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La répression s'aggrave : la réponse du 6 Avril

Ola Hamdi, Mardi, 14 mai 2013

En avril, la police lançait une vaste campagne d’arrestation contre les jeunes du 6 Avril. Aujourd’hui, le mouvement dénonce une répression jugée pire que sous Moubarak. Reportage à Boulaq.

6 Avril
Les jeunes du 6 Avril appellent à la libération de leur collègue Mano.

Le rendez-vous n’a pas été manqué. Les manifestants sont à l’heure ce jeudi 12 mai au quartier de Boulaq. Leur mission est claire : soutenir Abdel-Rahman Mohsen ou, comme l’appellent ses amis, Mano, l’un des détenus du mouvement du 6 Avril. Des dizaines de jeunes du mouvement de divers quartiers se sont rassemblés à côté de chez Mano pour demander sa libération et celle de leurs collègues, et surtout mettre en lumière les violations et les arrestations récurrentes contre les révolutionnaires. Deux ans après la révolution du 25 janvier, les visiteurs de l’aube sont de retour. Les détentions se multiplient, visant principalement les jeunes activistes !Vers 18h, les jeunes se sont rassemblés rue Al-Tahrir dans le quartier de Doqqi. De jeunes hommes, des femmes et des étudiants ont répondu à l’appel de leur mouvement. Un petit groupe vérifie la vidéo qui sera diffusée dans quelques minutes, un autre prépare les tracts qui seront distribués, un troisième étale les bande­roles, pancartes et drapeaux du mouvement. « Nous sommes ici dans le cadre d’une série de sit-in dans tout le pays, pour faire connaître le dossier des détentions qui se poursuivent d’une manière beaucoup plus grave qu’au temps de Moubarak », explique Hussein Al-Nadi, respon­sable du mouvement pour les quartiers de Doqqi et Boulaq. La semaine prochaine, ils se dirige­ront à Imbaba pour leur collègue Youssef — Joe, comme ils l’appellent — arrêté dans le même cadre que Abdel-Rahman. « Il n’est plus ques­tion de nous taire », affirme Al-Nadi.

A 19h30, il appelle ses collègues pour traver­ser la rue et se diriger vers le pont de bois, situé à la fin de la rue Al-Tahrir. Ce pont est une place stratégique pour les habitants de Boulaq, car il les relie au quartier de Doqqi. Pour l'atteindre, les manifestants doivent passer par une longue ruelle piétonne où sont situés des dizaines de vendeurs ambulants, quelques boutiques et une station de microbus. En chemin, les jeunes déci­dent de s’arrêter au café de Mohamadein pour discuter. Ils scandent leurs slogans et leurs cris de colère attirent les passants : « A bas les lâches ! », « A bas les Frères musulmans ! », « Mano est notre ami, on ne le lâchera pas ! », « O Morsi ! Nous n’avons pas peur, on te le dit face à face, même si tu fermes la porte de la liberté », « Guide de honte et président men­teur », scandent-ils.

En même temps, un tract intitulé « La liberté pour tous les prisonniers » est distribué aux passants et sur lequel on peut lire l’histoire du jeune Mano ainsi que de quelques autres déte­nus. « Mano est un étudiant de 19 ans. Il ne sait que dessiner sur les murs pour exprimer son opinion. La police a pris d’assaut sa mai­son à l’aube pour l’arrêter. Ils ont frappé sa mère et effrayé ses voisins avec des gaz lacry­mogènes », peut-on lire sur le tract.

En effet, à l’aube du 19 avril dernier, une vaste campagne d’arrestation contre les révo­lutionnaires a été lancée, notamment contre les membres du mouvement du 6 Avril, accusés d’être des membres des Black Block. Ce groupe, inspiré des mouvements anarchistes européens et apparu suite aux affrontements de décembre dernier, reste toujours un mystère, car l’identité de ses membres demeure incon­nue. Pour Amr Al-Morsi, l’un des cadres du 6 Avril, le régime utilise l’épouvantail des Black Block pour bâillonner les voix et punir les opposants. « Le retour du phénomène des visi­teurs de l’aube montre que ce régime est pire que celui qui a chuté et qu’il faut se rebeller contre lui. Notre mouvement va continuer à résister aux politiques répressives du régime jusqu’à la réforme du ministère de l’Inté­rieur ».

Sur un projecteur placé au milieu de la rue, les jeunes diffusent une vidéo racontant l’his­toire de Mano, suivie d’un témoignage de sa mère qui raconte les détails de son arrestation. Les passants s’arrêtent pour regarder le témoi­gnage de la mère. Ils écoutent les explications des jeunes du mouvement, soulignant que le régime a arrêté 60 personnes en une seule jour­née, dont des enfants de 16 et 17 ans.

« Au moment où les révolutionnaires récla­ment la liberté, le régime répond par les déten­tions. Et lorsqu’ils parlent de dignité, le régime répond par l’humiliation », lance Omar, l’un des jeunes du mouvement. Voulant être opti­miste, il poursuit : « Je suis sûr que le peuple va nous soutenir encore plus que dans le passé. Tout le monde voit l’échec de Morsi ... Les Frères musulmans sont des menteurs, ils nous trompent sous couvert de religion, et le peuple a dévoilé la vérité ». Nadia Charaf, une mère de 4 enfants âgée de 45 ans, assiste au sit-in jusqu’à la fin, en signe de solidarité. « Je ne comprends pas grand-chose en politique, mais je suis contre l’arrestation des jeunes qui sont les véri­tables héros de cette révolution », dit-elle. De même pour Moustapha Mohamadein, proprié­taire du café qui partage la même opinion de Nadia. « Les jeunes ont commis une erreur en quittant les places de révolte, ils doivent y retourner à nouveau pour atteindre les objectifs de la révolution », regrette-t-il.

La journée prend fin. Vers 21h, les affaires sont ramassées. Les jeunes se préparent à quitter les lieux en espérant le retour de Mano et des autres détenus. Avant de partir, ils préviennent : « Préparez-vous ... Nous allons revenir ! ».

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