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Egyptiens bloqués : L’Etat à la rescousse

Aliaa Al-Korachi, Mardi, 28 avril 2020

Une nouvelle campagne de rapatriement de 3 300 Egyptiens bloqués à l’étranger a été lancée cette semaine, mettant en avant le rôle central de l’Etat dans la gestion de la crise du coronavirus. Explications.

Egyptiens bloqués : L’Etat à la rescousse

De beyrouth à Washington en passant par Guangzhou, Mumbai, Casablanca, Amsterdam ou Moscou. Depuis le 21 avril, les deux compagnies aériennes égyptiennes Egyptair et Air Cairo sont à pied d’oeuvre pour rapatrier les Egyptiens bloqués à l’étranger. 22 vols « exceptionnels » ont été lancés dans le cadre de cette nouvelle campagne de rapatriement qui devrait s’achever ce jeudi 30 avril. Plusieurs vagues de vols de rapatriement avaient été organisées depuis février dernier. Il faut savoir que, en raison du coronavirus, les vols sont suspendus depuis le 19 mars. L’espace aérien est ouvert seulement aux vols cargos et charters (permettant l’évacuation des touristes) ainsi qu’aux vols ambulance et intérieurs. « Je dis à tous les Egyptiens bloqués à l’étranger qui m’écoutent : même si notre situation est difficile, nous ne vous laisserons pas. En tant qu’Etat, nous sommes obligés de ramener chez eux tous les Egyptiens bloqués, dont le nombre est estimé à environ 3 500 citoyens », déclarait le président Abdel-Fattah Al-Sissi, lors de son discours à l’occasion de l’inauguration d’un certain nombre de projets nationaux à l’est du Canal de Suez. « Un plan a été préparé par les ministères concernés pour rapatrier tous les Egyptiens bloqués à l’étranger », a souligné le président. Les opérations de rapatriement sont orchestrées par un comité formé de 4 ministères : l’Immigration, l’Aviation civile, la Santé et les Affaires étrangères.

Dimanche 26 avril, 141 Egyptiens bloqués sont arrivés de Frankfort, en Allemagne, à l’aéroport international de Marsa Alam. C’est dans cette station balnéaire de la mer Rouge que tous les rapatriés sont placés en quarantaine. A l’atterrissage, les passagers et les membres d’équipage ont été soumis à un examen médical et à des tests de dépistage, pour s’assurer qu’ils n’ont pas été contaminés au coronavirus, avant d’être transportés vers un hôtel de Marsa Alam, réquisitionné pour la mise en quarantaine des voyageurs. Toutes les personnes rapatriées sont tenues d’observer une quarantaine de 14 jours dans un hôtel de Marsa Alam et sont priées de rester 14 jours supplémentaires en isolement chez elles. Avant d’embarquer, elles attestent par écrit d’accepter cette mesure. Pourquoi Marsa Alam ? Cette ville balnéaire compte un grand nombre d’hôtels touristiques. En plus, ces hôtels et centres de villégiature sont loin du bloc résidentiel situé à plus de 40 km (voir page 3).

Le rôle protecteur de l’Etat

Selon Ayman Abdel-Wahab, expert au CEPS d’Al-Ahram, cette campagne de rapatriement et les précédentes rappellent le rôle central de l’Etat, en tant que régulateur et responsable de la protection de la population, face à la pandémie. « Aujourd’hui, c’est le rôle des Etats nationaux qui est mis en avant face à cette pandémie. Chaque pays définit sa politique et assume le coût de la confrontation avec le coronavirus », explique Abdel-Wahab. Et d’ajouter : « Le rapatriement des ressortissants révèle la capacité de l’Egypte à gérer la crise dans toutes ses dimensions. Et ce, malgré les coûts élevés, les défis logistiques et les mesures de prévention nécessaires durant et après les opérations de rapatriement ». Le spécialiste rappelle les campagnes précédentes qui ont commencé en février, affirmant que l’Egypte a été l’un des premiers pays à rapatrier ses ressortissants bloqués à l’étranger. Le point de départ était la ville de Wuhan en Chine, berceau de la pandémie. Le 2 février, l’Egypte a envoyé un avion, avec à son bord un personnel médical spécialisé, pour rapatrier les 350 ressortissants égyptiens coincés à Wuhan. L’Egypte était ainsi le premier pays au monde à évacuer ses citoyens de Chine. Les vols de rapatriement se sont poursuivis vers les foyers de l’épidémie en Europe et les régions touchées, notamment dans le Golfe, comme le Koweït et l’Arabie saoudite. Egyptair a annoncé avoir organisé 33 vols internationaux à travers le monde du 19 au 26 mars. La compagnie a opéré des vols vers Toronto, Djeddah, Abha, Dubaï, Accra, Lagos, Dammam, Riyad, Abu-Dhabi, Koweït, Chypre, Londres, New York, Kano, Madrid, Milan, Istanbul, Paris, Bruxelles, Amsterdam, Munich, Francfort, Athènes ainsi que Moscou, Berlin, Rome et Tokyo. Par ailleurs, le ministère de l’Immigration a lancé l’initiative « Soutenons-nous les uns les autres », invitant les ressortissants égyptiens à l’étranger dans chaque pays à aider leurs compatriotes bloqués et à leur fournir un soutien moral ou un logement jusqu’à leur retour.

