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Ahmad Youssef : Le moment est venu pour que les Arabes aient un rôle dans le règlement du conflit syrien

Ola Hamdi, Mardi, 08 janvier 2019

Ahmad Youssef, professeur de sciences politiques à l’Université du Caire, revient sur les motivations du retour arabe en Syrie et les défis de l’après-retour.

Le moment est venu pour que les Arabes aient un rôle dans le règlement du conflit syrien

Al-Ahram Hebdo : La tendance est de plus en plus favorable au retour de la Syrie dans le giron arabe. Pourquoi maintenant ?

Dr Ahmad Youssef : Le conflit syrien entre dans sa 8e année, c’est à la lumière de l’évolution du conflit que nous devons analyser la situation. Le régime syrien a enregistré une grande victoire suite à ses succès militaires sur le terrain. Et ce, grâce à la cohésion de l’armée syrienne, quelles que soient les raisons de cette cohésion, mais aussi grâce à ses alliés régionaux avec en tête l’Iran, et internationaux, la Russie. En fait, cette dernière évolution est tout à fait logique, non pas parce que les pays arabes soutiennent le régime de Bachar Al-Assad, mais plutôt parce qu’ils soutiennent l’Etat syrien. C’est dans ce contexte que s’inscrivent les tentatives de restituer la Syrie au sein de la Ligue arabe. En effet, les pays arabes ont été encouragés par la stabilité du régime syrien et la victoire de Bachar Al-Assad.

Le moment est devenu pertinent pour que les Arabes essaient de jouer un rôle dans le règlement du conflit syrien pour protéger la Syrie des avidités régionales et internationales.

— Pensez-vous donc que la sortie de la Syrie de la Ligue arabe ait été une décision erronée ?

— L’exclusion de la Syrie de la Ligue arabe a été dès le début une décision erronée car le régime d’Al-Assad continue à représenter la Syrie aux Nations-Unies et aux différentes instances internationales. S’il était toujours présent au sein de la Ligue, celle-ci aurait pu contribuer à un règlement plus rapide du conflit syrien, en exerçant de fortes pressions arabes sur le régime syrien. Actuellement, le règlement du conflit est géré par le trio : la Russie, l’Iran et la Turquie, alors que les pays arabes n’y jouent aucun rôle.

— Quels sont les défis de la réintégration de la Syrie au sein de la Ligue arabe ?

— Je pense que la réintégration de la Syrie dans la Ligue arabe ne sera pas compliquée. Le régime syrien devra toutefois faire face à quelques défis concernant la gestion des relations avec certains pays qui ont financé les factions armées contre Al-Assad, contribuant au prolongement du conflit. De l’autre côté, certains pays auront aussi le droit de critiquer son comportement à l’égard de sa population. Mais à mon avis, les choses ne seront pas si difficiles ni si mauvaises. Mais bien sûr, il y aura des batailles diplomatiques et verbales au sein de la Ligue arabe après le retour de la Syrie. J’espère que tout le monde comprendra que les différends ont ouvert la porte aux ingérences étrangères. Les pays arabes doivent comprendre les choses et s’entendre, afin de réfuter les prétextes de la Turquie de lancer une offensive contre la Syrie et mettre fin au sentiment syrien qu’il a constamment besoin du soutien iranien. Même si cela peut paraître difficile, il faudra au moins essayer de mettre fin à toute présence militaire iranienne en Syrie.

— Justement, que doit faire la Syrie pour un retour au bercail ?

— J’espère que le régime syrien n’adoptera pas de politiques de vengeance contre ses opposants. Je pense qu’il devra entreprendre une véritable réforme politique qui oblige tout l’éventail du peuple syrien à accepter les règles du jeu politique, c’est-à-dire que des élections intègres soient organisées et que le monde accepte leurs résultats, quel que soit le vainqueur, Assad ou autre.

— Qui seraient les perdants de ce retour ?

— Au cas où les Arabes fourniraient à la Syrie des alternatives, les puissances régionales et internationales vont certainement perdre. Il est vrai que les relations entre la Syrie et l’Iran ne seront jamais rompues. Mais l’armée iranienne n’aura plus de place en Syrie, ni d’ailleurs l’armée turque qui prenait pour prétexte la lutte contre les Kurdes, sous prétexte qu’ils soutiennent le PKK, considéré comme une organisation terroriste par Ankara.

— Et comment évaluez-vous les positions des pays du Golfe, initialement opposés au régime syrien, après la réouverture de l’ambassade des Emirats arabes unis à Damas ?

— Les Emirats arabes unis ont, en effet, rouvert leur ambassade à Damas, le Koweït et Bahreïn avancent sur la même voie, mais attendent la décision de la Ligue arabe de la réintégration de la Syrie. Quant à l’Arabie saoudite, je ne pense pas qu’elle s’oppose à cette décision.

— Quelle était la position de l’Egypte envers la crise syrienne ?

— L’Egypte possède une position claire et nette envers le conflit syrien et tous les autres conflits arabes. En toute occasion, le président Sissi répète que la politique étrangère égyptienne vise à préserver l’Etat national arabe et l’unité de son armée. L’Egypte a défendu la préservation de l’Etat syrien et a soutenu le rôle de son armée nationale. En tant que force arabe majeure, l’Egypte a clairement fait entendre qu’elle soutenait l’Etat syrien et son armée en tant que force capable de préserver l’unité de l’Etat.

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