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Frères - Hamas : des relations inaliénables ?

Chaïmaa Abdel-Hamid, Mardi, 24 septembre 2013

Par ses liens avec les Frères musulmans, le Hamas est accusé, souvent à tort, de menacer la sécurité nationale. Les deux organisations poursuivent depuis longtemps des objectifs bien différents.

Ismaïl Hanieyah
Ismaïl Hanieyah, figure emblématique du Hamas, reçu par le guide des Frères.

Les festivités ont duré toute la nuit dans les rues de Gaza en février 2011, à la suite de la chute de Hosni Moubarak. Plus tard, des centaines de partisans du Hamas convergeaient vers les grandes artères palestiniennes pour manifester leur joie suite à la victoire de Mohamad Morsi en juin 2012. Une victoire qualifiée par le dirigeant du Hamas, Mahmoud Al-Zahar, de « moment historique » pour le Moyen-Orient.

Rien d’étonnant, les Hamsaouis fêtaient l’arrivée au sommet de l’Etat égyptien d’un membre des Frères musulmans, organisation dont a dépendu, à l’époque, la création du Hamas. Un rêve tant attendu et qui a donné de grands espoirs à ce mouvement de résistance. Des espoirs qui se sont rapidement envolés suite à la destitution du candidat de la confrérie, un an seulement après son arrivée au pouvoir. Un vrai choc pour le Hamas qui a préféré rester silencieux face au départ de Morsi.

Depuis le 30 juin et la destitution de Morsi, le Hamas est pointé du doigt. L’une des premières accusations lancées contre Morsi par la Cour d’appel au Caire concerne ses liens avec le Hamas. « Le Hamas condamne cette décision, car elle est fondée sur le postulat que notre mouvement est hostile (à l’Egypte). Il s’agit d’un développement dangereux qui confirme que le pouvoir actuel en Egypte abandonne les causes nationales (...) en premier lieu la cause palestinienne », a déclaré le porteparole du Hamas à Gaza, Sami Abou- Zouhri.

Comme il se définit lui-même dans sa charte rédigée en 1988, le mouvement de résistance islamique, le Hamas est l’aile djihadiste de la confrérie des Frères musulmans en Palestine. Ce mouvement est une extension des Frères musulmans et pratique les mêmes méthodes de travail. Cependant, et en raison de l’occupation israélienne, le mouvement s’est voué à la libération de la Palestine. Pour le politologue Ammar Ali Hassan, « on ne doit pas parler de relations entre le Hamas et les Frères musulmans, puisque les deux font partie de la même organisation qui a plusieurs branches ».

La présence des Frères musulmans en Palestine, et qui a plus tard donné naissance au Hamas, date des années 1930. Après la création de la confrérie à Ismaïliya en Egypte en 1928 par Hassan Al-Banna, celle-ci trouve rapidement en Palestine un combat utile pour unir les musulmans de la région. La première relation entre le mouvement et la Palestine a lieu en 1935 quand Abdel-Rahmane Al-Banna (le frère du fondateur) visite la Palestine et rencontre le mufti de Jérusalem, Amin Al-Husseini. A ce moment, le but des Frères musulmans n’est pas tant de défendre la cause palestinienne que de faire triompher les valeurs de l’islam qu’ils enseignent au sein des Palestiniens. Ainsi, à la différence de la résistance palestinienne, les Frères musulmans n’utilisaient pas l’action politique contre Israël.

Cependant, à partir des années 1980, certains, au sein des Frères, décident de lutter contre Israël par le biais des moyens politiques. Faisant scission avec les Frères musulmans, le Hamas est né en 1987. « L’organisation mère de la confrérie a toujours été celle qui se trouve en Egypte. Depuis les années 1990, chaque branche de l’organisation dans chaque pays définit elle-même sa politique et prend ses décisions de façon indépendante. Mais les liens avec l’organisation mère sont éternels et leur pacte avec la confrérie ne change pas », précise Hassan.

Liens ininterrompus

Comme l’explique le spécialiste des mouvements islamiques, Ali Abdel-Aal, les relations entre les membres du Hamas et les Frères musulmans en Egypte ont été très fortes, même sous Moubarak qui imposait une restriction sur les mouvements islamistes. « Une rencontre entre les Frères et les membres du Hamas au Caire était impossible avant, pourtant beaucoup de rencontres internationales ont regroupé les cadres hamsaouis avec ceux de la confrérie », explique-t-il.

Le régime de Moubarak était conscient de cette forte relation et « s’en servait parfois pour faire pression sur le Hamas à travers les Frères musulmans, les poussant à accepter quelques conditions dans le cadre de la médiation égyptienne entre le Hamas et le Fatah », précise Ammar Ali Hassan.

Suite à la révolution du 25 janvier, les relations entre les deux camps ont été renforcées sous la pulsion de rencontres directes. « Cette nouvelle liberté a permis des échanges de visites entre les chefs du Hamas et ceux de la confrérie qui se sont rendus à Gaza », poursuit Ali Abdel-Aal. Avec l’arrivée de Morsi au pouvoir, les choses sont devenues plus faciles. Certains sont même allés jusqu’à critiquer le régime de Morsi d’avoir réduit la question palestinienne aux intérêts du Hamas. « Le régime dirigé par la confrérie n’a ni annulé le traité de Camp David, ni fermé l’ambassade d’Israël au Caire, ni mis fin au blocus de Gaza. Il a simplement allégé les restrictions sur Gaza en ouvrant le passage de Rafah, qui avait été fermé sous Moubarak », explique Hassan.

Les membres du Hamas sont cependant reçus pour la première fois par le chef de l’Etat en personne. Des liens sans précédent qui placent aujourd’hui le Hamas dans une situation délicate : soit poursuivre le soutien à la confrérie, soit prendre ses distances avec elle pour renouer des liens avec le nouveau régime égyptien qui, aujourd’hui, considère le Hamas comme une menace à la sécurité nationale.

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