Dossier > Dossier >

Les partenaires de la Route de la soie

Racha Darwich et Nada Al-Hagrassy, Mardi, 10 septembre 2019

17 pays arabes ont signé avec la Chine des protocoles d’accord pour rejoindre l’Initiative de « La Ceinture et la Route » (ICR), lancée en 2013 par le président chinois. Cette initiative, qui vise à construire un réseau de commerce et d’infrastructures reliant la Chine à l’Afrique, le Moyen-Orient et l’Europe, a créé de nombreuses plateformes de coopération.

Egypte

C’est en 2014 que l’Egypte a signé avec la Chine un accord de coopération stratégique avec pour objectif de relier l’Initiative de « La Ceinture et la Route » (ICR) avec les plans de développement entamés par l’Egypte. Le Canal de Suez représente, en effet, une station importante de la Route maritime de l’initiative qui vise à relier la Chine à l’Afrique, le Moyen-Orient et l’Europe. Depuis cette date, les projets conjoints entre les deux pays vont bon train. Dans le domaine de la construction, le plus long gratte-ciel en Afrique est édifié conjointement par les deux pays dans la Nouvelle Capitale administrative. Le consortium chinois, composé de l'International Holding Corporation et de la Société limitée des chemins de fer (AVIC), exécute également le projet de train à grande vitesse qui devrait lier la Capitale administrative aux nouvelles cités autour du Caire, avec un coût de 1,4 milliard de dollars. La Zone de développement économique et technologique de Tianjin (TEDA), un développeur industriel chinois, est actuellement chargée de développer un secteur d’une superficie de 7,25 km2 au sein de la zone économique du Canal de Suez. De nombreuses entreprises ont déjà été attirées par cette zone économique, dont notamment Jushi, le géant chinois de la fibre de verre. En outre, un consortium chinois construit actuellement la première station de génération d’électricité à partir du charbon propre dans la région d’Al-Hamrawein, avec une capacité de production de 6000 mégawatts. Au niveau commercial, les échanges commerciaux entre les deux pays sont passés de 11 milliards de dollars en 2017 à 13 milliards de dollars en 2018, avec une hausse de 18,2%. De même, les exportations égyptiennes vers la Chine ont grimpé de 330 à 1800 millions de dollars entre 2014 et 2018.

Emirats arabes unis

Au cours du forum de l'ICR organisé en avril dernier à Pékin, les Emirats ont fait part de nombreuses opportunités d’investissement à Dubaï d’une valeur de 3,4 milliards de dollars. Dans ce contexte, une entreprise chinoise a entamé, au début de l’année, l’installation d’une usine pour la fabrication de pneus d’une valeur de 614 millions de dollars dans la zone industrielle de Khalifa, et l’opérateur chinois Cosco Ports a inauguré un centre régional dans le port de Khalifa. Cependant, le plus grand projet de coopération sino-émirati, voire sino-arabe, est sans conteste le terminal de conteneurs du port de Khalifa, dont la seconde phase est entrée en fonction au cours du premier quart de 2019, avec une capacité annuelle de traitement de 2,4 millions de conteneurs. Un autre méga-projet est celui de la Zone de démonstration de coopération de capacités Chine-EAU. Le troisième méga-projet est celui d’une station de génération de l’électricité à partir de l’énergie solaire avec une capacité de 700 mégawatts.

Au niveau commercial, les échanges économiques ont atteint 53 milliards de dollars en 2018. De même, les Emirats représentent 23 % du volume du commerce arabe avec la Chine. Ce qui fait des Emirats le second partenaire commercial de la Chine au niveau mondial. Les Emirats sont un membre fondateur de la Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures créées en 2015, dans le cadre de l’ICR. Depuis son lancement, cette banque est devenue l’une des principales plateformes multilatérales de la construction de la nouvelle Route de la soie.

