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Des défis et des attentes

Chaïmaa Abdel-Hamid, Mardi, 12 février 2019

Le Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram a organisé un colloque sur les défis d’ordre sécuritaire, économique et politique auxquels l’Egypte sera confrontée durant sa présidence de l’Union Aricaine (UA). Compte-rendu.

Des défis et des attentes
L'Afrique accueille 80 % du total des réfugiés dans le monde.

A l’occasion de la prési­dence de l’Egypte de l’Union Africaine (UA), le Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram a organisé un colloque, mercredi 6 février, au cours duquel il a présenté une étude intitulée « La présidence de l’Egypte de l’UA : problèmes et politiques proposées ». Cette étude — apparue dans la revue Al-Badaël, publiée par Al-Ahram et préparée par la spécialiste dans le domaine de la sécurité et des conflits en Afrique, Amira Abdel-Halim — expose les différents défis qui se dressent face à l’Egypte, et les acquis qu’elle peut réaliser à travers sa présidence de l’UA.

La chercheuse énumère dans l’étude 7 principaux axes qui reflè­tent les défis auxquels l’Egypte sera exposée durant son année de prési­dence. « Ces axes représentent un équilibre entre les ambitions afri­caines et les potentialités que peut présenter l’Egypte », a expliqué la spécialiste lors du colloque, en ajou­tant que l’Egypte peut transférer son expertise et ses capacités dans cer­tains domaines pour aider les pays africains à surmonter leurs crises.

La sécurité avant tout

Le règlement des conflits figure à la tête de ces défis. Au cours des trois dernières décennies, le conti­nent africain a connu de graves conflits, la plupart étaient des conflits internes. Ces conflits ont eu de graves répercussions sur le déve­loppement et la stabilité de l’Afrique. Il y a quatre crises majeures que l’Egypte peut tenter de résoudre, à savoir les problèmes du Soudan du Sud, de la Somalie, de l’Afrique centrale et du Congo. « On peut envisager que l’Egypte puisse, à travers ses capacités diplomatiques et politiques, jouer un rôle actif pour mettre fin à ces conflits », souligne Abdel-Halim.

Un autre axe qui ne manque pas d’importance est celui de la lutte contre le terrorisme, un enjeu majeur pour l’Egypte aussi bien que pour les pays africains. Diverses régions du continent souffrent aujourd’hui de la prolifération des groupes terroristes, ce qui menace les politiques de développement et la stabilité du continent. C’est le cas de la région du Sahel, devenue un véritable repaire terroriste, ainsi que la région du lac Tchad qui regroupe quatre pays (Nigeria, Cameroun, Niger et le Tchad). « L’Egypte, qui mène depuis 2013 une guerre farouche contre le terrorisme, a acquis une grande expérience qui a fait d’elle l’un des meilleurs acteurs internationaux dans le domaine de la lutte antiterro­riste », explique l’expert militaire à l’académie militaire Nasser et l’un des principaux interlocuteurs du col­loque, Ahmad Al-Qadi, qui ajoute : « L’Egypte coopère depuis quelques années avec les pays du Sahel, afin de développer leurs capacités mili­taires pour qu’ils puissent faire face aux menaces graves qui les entou­rent ».

En effet, l’une des plus impor­tantes initiatives de coopération de l’Egypte a été la création d’un centre régional de lutte contre le terrorisme pour les pays du Sahel et du Sahara, basé au Caire. Il y a aussi l’initiative du président Abdel-Fattah Al-Sissi qui consiste à former 1 000 expatriés africains dans les établissements de l’enseignement militaire égyptien, et la tenue d’exercices conjoints de lutte contre le terrorisme avec les pays du Sahel et du Sahara. Le Centre du Caire pour le règlement des conflits et le maintien de la paix en Afrique accueille et forme égale­ment des spécialistes et des respon­sables dans les pays sahéliens. Al-Azhar joue également un rôle important en envoyant en Afrique des savants et des convois médicaux, et en augmentant le nombre de bourses à l’Université d'Al-Azhar destinées aux étudiants africains.

