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Nehad Aboul-Qomsan : Le poids des traditions est aujourd’hui moins important

Ola Hamdi, Mardi, 17 mars 2020

Nehad Aboul-Qomsan, avocate à la Cour de cassation et présidente du Centre égyptien pour les droits des femmes, revient sur les enjeux de l’autonomisation de la femme en Egypte.

Nehad Aboul-Qomsan

Al-Ahram Hebdo : 5 ans après le lancement de la stratégie nationale pour l’autonomisation de la femme (2016-2030), quel bilan peut-on faire aujourd’hui ?

Nehad Aboul-Qomsan : D’importants acquis ont été réalisés ces dernières années en matière de promotion des droits politiques et économiques des femmes, notamment au niveau des législations. Et ce, grâce à l’intérêt porté par l’Etat à la protection de la femme. Lancée en 2016, la stratégie nationale pour l’autonomisation de la femme comprend quatre axes, à savoir l’autonomisation politique, le renforcement du rôle des femmes en matière de leadership, l’autonomisation économique et la protection sociale. Changer la culture de la société envers les femmes et garantir leur accès à leurs droits légaux est aussi l’une des priorités de ce plan d’action. Parmi les acquis réalisés, la représentation des femmes au sein du gouvernement a augmenté. Il y a 9 femmes ministres sur un total de 34, soit 26 %. Elle a été nommée aussi gouverneur pour la première fois. De même, 7 jeunes femmes ont été désignées pour occuper le poste d’adjoint au gouverneur. Dans le secteur public, les femmes égyptiennes représentent environ 45 % du total des emplois, soit plus de la moyenne mondiale qui est de 32 %. 66 femmes juges ont été aussi nommées sur un total de 9 694.

— Quels sont, selon vous, les gains juridiques les plus importants qui ont été réalisés ?

— Des progrès ont été enregistrés dans les lois visant à autonomiser les femmes et à les protéger de toutes formes de violence et de discrimination. Parmi les lois qui visent à lutter contre la violence à l’égard des femmes, on peut citer la loi n° 78 de 2016 dont le but est d’endiguer le phénomène de la mutilation génitale des femmes en élargissant le cercle de la responsabilité pénale des auteurs de ce crime. Autres gains juridiques : le durcissement des peines sur le harcèlement sexuel et l’élaboration d’une nouvelle loi sur l’héritage. D’autres réformes législatives favorables à l’autonomisation économique des femmes ont été élaborées, telles que la nouvelle loi sur les investissements et la nouvelle loi sur les faillites. Mais l’application de ces vastes garanties juridiques doit encore être renforcée.

— L’année 2020 témoignera de la tenue de trois scrutins importants, à savoir les législatives, les élections du Conseil consultatif et les élections municipales. Comment la femme peut-elle renforcer sa présence dans ces conseils ?

— La Constitution prévoit un quota de 25 % pour les femmes au parlement afin de promouvoir leur participation à la vie politique. Ce taux est positif, mais cela reste insuffisant. Le plus important est que cette augmentation se traduise par une efficacité et un penchant en faveur des questions féminines. Pour parvenir à cet objectif, les partis politiques doivent mettre en place des mécanismes et des critères de sélection. Je conseille aux filles qui n’ont aucune expérience en matière de travail public d’exercer une activité bénévole ou de rejoindre un parti politique. Outre le parlement, la représentation au sein des conseil locaux sera une grande opportunité pour la femme, puisque la Constitution a aussi attribué un quart des sièges aux femmes et un quart aux jeunes hommes et femmes. Ce qui signifie qu’il y aura plus de 15 000 sièges consacrés aux femmes au niveau de la République.

— A votre avis, quels sont les obstacles face à l’autonomisation des femmes ?

— Les coutumes et les traditions constituent toujours un grand défi, mais, à mon avis, les surmonter est devenu beaucoup plus facile grâce aux réseaux sociaux qui ont contribué grandement au changement de la mentalité et à l’échange des expériences concernant la femme. Donc, le poids des traditions est moins important. Les conditions économiques sont toujours pressantes et nous devons déployer de grands efforts pour offrir des emplois, des soins et une vie décente aux femmes, en particulier à celles qui sont soutiens de famille.

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