Arabie saoudite

La géographie de l’Arabie saoudite favorise l’ouverture de la route maritime à la mer Rouge grâce aux ports de Yanbu et de Djeddah, facilitant l’accès à la mer Rouge pour accéder au Canal de Suez, et donc à la Méditerranée. Ainsi, le couplage entre l’ICR et l’Arabie saoudite augmente les capacités saoudiennes à répondre aux besoins énergétiques de la Chine. Au cours de la visite du roi Salman à Beijing en 2017, un paquet d’accords avait été signé, notamment un mémorandum d’accord entre la compagnie pétrolière nationale saoudienne Aramco et la China North Industries Group Corporation, prévoyant la construction de deux raffineries, l’une dans la province chinoise du Fujian, et l’autre à Yanbu en Arabie saoudite. Ce qui est assez important pour l’Arabie saoudite. En effet, l’Arabie saoudite est le premier fournisseur de pétrole de la Chine— près de 67% de ses importations de pétrole proviennent du Royaume saoudien —, tandis que la Chine est le principal pays de destination de toutes les exportations saoudiennes.

Cependant, le premier projet de coopération sino-saoudien dans le cadre de l’ICR est l’usine de la société chinoise Pan-Asia Co. dans la ville de Jazan, dans le domaine des polyesters, avec un coût d’investissement de 1,15 milliard de dollars en première phase, pour atteindre le chiffre de 3 milliards de dollars avec la fin de l’année.

Jordanie

Compte tenu de la position stratégique du Royaume dans la région, à la croisée de 3 continents, la Jordanie occupe une place importante dans l’ICR. Le plus important projet exécuté, est le projet de production d’électricité à partir du schiste avec un volume d’investissement de 2,1 milliards de dollars, dont 1,6 sont versés par des banques chinoises. Ce projet entrera en fonction en 2020, avec une capacité de production de 3,7 milliards de kilowatts, fournissant 15% des besoins de la Jordanie en électricité.

Par ailleurs, une compagnie chinoise a remporté l’exécution du projet de la génération de l’énergie à partir des déchets solides avec un investissement de 160 millions de dollars sur une durée de 25 ans. Autre projet chinois en Jordanie: le Mall du dragon, un centre commercial qui devra être construit sur une superficie de 20 km2 avec la participation de 100 compagnies chinoises. Sans oublier les investissements chinois dans la zone économique d’Al-Akkaba et les usines installées dans les régions de Arbed, Al-Kark, Al-Mafrak et Seihab. Au niveau commercial, les relations bilatérales se sont élevées après la visite du souverain jordanien en Chine en 2015. La Chine est devenue le second partenaire commercial de la Jordanie avec des échanges commerciaux de 3,2 milliards de dollars par an. En 2018, les exportations jordaniennes vers la Chine ont enregistré une hausse importante après l’augmentation de l’exportation du phosphate et du potassium.

Tunisie

Huit mois après le Maroc, la Tunisie a elle aussi signé, le 11 juillet 2018, un mémorandum d’entente avec la Chine. La Tunisie jouit elle aussi d’une position géographique prisée qui fait d’elle un centre régional attirant pour l’investissement, le commerce et la production. Elle lie les deux rives orientale et occidentale de la Méditerranée, sa rive nord et sa rive sud. Située à juste 140 km de l’Europe, la Tunisie se trouve au coeur de la chaîne logistique euro-méditerranéenne et une destination privilégiée pour ceux qui veulent conquérir un marché de 500 millions de consommateurs. Par ailleurs, la Tunisie étant une plateforme ouvrant le marché africain à la Chine, les exportations chinoises vers l’Afrique à travers la Tunisie ont enregistré, en 2018, une croissance de 42 % par rapport à l’année précédente, dont la plupart sont des produits de haute technologie, comme les produits électroniques et les ordinateurs. Ainsi, la société de portables chinoise Huawei envisage de former environ 10000 étudiants tunisiens en T.I.C. (Technologies de l’Information et des Communications) avant de leur délivrer des certificats reconnus de par le monde. Ce qui permettra à la Tunisie de mieux intégrer le secteur de la haute technologie.

De même, de plus en plus d’entreprises tunisiennes ouvrent des filiales en Chine. Pourtant, la balance commerciale penche du côté chinois. Le président chinois, Xi-Jinping, a entrepris des mesures pour augmenter les importations tunisiennes en réduisant considérablement les taxes sur certains produits en provenance de Tunisie .

Lien court: