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Ramadan et confinement, quelles tendances de consommation ?

Amani Gamal El Din, Lundi, 20 avril 2020

Le mois du Ramadan intervient alors que les mesures prises pour contrer la propagation du coronavirus se poursuivent. Un double impact sur les tendances de consommation chez les Egyptiens. Explications.

Une hausse de 20 % de la consommation des produits alimentaires a été notée au cours des deux dernie
Une hausse de 20 % de la consommation des produits alimentaires a été notée au cours des deux derniers mois. (Photo : Reuters)

Confinement, peur, consommation démesurée. « Nous témoignons d'une mêlée de manifestations d’ordre psychologique. C’est la furie des achats qui s’accompagne en général aux pandémies », explique Nathan Novemsky, professeur de marketing auprès de la prestigieuse université américaine Yale. Il précise que la pénurie ou la peur des pénuries des produits ou services leur accordent une plus grande valeur et engendrent chez les gens une tendance à stocker. Cela a été noté un peu partout dans le monde. En Egypte, les images sont contrastées, avec deux scènes différentes. La première, qui s’avère dominante, dénote d’une demande excessive sur les produits stratégiques, et donc une consommation accrue, d’autant plus que nous vivons une période de fêtes (Pâques, Cham Al-Nessim et Ramadan). Les scènes se ressemblent au Caire devant les grandes chaînes d’hypermarchés ou de supermarchés, où les gens font des queues interminables pour faire leurs courses. « Je me suis rendue il y a quelques jours à Hypermarket, à Al-Cheikh Zayed, dans la banlieue cairote. Je portais le masque protecteur, mais j’ai dû faire marche arrière à cause de l’encombrement », raconte Marwa Gamal, travaillant dans une banque. Hoda Mahmoud, qui fréquente le marché populaire d’Al-Saléhiya au centre-ville, a elle aussi constaté une grande affluence. Selon elle, cette demande cible tous les produits, depuis les fruits, les légumes, les produits laitiers jusqu’à la viande et le Yamich (fruits secs) du Ramadan.

Selon Mohamad Moustapha, chef du département des ventes de la succursale de Doqqi de la chaîne de supermarchés Seoudi, « la consommation des produits alimentaires de base s’est accrue de 20%. On s’attend à ce que cette hausse atteigne 30% pendant le mois du Ramadan ». « C’est l’interdiction de circuler qui a entraîné la demande excessive ainsi que la crainte d’appliquer un couvre-feu total », estime-t-il.

Autre scène. A la rue Qasr Al-Aïni au centre-ville, Khamis Ahmad, épicier, affirme, en revanche, que la demande excessive a eu lieu au début de la crise, mais qu’elle a ensuite baissé. « Par rapport aux années précédentes, dans cette période d’avant-Ramadan, on vend moins d’environ 20%. Et la scène est identique au marché populaire de Sayéda Zeinab », affirme-t-il. Ce qui contrebalance la baisse de la demande, explique-t-il, est la présence des coopératives qui se trouvent en plein centre des rues et qui font des offres alléchantes.

Mansour Mohamad, un marchand ambulant qui vient annuellement de la Haute-Egypte au mois du Chaabane (qui précède le Ramadan) pour vendre les dattes sèches au marché populaire de Mit Oqba, au gouvernorat de Guiza, dit avoir rabaissé les prix pour pouvoir faire une maigre marge de profits. « J’ai vendu les dattes sèches à 14 L.E. au lieu de 20 et le karkadé (hibiscus) à 60 L.E. au lieu de 80 ». Il remarque, cependant, l’état stagnant du souk au niveau des autres produits de base.

Des taux habituels

D’habitude, le mois du Ramadan est un mois où la consommation connaît une hausse de 20%, selon Galal Moawad Omran, directeur de la Chambre des produits alimentaires auprès de l’Union des industries. Même cette année avec la crise du Covid-19 qui diminuera les réunions familiales propres à ce mois, la consommation maintiendra la hausse de 20 à 25%, explique-t-il. « La raison est que le Ramadan est un mois de solidarité sociale, et donc ce qui sera injecté dans ce sens compensera la baisse des achats et de la consommation des plus vulnérables sous la crise actuelle ». Pour contrer une éventuelle baisse, l’Union des commerçants du Caire, une organisation non gouvernementale, a décidé de baisser unanimement les prix, ce qui se répercutera probablement sur les bénéfices, pour capitaliser une plus forte demande.

Mona Bédeir, macro-analyste auprès de la Banque d’investissement, s’avère plus réticente et estime que si la crise persiste, la consommation sera ralentie. Selon Bédeir, au mois d’avril l’année dernière, avant le Ramadan, l’inflation globale avait atteint 1,2%, alors que cette année, elle a atteint 0,7% ce mois-ci. La hausse des prix des produits alimentaires avait atteint à la même période 1,5%, et cette année, elle en est à 0,6%. « Ce qui veut dire un ralentissement de la demande. Une tendance qui va s’aggraver avec le ralentissement économique et le rétrécissement du marché de l’emploi. On s’attend à ce que le chômage passe de 8 à 7,8% au moins. Un secteur en récession actuelle comme le tourisme, qui était connu pour sa haute consommation, perdra 5 milliards de dollars à cause du Covid-19 », explique-t-elle.

Mais, selon toute vraisemblance, le recul de la demande ou des revenus peut ne pas être significatif en ce qui concerne les tendances de consommation chez un peuple qui est consommateur par excellence. D’autant plus que le rapport de l’Agence centrale pour la mobilisation publique et les statistiques (CAPMAS) sur les revenus, les dépenses et la consommation, paru en juillet 2019, nous montre que le plus haut taux de dépense-consommation des Egyptiens va aux produits alimentaires, soit 37,1%. D’autres alternatives fondamentales s’inscrivent dans un cadre plus élargi des politiques publiques de sécurité alimentaire et qui peuvent offrir des solutions plus durables, même en temps de crise.

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