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Le peintre du mythe

May Sélim, Mercredi, 31 juillet 2019

Le peintre et sculpteur français Gérard Garouste est l’invité d’honneur de la 13e édition de la Biennale internationale du Caire. Il expose huit peintures à l’huile au Centre des arts du palais Aïcha Fahmi, lesquelles résument son parcours.

Le peintre du mythe

A l’entrée du Centre des arts (palais Aïcha Fahmi, à Zamalek), le monde mythique de l’artiste français Gérard Garouste se révèle progressivement à travers huit peintures à l’huile. Celles-ci font voyager les visiteurs entre histoires empruntées à la Bible, à l'Ancien Testament, et à des contes et fables occidentaux. La sélection des toiles vise à donner une vue panoramique des oeuvres du peintre septuagénaire, invité d’honneur de la 13e édition de la Biennale internationale du Caire, qui se tient jusqu’au 10 août.

Les peintures figuratives exposées datent de 2005, 2013 et 2017 et résument en quelque sorte son parcours d’artiste. « Je suis vraiment honoré d’être présent à la Biennale du Caire, qui m’a permis d’avoir une idée du paysage plastique arabe. Vers l’Orient, qui est le thème principal de la biennale cette année, est très intéressant. Il permet d’engager un dialogue entre l’Orient et l’Occident, à travers l’art », souligne Gérard Garouste.

Ses peintures puisent dans les mythes universels, tout en faisant le lien avec sa vie personnelle. Ainsi, les histoires des saints et les textes fondateurs de l’humanité y occupent une place de taille. Naaman est une peinture à l’huile qui date de 2017. Ce personnage de la Bible était un général lépreux qui devait se baigner dans le Jourdain pour se soigner. Il est représenté, sur le tableau, avec deux serpents. « Le nom de ce général commence par la lettre arabe noun (la lettre N) et, en fait, la cryptographie de cette lettre est le serpent. D’une manière ou d’une autre, tout est codifié », souligne Garouste. Pour lui, même si l’on n’arrive pas à déchiffrer ces codes, on est touché par quelque chose, soit par l’image, soit par le cas d’une personne en souffrance. « Mes oeuvres n’offrent pas de lecture directe, on est plutôt dans l’association des pensées, comme dans un mythe. Par contre, c’est clair qu’il ne s’agit pas de surréalisme. C’est la magie de l’art qui opère », explique-t-il.

Honi et son cercle est une autre peinture de Garouste, dans laquelle il jongle avec l’idée du faiseur de miracles, cité dans le Talmud. Honi ressemble ici à Pinocchio. Le peintre ôte souvent à ses personnages leurs côtés sacrés et mise sur la réinterprétation des signes et des codes.

Le mythe de Baalam, le méchant séducteur-sorcier, est incarné à travers la toile Baalam and The Desk Blotter. Garouste mêle cette histoire à une autre histoire, très personnelle. « Pendant la guerre, on avait confisqué des biens juifs. C’était un moment très pénible pour moi, lorsque j’ai découvert cette injustice. Dans cette peinture, j’ai mis en relief la confrontation entre Baalam et son ânesse, qui l’empêche d’obéir au bon Dieu ».

Les animaux tiennent un rôle primordial dans les peintures de Garouste et sont inspirés d’histoires anciennes bien précises, comme dans Shoulder, Son of an Ass, un autoportrait. « Toute peinture, même si c’est un paysage, est en quelque sorte un autoportrait, une expression de soi-même », indique-t-il. Il en est de même dans The Lion and the Stork, une peinture qui fait allusion à une célèbre fable grecque, reprise dans le Talmud, et ensuite par La Fontaine. « Parmi mes souces d'inspiration, il y a la Bible et ses commentaires dans le Talmud. Je ne vise pas essentiellement le religieux, ce qui m’intéresse plutôt, c’est le mythe en lui-même, qui continue de vivre au fil du temps », conclut l’artiste l

Jusqu’au 10 août, tous les jours de 9h à 21h (sauf le vendredi), au Centre des arts (palais Aïcha Fahmi). Rue 26 juillet, Zamalek.

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