Dossier > Dossier >

En Iraq, le difficile pari de la lutte contre la corruption

Amira Samir, Mardi, 05 novembre 2019

Le gouvernement iraqien a annoncé un ensemble de mesures anti-corruption. Mission difficile dans un pays classé au 12e rang des Etats les plus corrompus au monde.

En Iraq, le difficile pari de la lutte contre la corruption
Les Iraqiens réclament le départ de la classe politique corrompue. (Photo : Reuters)

Dénoncer la corruption. Telle est l’une des raisons des manifestations qui secouent l’Iraq depuis un mois. Pour calmer cette contestation, Bagdad multiplie les annonces. Le Conseil suprême de lutte contre la corruption en Iraq (gouvernemental) a émis la semaine dernière plusieurs décisions parmi lesquelles le licenciement de 1 000 fonctionnaires de différents grades et de diverses institutions de l’Etat faisant l’objet de décisions judiciaires en matière d’intégrité. Un tribunal pénal central pour les grandes affaires de corruption impliquant des accusés occupant des postes de responsabilité au gouvernement sera également mis en place (jusque-là, tous les tribunaux iraqiens étaient chargés de traiter les crimes liés à la corruption financière et administrative). La commission parlementaire anti-corruption a en outre annoncé cette semaine avoir réglé « 8 000 dossiers de corruption sur 12 000 », affirmant que « des mandats d’arrêt avaient été émis à l’encontre de nombreuses personnes ».

Mais les mesures adoptées n’ont jusqu’ici visé que de « petits fonctionnaires », selon les observateurs, sans s’attaquer aux plus corrompus. Car en Iraq, la lutte anti-corruption est semée d’embûches. Elle « ne peut être traitée que sérieusement et avec résolution. Or, le premier ministre ne le peut pas, car il sait que tous (les politiciens) sont impliqués et trempent dans des affaires de corruption plus anciennes que sa prise de poste, il y a un an », a déclaré à l’AFP une source au sein de l’instance gouvernementale de lutte contre la corruption. Pour Amal Abdel-Latif, chercheuse en économie régionale, les réformes promises par le gouvernement de Abdel-Mahdi pour en finir avec la corruption en Iraq ne sont que des accalmies. « En fait, la corruption en Iraq c’est plutôt celle d’un système de gouvernance. La corruption mine aussi les projets de reconstruction en Iraq et décourage l’afflux des investissements », explique-t-elle.

Nouvelle classe de businessmen

Selon Transparency International, l’Iraq est le 12e pays le plus corrompu au monde sur un total de 168 pays. Ce rang n’a pas changé au cours des 15 dernières années. Depuis 2004, environ 410 milliards d’euros d’argent public ont été engloutis par la corruption, soit quatre fois le budget annuel de l’Etat. Selon le parlement, cette somme immense a disparu dans des contrats fictifs ou dans les poches des hommes politiques de tous bords, des chefs de tribus ou d’affairistes véreux.

L’Iraq est le deuxième producteur de brut de l’Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole (OPEP) et cinquième mondial, mais les milliards de dollars de recettes de la rente pétrolière se perdent souvent dans des projets qui restent à l’état de plans. En Iraq, les pots-de-vin les plus importants se trouvent dans trois domaines : les garde-frontières qui acceptent des pots-de-vin pour annuler les droits de douane, le commerce illégal du pétrole et l’achat et la vente illégaux de terrains et de maisons de luxe appartenant à l’Etat. Ces terrains sont souvent confisqués à la chute du régime de Saddam Hussein en 2003 par des personnalités et des partis, dont certains encore au pouvoir.

Selon un rapport du Centre d’études stratégiques de l’Université de Kerbala sur « les mécanismes de lutte contre la corruption en Iraq », le pays « a dû passer d’une économie planifiée avec prédominance du secteur public à une économie de marché soumise à la loi de l’offre et de la demande ». Cette situation a conduit à l’émergence d’une nouvelle classe de financiers, d’hommes d’affaires et d’agents commerciaux. « Tous ces éléments ont contribué à aggraver les anomalies économiques et sociales et à créer un environnement propice à la corruption », souligne le rapport. Jusque-là, conclut Amal Abdel-Latif, « l’absence de mécanismes efficaces de lutte contre la corruption n’a pas arrangé les choses ». Reste à savoir si les promesses du gouvernement changeront cet état des lieux.

Lien court:

 

En Kiosque
Abonnez-vous
Journal papier / édition numérique