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Moustapha Barghouthi : Toutes les options sont ouvertes

Propos recueillis par Samar Al-Gamal, Mardi, 04 février 2020

Moustapha Barghouthi, ex-ministre palestinien de l’Information, affirme que les Palestiniens se battront contre le plan américain sur le terrain et par le boycott.

Moustapha Barghouthi

Al-Ahram Hebdo : La Ligue arabe a adopté une position ferme à l’égard du plan Trump et a annoncé dans son communiqué final le « rejet du deal du siècle » le qualifiant d’américano-israélien. Quelle est, selon vous, l’impor­tance de cette position ?

Moustapha Barghouthi: C’est un communiqué important tant qu’il rejette le deal du siècle qui est concrètement un plan purement israélien, élaboré en 2012, mais aussi parce qu’il dit que l’initiative de paix arabe est le seuil minimum pour les Arabes afin de réaliser la paix. Nous étions mécontents du fait que certains ambassadeurs arabes ont assisté à l’annonce de ce plan à Washington, mais nous apprécions la position de la Ligue, et tant qu’elle a été adoptée à l’unanimité, nous la considérons comme la position offi­cielle de tous les pays arabes.

— Le président Abbas a pro­noncé un discours assez fort à la Ligue arabe et a annoncé la rup­ture des relations entre l’Autorité palestinienne et Israël. Qu’est-ce que cela signifie concrètement ?

— C’est un discours important. Abou-Mazen a dévoilé devant les Arabes toutes les mesures prises par les gouvernements israéliens succes­sifs pour saboter le processus de paix. En décidant cette rupture, il répond à des demandes formulées depuis un moment d’arrêter toute collaboration avec la partie israélienne. La coopé­ration sécuritaire avec Israël était déjà une erreur historique que le président Abbas a rectifiée. Comment peut-on être sous occupation et en même temps chercher à protéger les forces d’occupation?!

— Le président palestinien dit avoir transmis un message au pre­mier ministre israélien, Benyamin Netanyahu, appelant Israël à « prendre ses responsabilités en tant que puissance occupante ». Quelles seraient les répercussions d’une telle décision sur le quotidien des Palestiniens ?

— La vie sera certes beaucoup plus difficile, mais la situation actuelle n’est plus tenable. Que les Israéliens prennent en charge leur propre sécu­rité, et s’ils veulent réoccuper la Cisjordanie, qu’ils le fassent. Les salaires des Palestiniens sont, en effet, financés par les Palestiniens eux-mêmes qui payent des impôts auxquels les Israéliens retirent 30%. Toute la presse israélienne s’est d’ailleurs révoltée contre Netanyahu, estimant qu’il a traîné le pays vers une catastrophe, car il ne leur laisse qu’une seule issue, devenir un régime d’Apartheid et non pas la seule démo­cratie de la région dont ils se sont toujours vantés.

— Quel sera le sort de l’Autorité palestinienne dans ce cas ?

— Toutes les options sont ouvertes. L’Autorité palestinienne a été créée car nous oeuvrions en faveur de la solution de deux Etats. Si les Israéliens décident de la dissoudre, qu’ils le fassent. Mais nous ne laisse­rons pas tomber les services présen­tés à notre peuple. Nous n’abandon­nerons pas les services de santé, d’éducation ou d’agriculture.

— Ismaïl Haniyeh s’est entrete­nu au téléphone avec Abou-Mazen, qui a annoncé qu’il se rendrait bientôt à Gaza. N’est-ce pas une démarche qui intervient trop tard ?

— C’est vrai que c’est une démarche assez tardive. Une déléga­tion du Fatah doit se rendre dans quelques jours dans la bande de Gaza pour former un comité national et lutter contre le deal du siècle. La résistance sur le terrain, le boycott d’Israël et la réunification des rangs sont désormais la seule solution face aux Palestiniens.

— Qu’en est-il des négociations de paix ?

— Sans changement de l’équilibre de force, toute négociation sera inu­tile. Nous refusons de retourner à la table des négociations sous le parrai­nage américain. L’Autorité palesti­nienne avait déjà rompu les relations avec l’Administration Trump depuis le transfert de l’ambassade améri­caine à Jérusalem et a maintenu des contacts limités uniquement avec la CIA et le Congrès. C’est une admi­nistration alignée sur les positions de l’extrême droite israélienne, et ce qu’elle appelle plan de paix ou deal du siècle n’est qu’un plan de des­truction. Négocier sous parrainage américain est une catastrophe.

— Cherchez-vous à remplacer les Etats-Unis par la Russie ?

— Nous pensons à une conférence internationale avec la participation du Quartet, et peut-être la Chine aussi, mais nous n’accepterons plus que les Etats-Unis dirigent unilatéra­lement les négociations .

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