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Malek Adly: « Pour le régime, la répression est l’unique arme de défense »

Héba Nasreddine, Lundi, 13 mai 2013

Selon Malek Adly, avocat au Centre des droits économiques et sociaux, le régime actuel adopte une politique de répression pire que sous Moubarak. Tous les moyens sont bons pour écraser l'opposition.

Malek Adly
Malek Adly

Al-Ahram Hebdo : Le Centre des droits économiques et sociaux vient de publier un rapport sur la détention sous le régime de Mohamad Morsi. Quels sont les points qui vous ont frappé ?

Malek Adly : Tout d’abord, je veux souligner que ce n’est pas avec fierté que l’on assiste à la publication d’un rapport qui affirme que la poli­tique de la détention persiste après la révolution. De même, il nous faut admettre qu’un nombre record d’activistes est emprisonné sous le nou­veau régime. Ce nombre est choquant. Nous avons enregistré depuis le 20 janvier 2013 et jusqu’à aujourd’hui (5 mois) plus de 3 500 mises en détention. Lors des deux premières semaines, près de mille personnes ont été arrê­tées et une soixantaine d’autres tuées. C’est la plus grande campagne de répression enregistrée depuis 12 ans.

Et quelles sont les raisons et les condi­tions de détention ?

Il s’agit de garçons, de filles et de jeunes hommes dont l’âge varie entre 14 et 22 ans dans leur majorité, ce qui signifie que parmi les déte­nus on compte de nombreux mineurs. La plu­part sont des étudiants. Il y en a qui sont en dernière année de leur promotion et qui vien­nent de rater leurs examens, faute de pouvoir y assister. Ils sont arrêtés principalement pour leur participation aux manifestations anti-Morsi et contre l’intervention du guide suprême des Frères musulmans dans les affaires du pouvoir. Mais il y a également des personnes arrêtées sans aucun motif.

D’autres ont été arrêtées à leur domicile, sans l’autorisation du Parquet et sans flagrant délit. Les raisons invoquées dans les procès-verbaux sont les suivantes : menace à l’ordre public, provocation de l’opinion publique et diffama­tion contre le président. Certaines ont été accu­sées d’être en possession de cocktails Molotov ou d’avoir commis des actes de sabotage.

A ce jour, elles ont payé des amendes estimées à un total de 1 million de L.E. pour libérer des innocents.

Selon vous, existe-t-il des points com­muns entre ces méthodes et celles de l’ancien régime exercées contre l’opposition ?

— Malheureusement, oui. La méthode était identique sous Moubarak, notamment en ce qui concerne les méthodes policières. Parmi les plus célèbres, il y a « les visiteurs de l’aube », l’as­saut des domiciles d’activistes, les accusations falsifiées, les détentions dans des lieux incon­nus, la torture dans les postes de police et dans les prisons, etc. Mais la répression sous Morsi dépasse tous les cadres connus jusqu’alors. La politique de répression de Moubarak était plutôt systématisée, par rapport à celle de Morsi.

Qu’entendez-vous par « systématisée » ?

Sous Moubarak, l’arrestation et la déten­tion étaient faites avec professionnalisme de la part de l’organisme de la Sécurité d’Etat. Les accusations étaient bien définies, les crimes étaient clairs, les témoignages préparés, et par­fois un scénario était déjà tracé pour ne pas susciter l’attention de l’opinion publique. Le Conseil militaire a d’ailleurs essayé d’adopter le même système, mais il a échoué dans la majo­rité des cas.

Sous Morsi, c’est un vrai chaos. Les arresta­tions sont sporadiques, et les mobiles des crimes ne sont généralement pas fondés. Le procureur général, nommé par Morsi, continue à exercer ses fonctions malgré la non-validité de son man­dat. Il ratifie toutes les accusations dressées contre les activistes et ferme les yeux sur les actions du camp islamiste. Aucun d’entre eux n’a été poursuivi pour avoir entravé le travail des institutions publiques, lors du blocage de la Haute Cour constitutionnelle pendant un mois. De même, aucune condamnation pour le blo­cage de la Cité des médias pendant des semaines, ou pour l’attaque des manifestants devant le palais présidentiel.

Vous parlez d’une campagne arbitraire. Qui vise-t-elle ?

— Le nouveau régime cherche par tous les moyens à écraser l’opposition, mais en vain. Celle-ci se consolide, alors que le régime, du fait de ses erreurs, est fragilisé. La répression est pour le régime son unique arme de défense. Pour lui, plus le nombre de détenus se multiplie, plus les citoyens auront peur de participer aux manifestations. Malheureusement, le régime a utilisé une arme à double tranchant, car c’est le contraire qui se produit. A chaque nouvelle détention, l’effervescence renaît dans la rue égyptienne et rend l’opposition encore plus déterminée.

Comment mettre fin à cette campagne d’arrestation ?

— Le nombre de détenus ne cesse de croître. En revanche, le nombre de mouvements poli­tiques qui luttent contre cette politique tyran­nique ne cesse de se multiplier, sans compter l’activisme des ONG de défense des droits de l’homme et des droits des détenus. Notre méthode de travail est bien définie. En plus de la défense des détenus et du soutien à leurs familles, nous organisons des sit-in, des marches, des manifestations. Nous organisons également des conférences où nous invitons des membres de familles des détenus à s’exprimer sur leur souffrance ou bien pour témoigner des cas de torture en prison.

Mais cela ne change rien à la politique du régime …

— C’est vrai, nous ne le nions pas. Mais nous avons d’abord préféré utiliser toutes les méthodes légales disponibles pour lutter contre le régime, avant d’en appeler à la communauté internationale. Le droit international interdit la détention sans flagrant délit et garantit les droits fondamentaux des détenus, dont la possibilité de contacter un avocat et de lui préciser le lieu de détention. Ce qui n’est pas du tout respecté actuellement .

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