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La corruption a de beaux jours devant elle

Aliaa Al-Korachi, Mardi, 22 octobre 2013

Les gouvernements qui se sont succédé depuis le 25 janvier ont tous suivi les politiques économiques en place sous Moubarak. Les hommes d'affaires proches de l'ancien régime ont toujours autant de pouvoir alors que les lois ouvrant grand la porte à la corruption continuent d'être en vigueur.

La corruption
« La justice sociale » n'a pas de place dans les politiques économiques du gouvernement. (Photo : Reuters)

Le gouvernement transitoire aura prochainement 100 jours et beaucoup d’économistes notent une similitude entre certaines politiques suivies par Hazem Al-Beblawi, économiste libéral, et celles de Boutros Ghali, dernier ministre des Finances de Moubarak. Les politiques de ce dernier favorisaient toujours les hommes d’affaires, oubliant les classes moyennes et pauvres. Même bilan pour les Frères musulmans qui suivaient à la lettre les politiques économiques du régime de Moubarak.

Aujourd’hui, on entend Al-Beblawi répéter les mêmes prétextes pour justifier l’adoption des mêmes politiques. « A cause du déficit budgétaire » était une phrase chère à Boutros Ghali, reprise par Al-Beblawi qui tente d’échapper à la demande pressante sur la restructuration du système des salaires avant, finalement, de fixer un salaire minimum à 1 200 L.E. Cette somme est considérée insuffisante face à la flambée des prix et l’inflation mais surtout ne s’appliquera qu’à une minorité de travailleurs. Et Al-Beblawi n’a pas prononcé un mot sur le salaire maximum.

Les hésitations et les tergiversations touchent aussi la réduction des subventions aux industries lourdement consommatrices d’énergie. Un dossier intouchable sous le régime de Moubarak qui accordait de larges privilèges au secteur privé.

Selon Ahmad Ghoneim, professeur d’économie à l’Université américaine, le mot « justice sociale » revient fréquemment dans les discours de beaucoup de ministres mais sans aucune concrétisation. « Tous les gouvernements consécutifs, après la révolution de janvier, étaient incapables de résoudre les problèmes structurels de l’économie égyptienne, notamment la redistribution des richesses. Et ceci par peur des conséquences politiques et sociales qu’ils pourraient engendrer ».

Personne ne peut nier que certains ministres de l’actuel gouvernement faisaient partie, comme l’explique Abdel-Khaleq Farouq, directeur du Centre Al-Nil pour les études économiques, du cercle étroit de Gamal Moubarak. Ils défendaient son néolibéralisme comme Ziad Bahaeddine, actuel vice-premier ministre et ancien président des deux organismes du contrôle financier et de l’investissement sous Hosni Moubarak. Le ministre des Finances actuel, Ahmad Galal, a lui aussi été un défenseur d’un fort libéralisme lors de son travail à la Banque mondiale ou en tant que directeur exécutif du Centre égyptien des études économiques, fondé par Gamal Moubarak. « L’appartenance idéologique de ces ministres suscite des doutes quant à leur intention d’opérer un changement radical dans le système économique », estime Abdel-Khaleq Farouq.

Des lois permettant la corruption

Répandue dans tous les secteurs de l’économie, la corruption a la peau dure à cause, selon Farouq, de ce lourd héritage de lois dans le code économique adopté au cours des trois décennies du régime Moubarak. Cet arsenal de lois renferme des concepts très vagues qui ouvrent la porte au détournement des fonds publics. Une nouvelle loi vient d’être promulguée sur décret de Adly Mansour, président par intérim, concernant les appels d’offres et les adjudications. Elle permet « au ministre ou au fonctionnaire compétent » d’accorder des contrats en « cas d’urgence » par « ordre direct ».

« Ordre direct » : ces deux mots suscitent de mauvais souvenirs. Le processus de privatisation du secteur public et la vente des terrains à des prix dérisoires, comme le grand projet de Madinaty, se faisaient toujours par ordre direct et sans appel d’offres. Cet amendement est considéré par Khaled Ali, ex-candidat à la présidentielle et directeur du Centre égyptien pour les droits économiques et sociaux, comme « une déclaration claire pour une sorte de réconciliation avec les hommes d’affaires corrompus du régime de Moubarak et pour envoyer un message aux investisseurs leur assurant que les contrats signés à l’époque ne seront pas remis en cause ».

Se réconcilier avec les hommes d’affaires corrompus ? Une politique qui a commencé sous le gouvernement de Essam Charaf, lorsque le Conseil Suprême des Forces Armées (CSFA) a amendé la loi sur l’investissement de manière à légaliser la réconciliation avec les investisseurs inculpés dans des affaires concernant la dilapidation des fonds publics. Le règlement à l’amiable est conclu si l’investisseur rembourse la différence entre la somme qu’il a payée et la valeur réelle du bien public au moment où la transaction a été conclue. Même durant le régime de Morsi, le comité « Tawassol », présidé par Hassan Malek, adoptait une initiative de réconciliation avec les hommes d’affaires de l’ère de Moubarak, afin d’acheter leur loyauté et de les intégrer dans son réseau. Les capitalistes du régime de Moubarak, gardant toujours leurs richesses, demeurent apparemment des acteurs forts dans tous les régimes.

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