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Le dilemme des factions pro-Iran

Youssef Dawoud, Mercredi, 14 octobre 2020

Les cellules Katyusha, responsables d’une récente vague d’attaques à la roquette visant la zone verte de Bagdad et des missions diplomatiques internationales, constituent l’un des problèmes sécuritaires les plus complexes auxquels fait face le gouvernement Kazimi.

Le dilemme des factions pro-Iran
Des membres des forces antiterroristes iraqiennes surveillent l'ambassade des Etats-Unis à Bagdad.(Photo : Reuters)

Le début de l’année 2020 a marqué l’émergence réelle desdites « cellules Katyusha » en Iraq, une appellation d’origine russe qui signifie « la petite Cathérine » et qui fut utilisée ultérieurement pour dénommer un système soviétique de lance-roquettes multiples. Le meurtre du général Qassem Soleimani, chef de la Force Al-Qods des Gardiens de la révolution, accompagné du vice-président du Comité de mobilisation populaire (PMC) Abu Mahdi Al-Muhandis, à proximité de l’aéroport international de Bagdad en janvier 2020, a été le début pratique de la formation de ces cellules, qui ont mobilisé leurs efforts pour attaquer les forces américaines installées en Iraq, ainsi que l’ambassade américaine dans la zone verte de Bagdad. Les attaques Katyusha sont estimées cette année à environ 21 attaques. Malgré le manque de clarté de la structure de ces cellules et de leur affiliation administrative officielle, ces factions se proclament loyalistes à l’Iran et visent clandestinement la retraite militaire américaine de l’Iraq.

Selon des observateurs, les objectifs de l’Iran d’étendre ses bras d’influences à travers ces cellules sont divers. Tout d’abord, le nouveau commandant de la Force Al-Qods, Ismaïl Qani, voulait opérer une restructuration des opérations iraniennes en Iraq, en introduisant des fractions militaires équipées des missiles sans avoir un statut officiel au sein du garde révolutionnaire iranien. Il est à noter que malgré le statut non officiel de ces cellules, de forts liens d’interdépendance sont assurés avec le « Hezbollah d’Iraq », un mouvement de résistance fondé à l’issue de l’occupation américaine de l’Iraq et restructuré en 2011 pour porter enfin l’appellation susmentionnée. En second lieu, il est nécessaire que l’Iran pousse les factions loyalistes à entrer dans l’arène politique afin de légitimer leur présence politique et militaire, comme dans le cas du Hezbollah libanais, ouvrant la voie à ces cellules pour remplacer les factions loyalistes à l’avenir, ce qui les aident à mener des opérations tactiques contre les forces américaines au cas où la présence militaire américaine en Iraq se poursuivrait. Et enfin, l’Iran ne voulait pas perdre ses alliés fidèles qui ont la forte conviction que la présence américaine en Iraq ne pourrait être éradiquée qu’à travers les opérations militaires (Hezbollah et le mouvement Nujaba), et c’est pour cette raison qu’elle s’attache à ne pas interrompre les opérations sous aucune condition.

Double pression

Parallèlement, l’intervention de ces cellules en Iraq ne se limite pas à exercer des pressions sur les Américains mais aussi sur le gouvernement iraqien lui-même. Une des principales raisons de l’existence de ces cellules est d’entraver les efforts du gouvernement du premier ministre Moustafa Al-Kazimi, qui cherche à limiter la possession d’armes à l’Etat et combattre les débouchés économiques des factions loyalistes, en plus d’influencer les efforts du gouvernement iraqien qui est aujourd’hui engagé dans un dialogue stratégique avec les Etats-Unis pour discuter de l’avenir de la présence militaire américaine en Iraq. Bien que le président américain Donald Trump ait annoncé, lors de la récente visite de Kazimi à Washington, son intention de retirer ses forces d’Iraq dans les trois prochaines années, les attaques de Katyusha ne se sont pas arrêtées ; ils ont plutôt commencé à s’intensifier. Cependant, les approches que Kazimi adopte pour affronter ces cellules continuent d’être inefficaces ou irréalisables à la lumière du conflit politique qui l’entoure. En plus, à côté de la question des cellules Katyusha, il doit faire face à des questions importantes telles la lutte contre la corruption et la préparation des élections anticipées. Kazimi a également dévoilé un plan pour le renverser, dans le cadre d’un arrangement qui aurait été orchestré par Nouri Al-Maliki, Hadi Al-Amiri et Qais Al-Khazali, et le soutien du commandant de la Force Al-Qods, Ismaïl Qani, et le responsable du dossier du Hezbollah libanais en Iraq, Mohammad Al-Kawtharani, ce qui peut empêcher toute solution recherchée par Kazimi sur la question des cellules de Katyusha.

Pour conclure, les cellules de Katyusha constituent l’un des problèmes sécuritaires les plus complexes auxquels le gouvernement Kazimi est confronté, en raison de leur capacité à agir et à attaquer presque sans aucune responsabilité gouvernementale pour les obliger à rendre des comptes. Cela est attribué à la nature floue de l’action de ces cellules et au soutien indirect qu’elles reçoivent des factions loyalistes. Alors que les forces américaines ont réussi à limiter l’influence de ces cellules par des mesures politiques, sécuritaires et des actes de renseignement, le gouvernement iraqien est toujours réticent à prendre des mesures efficaces à leur encontre en raison de l’influence politique et sécuritaire qu’il a subi, en particulier par l’Alliance Al-Fateh, cette alliance politique appuyée par l’Iran, sous prétexte de résister à l’occupation américaine en Iraq.

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