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En quête de renaissance

Aliaa Al-Korachi, Mardi, 02 octobre 2012

Durant sa campagne électorale, Mohamad Morsi affirmait que son programme économique, appelé Al-Nahda, prenait sa source dans son parti. Ce projet existe-t-il vraiment ?

Les Freres
Al-Chater, suivi de Morsi, ont fait la propagande d'un projet inexistant.

Tout au long de sa campagne électorale, Mohamad Morsi, et avant lui le candidat « d’origine » des Frères musulmans, Khaïrat Al-Chater, menait sa campagne sur ledit programme qui devait mettre fin à tous les maux des Egyptiens et conduire le pays vers une nouvelle renaissance. Une fois élu président, Morsi a nommé un nouveau gouvernement qui n’a pas cessé de multiplier les déclarations louant ce fameux projet : « Début de la mise en œuvre du programme Renaissance », « Un plan pour attirer les investissements pour réaliser le projet Al-Nahda », « Des réunions ministérielles de suivi de la mise en œuvre du projet Renaissance ».

Toutefois, le ministre du Développement local, Ahmad Zaki Abdine, vient de dévoiler « qu’aucun programme d’Al-Nahdan’a été distribué, ni aux ministres, ni aux gouverneurs ». Et de poursuivre : « On travaille toujours selon l’ancien système jusqu’à ce que la rédaction du programme soit terminée ».

Où est donc le programme du président, qui est aussi celui des Frères musulmans ?

La réponse est venue de la part de Khaïrat Al-Chater, « l’ingénieur d’Al-Nahda » et son « inspirateur ». « Le projet en est au stade des idées », déclare le numéro deux de la confrérie, accusant les médias d’être « responsables de ce malentendu à propos du programme ». Une nouvelle histoire qui vient s’ajouter à une longue liste de propos et de contrevérités des responsables de la confrérie.

En effet, beaucoup de gens ont encore en leur possession la brochure de 12 pages présentant ce programme, dans laquelle on trouve des points bien détaillés. « Trois phases pour le développement économique, cinq pour mettre en place un leadership au niveau des affaires étrangères, et sept étapes pour construire un système politique ». La version originale du programme, comme le répétaient les dirigeants de la confrérie, a bien été enregistrée comme « propriété intellectuelle ». Et par ailleurs, une sorte de livre volumineux a été envoyé à certains politiciens comme étant ledit « projet Al-Nahda ».

Un programme illusoire !

Le projet a été lancé pour la première fois lors de l’unique conférence de presse du candidat Khaïrat Al-Chater, avant sa disqualification de la course à la présidentielle. Il affirmait alors qu’il s’agissait d’un projet, « non seulement pour l’Egypte et l’ère post-Moubarak, mais aussi pour toute la région ».

La photo d’Al-Chater avait été remplacée sur les affiches de campagne par celle de Morsi, mais le slogan de la campagne électorale était resté inchangé : « Al-Nahda, une volonté du peuple ». Morsi se trouvait soudainement obligé de défendre et de commercialiser un projet dont il ne connaît pas si bien le contenu. Et Al-Chater ne s’éloignait jamais vraiment des projecteurs : on pouvait le voir aux côtés de Morsi dans la plupart de ses meetings, faisant campagne pour son programme.

Selon la confrérie, le projet est une incarnation de la pensée de Hassan Al-Banna, fondateur de la confrérie. La préparation du projet a commencé en 2004, sous l’égide d’un groupe de travail des Frères musulmans, « en prison ou à l’extérieur, et qui ont déterminé les grandes lignes stratégiques du projet ». Suite à la révolution de janvier, Khaïrat Al-Chater, confirment les Frères, « a été chargé de déterminer les étapes de mise en exécution du projet, avec l’aide de 1 000 spécialistes, dont la majorité ne font pas partie des Frères musulmans. 16 comités spécialisés, collectant les expériences de développement de 25 pays, se sont mis à la rédaction du programme ». L’échéance du programme est fixée à 2025, ce qui alimente les craintes de voir les Frères musulmans trouver tout prétexte utile pour rester au pouvoir.

A l’époque, Morsi ne cessait de dire qu’Al-Nahda allait rapporter plus de 200 milliards de dollars à l’Egypte, durant les 4 années de son mandat. « Lorsqu’on parle d’un projet de renaissance, cela ne veut pas dire qu’on a un projet clair, déterminé et définitif, et qu’on va l’imposer aux Egyptiens. C’est totalement déraisonnable. Nous proposons un projet préliminaire qui doit faire l’objet de discussions avec les forces politiques et les spécialistes dans les différents domaines. Nous le mettrons en débat à plusieurs reprises et jusqu’à ce que nous soyons tous d’accord, avant de l’adopter ». Ainsi sont les arguments qu’avance Al-Chater qui, lui-même alors candidat à la présidentielle, avait parlé d’un projet « complet, détaillé et prêt à la mise en exécution ».

Si l’on se fie à ces propos, il est clair que ce programme n’a jusqu’à maintenant pas d’objectif définitif. Nermine Hassan, membre du comité des relations extérieures au Parti Liberté et justice, assure que « l’intention de recevoir des propositions et d’engager les gens dans l’élaboration du projet était bien déclarée dès le début, mais les médias se sont plus focalisés sur la déclaration d’Al-Chater, donnant au projet une dimension qu’il n’avait pas ».

Pour le politologue et opposant Emad Gad, le projet Renaissance n’est qu’une série « d’idées sans plan clair de développement ». Le politologue s’insurge contre les déclarations d’Al-Chater, affirmant que le projet « a besoin de citoyens enthousiastes et convaincus de l’idée pour sa réalisation ». Cette phrase nous rappelle les propos d’Ahmad Nazif, (ancien chef du gouvernement sous Moubarak) qui disait que le peuple égyptien n’était pas éligible pour la démocratie. « Les Frères veulent faire porter la responsabilité de l’échec de leur projet au peuple et refusent d’avouer que leurs promesses politiques ont été prises à la hâte pour la course présidentielle, maintenant qu’elles sont pointées du doigt ».

L’un des fondateurs du parti de gauche, Al-Tahalof al-chaabi, Abdel-Ghaffar Chokr, pense que cette volte-face concernant ledit projet Renaissance est « une manœuvre pour gagner du temps et échapper le fait de rendre des comptes, au moins pour les 100 premiers jours » .

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