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La Terre dans tous ses états

Nada Al-Hagrassy, Lundi, 23 août 2021

Canicules, incendies, inondations, la planète est frappée par des phénomènes météorologiques extrêmes provoquant déplacements et famines. Focus.

La Terre dans tous ses états

Incendies çà et là

Plusieurs régions du monde ont connu des incendies ces dernières semaines. A commencer par le feu « Dixie », qui fait rage depuis la mi-juillet dans la région du Sierra Nevada, au nord-est de San Francisco. Toujours aussi violent à cause des courants de vents violents qui ont causé le déclenchement d’un autre feu aussi violent baptisé « Caldor », le feu « Dixie », qualifié de deuxième plus grand feu de forêts jamais enregistré en Californie, selon le Département californien des forêts et de la protection contre les incendies (Cal Fire), avait déjà brûlé 244 430 hectares de forêt jusqu’au 17 août. Les derniers feux de forêt, qui ont ravagé le nord de l’Algérie durant plus d’une semaine, ont été éteints mercredi 18 août. Ces gigantesques incendies avaient détruit des dizaines de milliers d’hectares de forêts dans 26 wilayas (gouvernorats) sur les 58 que compte l’Algérie causant la mort de 90 personnes. Mais quels que soient les dégâts causés par ces feux, ils sont incomparables avec le désastre que court le poumon du monde : La forêt amazonienne. Considérée comme la plus vaste et la plus diversifiée au monde abritant 33 millions de personnes et des milliers d’espèces végétales et animales, elle joue un rôle essentiel dans l’équilibre du climat mondial et dans la lutte contre le réchauffement de la planète. Sa déforestation a fait un bond de 55 % au cours des quatre premiers mois de 2020 par rapport à la même période l’année dernière.

Sécheresse et famine

L’augmentation de la température a engendré une vague de sécheresse sans précédent abattue sur le Grand Sud de Madagascar causant une très forte chute des récoltes. La population locale se retrouve ainsi sujette à une grave famine. Selon l’Onu, Madagascar est « le premier pays au monde à expérimenter la faim due à la crise du réchauffement de la planète ». Près de 14 000 personnes sont en situation d’insécurité alimentaire catastrophique dans le district d’Amboasary Atsimo. Des vagues de sécheresse abattent plusieurs régions de par le monde entier entraînant une nette baisse des superficies agricoles de 4 à 10 % au cours des 30 dernières années. Ainsi, 166 millions de personnes en Afrique et en Amérique centrale ont eu besoin d’aide alimentaire dans la période de 2015 à 2019 à cause des crises alimentaires dues au réchauffement climatique. Selon le GIEC, la persistance de la hausse de la température exposera encore entre 8 et 80 millions de personnes au danger de famine d’ici 2050.

Canicules historiques

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« Le mois de juillet 2021 a été le mois le plus chaud jamais enregistré dès le commencement de l’enregistrement météorologique en 1880. La température globale à la surface de la planète Terre s’est élevée de 0,01°C par rapport au mois de juillet 2016 considéré jusqu’ici comme le plus chaud ». C’est la triste réalité dévoilée dans un communiqué par le chef de l’Agence nationale océanique et atmosphérique américaine (NOAA), Rick Spinrad. A titre d’exemple, le Canada a enregistré en juillet 2021 une hausse de température, du jamais-vu, qui a frôlé les 50°C provoquant la mort de 808 personnes. En fait, la hausse de la température a également raccourci l’intervalle entre les périodes de sécheresse qui, auparavant, arrivaient tous les dix ans, maintenant, elle frappe tous les cinq ou six ans. Selon le nouveau rapport d’évaluation du GIEC, 1,7 milliard de personnes des plus exposées seront soumises à des vagues de chaleur en cas de hausse de la température de 1,5 oC à 2 oC, alors que des centaines de millions de citadins en Afrique subsaharienne et en Asie du Sud et du Sud-Est seront touchées par au moins 30 jours de « chaleur mortelle » par an d’ici 2080.

Inondations meurtrières

Les pluies diluviennes des derniers jours ont fait monter le niveau de plusieurs rivières, en Asie et en Europe de l’Ouest, notamment en Belgique, au Luxembourg et aux Pays-Bas, causant le décès de 200 personnes et l’effondrement de centaines de maisons et d’infrastructures. En Allemagne, des inondations à Rech en Rhénanie-Palatinat, dans l’ouest du pays, le 21 juillet 2021, ont fait au moins 190 morts. Il en est de même en Asie où le bilan des dégâts était lourd. Des glissements de terrains à Taliye en Inde ont rasé la plupart des maisons des villages provoquant la mort de 125 personnes. Tandis que la situation est pire en Chine : les pluies tombées sur la région de Zhengzhou le mois dernier ont englouti une rame de métro et un tunnel routier faisant des centaines de morts et autant de blessés. Selon les estimations des experts scientifiques du GIEC, avec un réchauffement de 1,5 oC degré, il est prévu une augmentation de 100-200 % de la population touchée par les inondations en Colombie, au Brésil et en Argentine, 300 % en Equateur et 400 % au Pérou.

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Réfugiés climatiques, nouveau concept

Ces situations désastreuses ont causé le déplacement de la population des régions sinistrées partout sur la planète. D’après un bilan fait par l’Onu en 2017, le nombre de déplacés à cause du réchauffement climatique a atteint 19 millions. Ce nombre a augmenté pour atteindre 23 millions de personnes en 2020 auxquelles s’ajoutent encore 4 millions après ces récents événements. D’après un autre rapport publié par l’Organisation Mondiale Météorologique (OMM), les catastrophes naturelles ont doublé ces 20 dernières années et ont causé le déplacement de 9,8 millions de personnes vers les régions du Pacifique et de l’Amérique centrale. « Ces déplacements massifs auront effectivement des conséquences graves sur les populations indigènes et peuvent renforcer ou empirer les inégalités existantes », concluent les spécialistes de l’OMM. Selon les prévisions du rapport du GIEC, les migrations internes seront multipliées par 6 entre 2020 et 2050.

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