Dossier > Dossier >

L’espoir ressuscité

Ola Hamdi, Mardi, 09 février 2021

Au Fayoum, à 90 km au sud du Caire, Moutol et Gerdo font partie des villages inclus dans l’initiative présidentielle de développement de la campagne. Une opportunité pour les villageois de voir leurs problèmes résolus.

L’espoir ressuscité
44 villages du centre d’Atsa sont concernés par le projet de développement. (Photo : Mahmoud Madh Al-Naby)

Vendredi 5 février 2021. Pour arriver à Atsa dans le gouvernorat du Fayoum, il faut environ trois quarts d’heure à partir de la ville du Fayoum. La route qui mène à Atsa n’est pas pavée. C’est une route étroite à deux sens dont la largeur ne dépasse pas les 5 mètres. La route est bordée de terres agricoles. Elle est constamment sillonnée par des tracteurs ou/et des camionnettes, qui sont un moyen de transport commun dans cette région, sans oublier les tok-toks et même les ânes qui sont un moyen de locomotion pratique entre les petits villages.

Editeur : Mohamad Moustapha Photos : Mahmoud Madh Al-Naby

A Moutol, petit village de 25 000 habitants situé à 4 km de la ville d’Atsa, l’agriculture est la principale activité. Moutol est l’un des villages les plus anciens du gouvernorat. On y trouve un centre médical et une unité de secours. De même, des poteaux électriques se dressent le long de la route principale du village. Moutol est doté d’un réseau d’eau potable, même si les coupures d’eau sont régulières, comme l’affirment les villageoises. Les maisons du village sont délabrées et reflètent les difficultés financières des propriétaires. Quelques petites boutiques, également dans le même état que les maisons, sont éparpillées ici et là, non loin des maisons. « Notre village a longtemps attendu pour faire l’objet de développement. Dieu merci, nous avons été inclus dans l’initiative du président. C’est pourquoi nous voulons que les responsables de cette initiative connaissent nos priorités. Nous n’avons pas de réseaux d’assainissement, ce qui a entraîné la pollution de l’environnement et la saturation des murs des maisons par les eaux souterraines », explique Mansour Mechref, 45 ans, professeur de langue arabe au village. Il est interrompu par hadj Fathi Abdel-Rahmane, 65 ans, paysan. « Nous voulons nettoyer les canalisations et couvrir les canaux qui se trouvent au centre du village et qui passent entre les maisons. Nous avons ici trois principaux canaux que nous utilisons pour l’irrigation : le canal de Aliya, de Charaf et d’Oum Amara. Ces canaux sont vitaux pour notre agriculture. C’est pourquoi depuis des décennies nous demandons à les couvrir, afin de s’assurer qu’ils ne sont pas contaminés par les déchets et de peur qu’ils ne deviennent une source de pollution. Car les déchets qui s’y accumulent deviennent une source de transmission des maladies pour les villageois », assure-t-il.

Les rêves et les aspirations des habitants de Moutol ne s’arrêtent pas là. Hadj Gomaa Abdel-Jayed, 57 ans, demande à ce qu’on introduise le gaz naturel au village, d’autant plus que les conduites d’alimentation en gaz se trouvent à 4 km du centre d’Atsa. « Nous voulons que ce soit l’armée qui effectue les travaux, parce que nous ne faisons pas confiance aux entrepreneurs de l’unité locale. Ils ont déjà échoué à nettoyer les canaux et les canalisations », dit-il.

L’espoir ressuscité
Se doter des services d’assainissement et revêtir les canaux sont les priorités des paysans. (Photo : Mahmoud Madh Al-Naby)

Le rêve du « village modèle » hante les habitants de Moutol. Après l’annonce de l’initiative présidentielle, ils ont dressé une liste de priorités qu’ils ont présentée au gouverneur du Fayoum, Ahmad Al-Ansari. Celui-ci a organisé un dialogue avec les représentants des habitants et les députés de la région au Conseil des députés et au Sénat, pour connaître ce qui leur manque. Mohamad Metwally, enseignant à l’école primaire de Moutol, était présent à cette réunion en tant que représentant des habitants. Il explique : « Le gouverneur est venu avec les responsables de l’unité de développement locale au centre de jeunesse d’Atsa. Chacun de nous a parlé des priorités de son village. Bien que nous possédions trois établissements scolaires au village (primaire, préparatoire et secondaire), la densité dans les classes atteint 70 élèves et le bâtiment de l’école primaire, construit dans les années 1970, est délabré. Le bâtiment actuel compte 10 salles de classe sur deux étages. Il nous faut 5 étages et 25 salles de classe. Le gouverneur a promis d’étudier cette question ».

Les écoles mentionnées par Metwally ne sont pas situées sur la route principale du village, comme tous les autres villages de la région. Pour s’y rendre, les élèves sont obligés d’emprunter une route non pavée qu’aucune voiture ne peut emprunter. « Avant l’initiative, nous souhaitions que nos demandes parviennent au président de la République. Dieu merci ! Notre village se trouve dans l’initiative, c’est pour nous un rêve qui était difficile à réaliser et qui a été rendu possible grâce à notre président Abdel-Fattah Al-Sissi », déclare Aboul-Ela, 65 ans, un paysan du village qui touche une pension de retraite de 1 000 L.E. Il réclame l’amélioration des conditions des agriculteurs.

