Dossier > Dossier >

La Mecque sans pèlerins

Dalia Farouq, Mardi, 10 mars 2020

La décision préventive prise par Riyad de suspendre le petit pèlerinage a pris de court les agences de voyages égyptiennes. Les pèlerins sont dans l'attente d'une issue.

Les pèlerins ont cessé de tourner autour de la Kaaba, dans la ville sainte de La Mecque. L’Arabie saoudite a en effet suspendu la omra— le petit pèlerinage qui peut être effectué à n’importe quel moment de l’année et qui regroupe des dizaines de milliers de musulmans venus de par le monde—, depuis le 4 mars. Riyad n’a précisé aucune date pour la levée de cette suspension. Le pays a aussi interdit l’entrée des pèlerins dans les villes saintes de La Mecque et Médine, les deux premiers lieux saints de l’islam. Le petit pèlerinage présentait le risque de devenir un foyer majeur de contamination en Arabie saoudite — où 5 cas de coronavirus ont été confirmés— et sa suspension s’inscrit en miroir des mesures préventives prises dans d’autres pays de la région. Car les pays du Golfe craignent une propagation de l’épidémie de Covid-19 après avoir enregistré plus de 150 cas, la plupart des personnes revenant de pèlerinages en Iran, un des plus importants foyers de la maladie après la Chine.

Si l’objectif de ces décisions est évidemment de prévenir la propagation du coronavirus, cela soulève surtout des incertitudes autour du hadj, le grand pèlerinage, l’un des cinq piliers de l’islam, qui doit se dérouler cette année entre fin juillet et fin août. Une telle éventualité aurait de lourdes conséquences: Riyad pourrait ainsi devoir tirer un trait sur les milliards de dollars engrangés chaque année grâce à ce tourisme religieux (12 milliards de dollars par an selon les chiffres du gouvernement). Une manne vitale pour les finances saoudiennes, dans un contexte de chute des cours du pétrole, dont le royaume est le premier exportateur au monde. Paradoxalement, l’Egypte peut faire des économies: 2,9 milliards de dollars sont dépensés chaque année par les Egyptiens qui voyagent hors du pays, majoritairement alloués au petit et grand pèlerinage.

Pour les Egyptiens, la suspension de la omra est une décision lourde de conséquences, les Egyptiens étant en effet les plus nombreux à faire la omra chaque année: « Plus de 500000 Egyptiens partent pour la omra chaque année », indique ainsi Yousry Al-Séoudi, membre du comité du tourisme religieux à la Chambre des agences de voyages. D’ores et déjà, l’annonce a causé beaucoup de perturbation parmi les pèlerins qui étaient en voyage à La Mecque, les fidèles qui comptaient y aller et qui avaient réservé leur voyage, mais aussi parmi les agences de voyages chargées des réservations de billets d’avion, d’hôtels et des transports internes. Celles-ci sont prises d’assaut par les pèlerins qui avaient des réservations et craignent de subir de grandes pertes. Mohamad Ibrahim, conseiller exécutif du portail égyptien de la omra en Egypte, assure que le ministère du Tourisme et des Antiquités et la Chambre des agences de voyages coordonnent avec leurs homologues saoudiens afin de voir comment alléger les pertes des agences et les compenser. « On s’est mis d’accord avec les autorités saoudiennes pour ajourner toutes les réservations ainsi que les frais du visa de la omra jusqu’à ce que la suspension soit levée », explique Ibrahim.

Pour ne pas frustrer les fidèles, Riyad insiste ainsi sur le fait que les restrictions sur le petit pèlerinage sont « temporaires » et feront l’objet d’un « réexamen » en fonction de l’évolution de la situation sanitaire mondiale

Lien court:

 

En Kiosque
Abonnez-vous
Journal papier / édition numérique