Toujours dans le domaine sécuri­taire, les dirigeants africains atten­dent avec impatience que l’UA pro­cède à une révision générale des termes de l’Architecture Africaine de Paix et de Sécurité (AAPS), car les conflits sur le continent ont considérablement évolué depuis son lancement en 2000.

Aujourd’hui, des interrogations surgissent autour de son efficacité. « L’Afrique connaît des violations des principes démocratiques, et il y a un recours aux armes comme moyen de régler les conflits, ce qui fait du développement de cet orga­nisme l’une des plus grandes ambi­tions africaines et l’un des défis majeurs auquel sera exposé l’Egypte durant son année de prési­dence. Ce système doit être réexa­miné et nécessite une expertise dans les domaines sécuritaire et militaire pour sa restructuration », explique Al-Qadi. De même, l’Egypte sera appelée durant sa présidence à pré­senter une nouvelle vision, afin de protéger les réfugiés et les déplacés. Les pays africains sont confrontés depuis quelques années à de nom­breux problèmes qui ont entraîné une amplification de ce phénomène. C’est dans ce contexte que le som­met de l’UA, tenu à Nouakchott en juillet 2018, a décidé de considérer l’année 2019 comme étant l’année des réfugiés. Selon les Nations-Unies, les pays en développement, principalement situés en Afrique, accueillent 80 % des réfugiés. 15 000 personnes sont déplacées chaque jour en Afrique.

L’intérêt de l’UA pour cette ques­tion ne date pas d’aujourd’hui. En 2012, les Etats membres se sont réunis et ont signé la Convention de Kampala sur la protection et l’aide aux personnes déplacées en Afrique, il s’agit du seul cadre juridiquement contraignant relatif à cette question. L’application de cet accord néces­site une volonté politique et un investissement réel.

Agenda économique et social

Les défis économiques et sociaux ne manquent pas non plus d’impor­tance. Les problèmes économiques et de développement ainsi que le soutien des jeunes africains sont deux défis majeurs.

L’Egypte a commencé à jouer un rôle actif pour s’intégrer économi­quement à l’Afrique.

Dans ce cadre, l’Egypte a souli­gné l’importance de la création d’une zone de libre-échange réunis­sant tous les pays africains. Ainsi, au cours de sa présidence, l’Egypte se penchera sur un certain nombre de problèmes économiques qui représentent des priorités pour les pays africains, notamment le déve­loppement de l’infrastructure, le développement des ressources en eau, les télécommunications, la technologie et la réforme institu­tionnelle et financière de l’UA.

En outre, le soutien des jeunes se pose également comme une priorité égyptienne. D’ailleurs, l’Académie nationale égyptienne pour la forma­tion des jeunes accueille de jeunes Africains et leur présente des cours de formation dans différents domaines.

Le député Mohamad Mohamad Al-Orabi souligne que l’un des plus grands défis de l’Egypte c’est de retrouver sa place pionnière au sein de l’UA.

« Depuis plus d’un an, l’Egypte concentre ses efforts sur le conti­nent africain pour former des jeunes dans les institutions militaires et diplomatiques égyptiennes. Un pas très important pour que l’Egypte retrouve sa place en Afrique », dit le député.

Soutenir l’Afrique

Plaider les causes africaines devant les organisations internatio­nales est une autre tâche qui revien­dra à l’Egypte. L’UA envisage de renforcer ses relations avec les par­tenaires internationaux, afin de par­venir à un consensus sur les ques­tions africaines au Conseil de sécu­rité des Nations-Unies « L’Egypte maintient aujourd’hui un poids considérable dans les rencontres internationales. Une occasion importante pour intervenir en tant que représentant des pays africains et exposer les différents pro­blèmes », explique Al-Orabi.

« La présidence de l’Egypte sera d’un an, ce qui est une durée très courte pour concrétiser ses ambi­tions en Afrique, mais elle offre sûrement de réelles opportunités pour renforcer l’action de la diplo­matie égyptienne sur le continent », conclut Abdel-Halim.

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