Quant aux jeunes du village, ils souffrent d’un taux de chômage de 40 %, ce qui les pousse à partir vers Le Caire pour y trouver un travail.

« Les rencontres sociétales que nous avons organisées avec les habitants et les députés ont permis d’identifier les besoins réels des citoyens dans les secteurs de l’eau potable et de l’assainissement, des routes, des transports, de la santé, de l’éducation, de la jeunesse, de la médecine vétérinaire, de l’agriculture et de l’irrigation. Nous allons inclure ces besoins dans nos plans de développement prévus par l’initiative présidentielle », a souligné Mahmoud Al-Tony, porte-parole du gouvernorat. Et d’ajouter : « Le dialogue sociétal nous aide à écouter le citoyen et à le considérer comme un partenaire essentiel dans le développement de son village ».

Gerdo, le village de l’or vert

A 5 km du village de Moutol se trouve le village de Gerdo, qui se caractérise par ses vastes cultures. Le village produit 4 tonnes de corète potagère (molokhiya) par an. La majeure partie de la récolte est exportée vers le Liban et les pays de l’Union européenne. « Au mois de juillet, toutes les femmes du village travaillent dans les champs pour couper la corète potagère, ce qui crée des opportunités de travail pendant la saison estivale. Nous espérons que cela sera toute l’année. Nous avons appelé la récolte de la molokhiya l’or vert », affirme Oum Marwan, une jeune femme de 26 ans qui vit avec son mari et sa famille dans une vieille maison aux murs délabrés. Oum Marwan, comme le reste des femmes du village, est très heureuse de l’initiative présidentielle et la considère comme une bouée de sauvetage.

Outre la culture de la molokhiya, le village de Gerdo cultive des plantes aromatiques et médicinales telles que l’absinthe et l’anis et les exporte à l’étranger. Cependant, avec la crise du coronavirus, la situation s’est détériorée et l’exportation s’est arrêtée. Le village souffre désormais du chômage. « Dans notre village, il n’y a pas de juste milieu, soit on est aisé et on possède des terrains, soit on est défavorisé et on vit au jour le jour. Les défavorisés sont plus nombreux que les personnes aisées ». C’est ainsi que hadja Amina Gharyan, 65 ans, résume la situation à Gerdo.

Ce contraste est clair dans la forme des maisons. Il y a des maisons de plusieurs étages avec de grands balcons ornés de dessins floraux, et à côté, des maisons vétustes d’un seul étage, avec des toits en palmes de dattier ou en bois.

Au centre du village se trouve le principal marché aux légumes où les villageois se rassemblent après la prière du vendredi pour acheter leurs besoins et parler des conditions du village qui a repris espoir après son intégration à la liste des villages ciblés pour le développement. L’absence de médecin au village domine les discussions. Selon les habitants, cette absence est due au fait que le médecin se déplace entre plusieurs centres médicaux dans les villages voisins. Raison pour laquelle la plupart du temps, il n’y a pas de médecin. Ibrahim, 25 ans, l’un des jeunes du village qui ont refusé de travailler comme paysans, explique : « Nous avons de nombreuses personnes qui souffrent de maladies chroniques comme le diabète et les maladies cardiaques. J’aimerais qu’ils soient traités, comme au Caire et dans les grandes villes, et que des logements soient alloués aux jeunes pour qu’ils puissent se marier ».

Fatima, 40 ans, nous demande de l’accompagner dans sa maison pour voir son état. Malgré tout, elle est souriante et optimiste et a confiance en le président de la République qui « soutient les femmes égyptiennes », car il « connaît très bien leurs conditions », dit-elle.

En fait, le village de Gerdo possède des installations d’assainissement et de l’eau potable, ainsi qu’une école située sur la route principale du village, qui semble avoir été nouvellement construite. Amina Gharyan exprime ainsi ses rêves, s’adressant au président : « Je rêve de voir une usine au village qui embauche les jeunes, car beaucoup d’entre eux veulent partir et quitter les lieux à la recherche d’un gagne-pain. Autrefois, les hommes partaient en Libye ou en Iraq, et parfois en Arabie saoudite. Aujourd’hui, les jeunes de notre village n’ont plus d’autre choix que de rester dans la rue ou sur les cafés. Une usine peut être une source d’espoir pour ces jeunes. Le village de Gerdo veut des opportunités d’emploi Ya Raïs ».

Quant à Mahmoud Al-Sayed Falah, 44 ans, il évoque une autre demande, qui est de nettoyer les canalisations, de procéder au revêtement des canaux et d’augmenter l’eau de l’irrigation, afin que le village puisse cultiver les cultures pour lesquelles il est célèbre. « Nous souhaitons avoir une usine d’emballage de la molokhiya au lieu de l’exporter au Liban. Nous avons des ouvriers, hommes, femmes et jeunes, mais nous n’avons pas de financement. Le village modèle dont nous rêvons est celui où nous avons des emplois et un gagne-pain qui font vivre les pauvres et qui leur permettent de mener une vie décente comme dit l’initiative du président ». Ce n’est pas le rêve de Mahmoud Al-Sayed seul, c’est le rêve de tous les habitants de Gerdo.

Lien court: