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Les armes, question délicate

Amira Samir, Mardi, 10 octobre 2017

Les armes du Hamas sont l'un des principaux obstacles à la réconciliation, mais un compromis n'est pas à exclure.

Les armes, question délicate
La branche armée du Hamas, les brigades Ezzeddine Al-Qassam, lors d'un défilé en 2014.

La question du désarmement du Hamas se pose déjà comme l’un des principaux obstacles à la réconci­liation. Le Fatah exige, en effet, le désarmement des groupes militants palestiniens, dont le Hamas qui contrôle la bande de Gaza, tandis que le Hamas refuse et appelle à un report des discussions sur cette question jusqu’à la conclusion de l’accord de réconciliation, la tenue des élections palestinienne et le règlement de la cause palestinienne. Moussa Abou-Marzouq, vice-président du bureau politique du Hamas, a déclaré cette semaine que le Hamas n’est pas prêt à discuter du désarmement dans les conditions actuelles. « Il n’est pas question de démanteler la branche armée du Hamas. Les armes de la résistance servent à protéger le peuple palestinien, et il est inaccep­table que le Hamas dépose les armes tant que les territoires palestiniens sont occupés et que le peuple palesti­nien est dispersé. Notre peuple a le droit d’avoir des armes et de résis­ter », a déclaré Abou-Marzouq dans une interview à l’agence de presse turque Al-Andalous.

Idem pour le chef du Hamas, Ismail Haniyeh, qui a déclaré que son groupe « n’abandonnerait pas la lutte armée contre Israël ». « Tant que l’occupa­tion persistera, notre peuple a le droit de posséder des armes et de résister à l’occupation », a-t-il dit.

Mais ces paroles ne satisfont ni le chef de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, ni Israël. Abbas a déclaré qu’il n’accepterait pas que le Hamas garde ses forces armées à Gaza comme le fait le Hezbollah au Liban. Il exige le « plein contrôle sur Gaza ». « Je n’accepterai pas de reproduire l’expérience du Hezbollah à Gaza », a déclaré Abbas le 3 octobre à la chaîne satellite égyp­tienne CBC. En effet, les négocia­teurs du Fatah exigent que les res­ponsabilités du gouvernement d’uni­té soient « entières » à Gaza. Israël aussi veut un désarmement du Hamas. Le premier ministre israé­lien, Benyamin Netanyahu, a mis en garde contre toute « fausse unité » qui menacerait Israël si le Hamas était autorisé à garder ses armes. « Israël n’accepterait pas un accord de réconciliation entre les factions rivales palestiniennes qui mettrait Israël en danger. Tout accord doit inclure la reconnaissance d’Israël, la dissolution de l’aile militaire du Hamas et la rupture des liens entre le Hamas et l’Iran », a déclaré Netanyahu. Israël accuse l’Iran de fournir des armes au Hamas et aux autres groupes palestiniens de résis­tance.

Depuis 2005, le Hamas se renforce

La branche militaire du Hamas, les Brigades Ezzeddine Al-Qassam, compte plus de 27 000 militants armés. Ce groupe a participé à trois guerres contre Israël depuis que le Hamas a pris le contrôle de Gaza. « Plus de 25 ans se sont écoulés depuis la Conférence de Madrid et le lancement du processus de paix en 1991. Aujourd’hui, le Hamas estime que l’absence d’une force militaire sur le terrain a aidé Israël à s’empa­rer des terres palestiniennes. Les diri­geants du mouvement considèrent que sa capacité militaire est une dis­suasion contre l’agression et l’expan­sion israéliennes. L’effort exercé par le Hamas pour renforcer ses capaci­tés militaires et affronter Israël l’a conduit à contrôler maintenant ce qu’on peut appeler une armée régu­lière », souligne le Dr Adnan Abou-Amer, directeur du département des sciences politiques de l’Université de la Ummah à Gaza. Et d’ajouter : « Le retrait israélien de la bande de Gaza en 2005 a été une occasion en or pour le Hamas pour se reconstruire mili­tairement, en augmentant ses capaci­tés militaires et en redessinant ses plans en l’absence d’une présence militaire israélienne à Gaza ».

Le Hamas investit beaucoup dans ce qu’il considère être son épine dor­sale, qui lui permettrait de repousser une éventuelle attaque israélienne et de préserver son autorité à Gaza. Selon les experts, les Brigades d’Al-Qassam ont connu, ces quelques der­nières années, des améliorations dans la formation et la spécialisation des explosifs, le lancement de fusées, les tireurs d’élite, la défense navale et aérienne et les unités de production d’armes. La gamme des armes dont dispose Hamas n’a cessé de se perfec­tionner depuis la création du groupe.

Quel compromis ?

La question qui se pose à présent est de savoir dans quelle mesure la question du désarmement va impacter la réconciliation … « Le Hamas n’ac­ceptera jamais qu’il soit désarmé. Il faut toutefois savoir que résistance ne signifie pas nécessairement lutte armée. Le Fatah et le Hamas doivent s’entendre sur les méthodes de résis­tance », explique le politologue Hassan Nafea. Et d’ajouter : « Ce qui est important pour l’Autorité palesti­nienne, c’est que les armes de la résistance n’entravent pas les négo­ciations avec Israël et la communauté internationale. Car les opérations militaires peuvent être prises comme excuse par Israël pour échapper au processus de paix. L’Autorité palesti­nienne sait bien que le désarmement de la résistance enlève au peuple palestinien toute protection face à l’occupant israélien. Avoir des armes est une chose, et leur utilisation est autre chose ». Pour Nafea, les diri­geants du Hamas doivent s’engager à ne pas utiliser leurs armes pendant les négociations entre l’Autorité palesti­nienne et Israël ou la communauté internationale. C’est le compromis dont il est question à présent.

Ismaïl Haniyeh a déclaré que son groupe n’utiliserait pas unilatérale­ment ses armes dans une guerre contre Israël. « Nous sommes prêts à négocier avec les factions palesti­niennes et le Fatah pour unifier la décision de paix et de guerre », a-t-il déclaré. « Personne ne permettra que le modèle du Hezbollah se reproduise à Gaza, car un tel scénario risque d’entraver le processus de paix », conclut Moustapha Kamel Al-Sayed, professeur de sciences politiques à l’Université du Caire.

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