Qui sont les citoyens bloqués

à l’étranger ?

Avec la propagation du virus dans le monde, la situation des Egyptiens bloqués devenait de plus en plus critique. « Rapatrier ces ressortissants, dont la plupart manque d’argent et certains sont sans abri, était devenu une nécessité urgente. D’autant plus que du point de vue logistique, le fait d’organiser des vols pour les récupérer n’a pas été toujours simple à cause des restrictions imposées par les pays pour freiner la propagation du virus », explique Abdel- Wahab. C’est pourquoi il était indispensable de fixer des priorités et de définir le concept de « bloqué à l’étranger ». En fait, la deuxième vague de rapatriement qui est en cours se déroule conformément aux nouvelles conditions fixées par les ministères des Affaires étrangères, de l’Immigration et de l’Aviation civile. Le concept de « bloqué à l’étranger » s’applique à ceux qui se sont rendus temporairement dans un pays, à des fins touristiques, pour une courte visite de travail ou pour un traitement médical. Il s’applique aussi aux étudiants qui se sont retrouvés sans logement après la fermeture de leurs résidences universitaires.

Ceux-ci sont identifiés à travers les visas de sortie inscrits sur leurs passeports égyptiens. « Récemment, après que l’Etat eut évacué les ressortissants égyptiens de plusieurs pays, des problèmes sont survenus. Donc, il nous fallait redéfinir le mot bloqué afin de le rendre plus précis », a précisé Ossama Heikal, ministre de l’Information. Et d’ajouter : « Toute personne en dehors de cette définition et qui possède une résidence dans ces pays est exclue pour le moment. Certes, ce sont des Egyptiens et ils ont tous les droits, mais il est plus important de se fixer des priorités pour le moment ». Selon le ministère des Affaires étrangères, il y a 3 378 Egyptiens bloqués à l’étranger, répartis dans les pays arabes et africains, l’Union européenne, l’Australie, le Canada et les Etats-Unis. Pour sa part, l’ambassadrice Nabila Makram, ministre d’Etat à l’Immigration, a affirmé que l’Etat ne fait pas de distinction entre les Egyptiens de l’étranger, car ils sont tous égaux, mais « nous travaillons dans des conditions exceptionnelles. Nous sommes régis par la situation d’urgence, les itinéraires des vols et l’approbation des pays où ces personnes sont bloquées.absorber les revenants ainsi que les lieux d’isolement », a affirmé Makram. Selon la ministre, la priorité est donnée aujourd’hui à ceux qui n’ont pas d’abri et n’ont peut-être pas assez d’argent. Quant au rapatriement des personnes dont les contrats de travail ont été résiliés pour des raisons économiques ou les résidents à l’étranger qui veulent passer leur congé en Egypte, il débutera immédiatement après la fin de cette vague de rapatriements prévue fin avril.

Le Koweït a décidé d’expédier les ressortissants étrangers de toutes nationalités, y compris les Egyptiens, qui ont enfreint les règles de séjour. Les autorités koweïtiennes ont placé ces expatriés dans un camp d’hébergement jusqu’à leur retour dans leurs pays. Fin mars, le Koweït a accordé un délai d’un mois à ceux qui enfreignent les règles de séjour dans le pays, période pendant laquelle les expatriés peuvent quitter le pays sans être condamnés à payer une amende. Selon des chiffres dévoilés par le Koweït, environ 5 000 Egyptiens font partie des 13 000 ressortissants qui bénéficient de ce délai. Selon Ahmed Hafez, porte-parole du ministère des Affaires étrangères, l’Egypte suit de près la situation des Egyptiens séjournant dans des camps d’hébergement au Koweït, et des contacts sont en cours avec les autorités des pays du Golfe pour ramener progressivement les Egyptiens bloqués. « Des responsables du consulat égyptien ont visité les camps d’hébergement pour s’assurer des conditions de vie des citoyens égyptiens », a déclaré Hafez avant d’ajouter que l’Egypte accordera la priorité au rapatriement de 270 femmes et enfants séjournant dans ces camps. Pour sa part, l’ambassadeur d’Egypte au Koweït, Tareq Al-Qouni, a affirmé, que les autorités égyptiennes se préparent à accueillir les vols de rapatriement des ressortissants égyptiens ayant enfreint les règles de séjour à l’étranger.

« Ces vols seront organisés selon un calendrier qui prend en considération la capacité du système de santé en Egypte. La priorité sera donnée aux femmes et aux enfants », ajoute-t-il. Ali Abdel-Al, président du parlement, prévoit une percée dans les prochains jours, notamment avec la levée des restrictions de travail et le retour des activités économiques. « Il y a 12 millions d’Egyptiens à l’étranger. La situation de certains est stable alors que d’autres étudient la possibilité de retourner. Avec le retour de l’activité économique, la crise de l’aviation sera résolue automatiquement », conclut-il.

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