux faces d’une même pièce », a-t-il déclaré. Selon Sabahi, la loi très controversée qui interdit toute manifestation non autorisée par la police, puis l’arrestation et la condamnation de jeunes de la révolution du 25 janvier font redouter l’avènement d’un régime plus autoritaire que celui de Moubarak.

C’est ainsi que le candidat de gauche s’est engagé à modifier cette loi et à libérer tous les détenus politiques. « La prison est seulement pour les terroristes qui choisissent la violence », a lancé le candidat.

« Sabahi laisse les rênes longues aux libertés. Par contre, Sissi affirme que la loi sur les manifestation est une nécessité dans cette situation de chaos », analyse Yousri Al-Azabawi, chercheur au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram.

Néanmoins, Sissi n’a fait aucune allusion aux mesures adoptées pour empêcher les manifestations de l’opposition. Il a promis la disparition des Frères musulmans. Il s’est engagé à les éradiquer s’il est élu fin mai. Sabahi a aussi promis la disparition de la confrérie et de son parti politique. « Il n’y aura pas en Egypte de Frères musulmans parce qu’ils sont contre la volonté du peuple », affirme-t-il. Ce sujet est devenu incontournable dans les médias égyptiens et dans le discours politique. Selon des politologues, la mise à l’écart de la confrérie pose un problème. « Comment peut-on parler de réconciliation quand on éradique en même temps une partie importante du peuple ? Il y a une contradiction dans le discours des deux candidats », estime le chercheur Yousri Al-Azabawi.

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