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Pauvreté : Les raisons de la hausse

Marwa Hussein, Mardi, 06 août 2019

Le taux de pauvreté a augmenté entre 2015 et 2017-2018, pour atteindre 32,5 % de la population égyptienne. C’est ce qui ressort de l’enquête menée par la CAPMAS. Les subventions aux produits alimentaires et les aides financières ont toutefois permis de contenir la hausse.

Pauvreté : Un Egyptien sur trois est touché

Près d’un Egyptien sur trois vit en dessous du seuil de pauvreté. Khaïrat Barakat, président de l’Agence centrale pour la mobilisation publique et les statistiques (CAPMAS), a déclaré, la semaine dernière, que 32,5 % des Egyptiens vivaient en dessous du seuil de pauvreté, contre 27,8 % en 2015 ; soit une hausse de 4,7 %. Ces résultats font partie de l’enquête menée par la CAPMAS sur les dépenses et les revenus de 2017-2018. Le seuil de pauvreté en Egypte est fixé à 735,7 L.E. par mois, soit 8 827 L.E. par an, contre 482 L.E. par mois et 5 787,9 L.E. par an en 2015. Le seuil de pauvreté de la CAPMAS s’élève donc à 1,4 dollar par jour, tandis que depuis 2015, le seuil de pauvreté international de la Banque mondiale s’élève à 1,9 dollar par jour, sur la base d’un minimum mondial.

Selon l’enquête de la CAPMAS, 6,2 % des Egyptiens vivent en outre en dessous du seuil de pauvreté extrême, fixé à 5 890 L.E. par an, soit 491 L.E. par mois. En 2015, 5,3 % des Egyptiens vivaient en dessous du seuil de pauvreté extrême, et 4,4 % en 2012-2013. La pauvreté extrême touchait 6,1 % des Egyptiens en 2008-2009, avant de diminuer pendant les années suivantes.

L’enquête de la CAPMAS a été menée auprès de 26 000 familles de tous les gouvernorats. L’équipe de la CAPMAS a rendu visite à ces familles à 8 reprises au cours de l’enquête, qui a été menée sur deux ans. « L’enquête a été réalisée à un moment critique, alors que l’Egypte poursuivait son programme de réforme économique et atteignait les objectifs de développement durable », a déclaré Khaïrat Barakat.

En 2016, le gouvernement égyptien a lancé un programme de réforme économique qui comprenait la libéralisation du taux de change, l’introduction de la taxe sur la valeur ajoutée et la baisse des subventions à l’énergie. Et ce, dans le cadre d’un programme de financement de 12 milliards de dollars convenu avec le Fonds Monétaire International (FMI), qui touche à sa fin ce mois même. « C’est peu surprenant que la pauvreté ait augmenté, la hausse des revenus n’ayant pas été aussi importante que l’inflation, qui a augmenté de 33 % suite à la dévaluation de la livre », indique Youmna Al-Hamaqi, professeure d’économie à l’Université de Aïn-Chams, ajoutant que les économistes prévoyaient une hausse plus grande du taux de pauvreté, à savoir plus de 35 %.

En annonçant les résultats du rapport, Hala Al-Saïd, ministre de la Planification, a souligné l’importance et l’intérêt qu’accorde l’Etat à recenser et à adresser la pauvreté. « L’Etat prend soin d’étudier le phénomène de la pauvreté et d’y remédier en déployant une perspective intègre, qui ne se limite pas à mesurer la pauvreté matérielle — qui mesure la capacité des personnes à satisfaire leurs besoins de base comme la nourriture, le logement, l’eau, la santé et l’éducation —, mais prend aussi en compte la pauvreté comme une notion plus vaste, qui comprend le fait d’être privé d’une vie digne, de l’accès à l’éduction, aux services médicaux et à un logement décent, bref, qui prend en compte les aspects sociaux en plus des besoins de base », a-t-elle déclaré.

Des mesures de soutien efficaces

Selon le rapport de la CAPMAS, si le taux de pauvreté en Egypte a augmenté, le système des subventions aux produits alimentaires a, lui, permis de contenir cette hausse. 88,5 % des familles bénéficient en effet d’une carte de subventions aux produits alimentaires (sauf le pain). La CAPMAS note que les subventions alimentaires annuelles ont passé de 858 L.E. par famille en 2015 à 1 927,9 L.E. en 2017-2018, soit une hausse de 124,7 %. En ajoutant les subventions du pain, les subventions alimentaires annuelles par famille atteignent 2 264 L.E.

Le programme de transfert d’argent Takafol wa Karama, destiné aux personnes les plus démunies, a lui aussi contribué à contenir l’augmentation de la pauvreté. Hala Al-Saïd a expliqué que 70 % des aides du programme Takafol wa Karama sont distribuées aux 40 % les plus pauvres. La Banque mondiale avait d’ailleurs noté, dans un rapport publié en avril : « La multiplication par dix des aides du programme Takafol wa Karama entre 2015 et 2017 est un pas important dans la bonne direction. Il a le potentiel de bénéficier aux personnes les plus vulnérables de la population égyptienne ».

Néanmoins, le taux de pauvreté reste élevé en Egypte, touchant près du tiers de la population. « Nous n’avons pas réussi à combattre la pauvreté aussi bien que d’autres pays, comme l’Inde et la Chine, dont les efforts sont reconnus par les rapports mondiaux », regrette Youmna Al-Hamaqi. Elle estime que la méthode la plus réussie pour combattre la pauvreté serait la création de programmes de formation et de soutien de petits projets, destinés aux personnes les plus démunies.

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