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Dr Abdel-Alim Mohamad : Les Palestiniens ont le droit à une direction qui parle d’une seule voix

Sabah Sabet, Mardi, 19 septembre 2017

Dr Abdel-Alim Mohamad, chercheur et spécialiste dans les affaires palestiniennes au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram, revient sur les récentes décisions du Hamas, qui ouvrent la voie à une réconciliation interpalestinienne.

Dr Abdel-Alim Mohamad
Dr Abdel-Alim Mohamad, chercheur et spécialiste dans les affaires palestiniennes au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram.

Al-Ahram Hebdo : Pendant toute une semaine, des négociations ont eu lieu au Caire entre des responsables égyptiens et la délégation du mouvement Hamas. Comment voyez-vous les résultats de ces négociations ?

Abdel-Alim Mohamad : Si les intentions du Hamas sont vraies, je peux assurer que les décisions prises et annoncées dimanche au Caire représentent un pas vers une vraie réconciliation. Le fait de dissoudre le comité administratif créé en mars par le mouvement pour gérer les affaires de Gaza a été bien reçu par le Fatah, surtout que ce comité était considéré par Mahmoud Abbas, président de l’Autorité palestinienne et chef du Fatah, comme un gouvernement parallèle entravant toute tentative de réconciliation entre les deux parties rivales et toute perspective de gouvernement d’union nationale. Le retour du gouvernement à Gaza ainsi que l’approbation du Hamas de la tenue d’élections législatives auront une bonne influence sur le processus de réconciliation.

— Comment analysez-vous ce changement de position et la flexibilité du Hamas et pourquoi ?

— Tout d’abord, on doit savoir que le Hamas se trouve actuellement dans des circonstances complètement différentes de celles qui prévalaient lors de sa création. Il a perdu ses relations avec la Syrie et la situation avec l’Iran ne se présente pas bien du tout. Le Hamas est isolé surtout depuis le blocus imposé au Qatar, son principal soutien, par l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis et l’Egypte à cause du soutien au terrorisme.

En ce qui concerne la situation à Gaza, le Hamas fait face à de graves crises : le taux de chômage augmente et des sanctions financières sont imposées par l’Autorité palestinienne. Suite au non-paiement de l’électricité, qui avait incité Israël à réduire ses livraisons d’énergie à Gaza et entraîné l’arrêt de plusieurs services vitaux comme les hôpitaux, la situation humanitaire des deux millions d’habitants de l’enclave palestinienne s’est fortement détériorée.

N’oublions pas aussi que le Hamas a perdu une source essentielle de financement après la destruction des tunnels du côté égyptien, et l’arrêt de la contrebande de marchandises et d’armes passant à travers ces tunnels. Tous ces facteurs obligent le Hamas à faire des concessions et à répondre à toute proposition de réconciliation pour sortir de l’impasse.

— La relation entre l’Egypte et le Hamas est passée par des moments très tendus. Pourquoi ce retour fort du Hamas et quel a été le rôle de l’Egypte pour arriver à ce résultat ?

— Le Hamas sait bien que l’Egypte est l'un des protagonistes principaux dans le processus de paix et dans l’affaire palestinienne en général et rien ne pourra être réalisé sans la présence égyptienne. Ni le Qatar, ni un autre pays ne peut jouer le rôle de l’Egypte. Dans ce contexte, je peux affirmer que les services de renseignements égyptiens jouent depuis des mois un rôle de facilitateur dans la réconciliation entre Palestiniens et déploient de grands efforts pour mettre un terme à l’état de division entre le Fatah et le Hamas. Ismaïl Haniyeh, chef du bureau politique du Hamas, a même affirmé dans son communiqué que ses décisions étaient prises en réponse aux demandes de l’Egypte.

Cette dernière est une grande force régionale et peut de ce fait être d’un grand soutien aux Palestiniens dans tous les forums internationaux. Par ailleurs, l’armée égyptienne est considérée comme une force de dissuasion contre Israël. Personne ne peut donc ni se passer de l’Egypte, ni prendre son rôle. Notre relation avec la Palestine est une relation historique, génétique, géographique, politique et humanitaire. L’Egypte ne laissera pas le peuple palestinien seul devant Israël. Parallèlement, elle déploie tous ses efforts pour la cause palestinienne.

— Mais le Hamas a l’habitude de ne pas respecter les accords pris ; cette fois-ci sera-t-elle différente ? Et comment l’Egypte va-t-elle garantir le respect des engagements du Hamas ?

— Je pense que cette fois-ci, au vu de ce que j’ai déjà expliqué, les circonstances sont différentes, surtout en ce qui concerne le Hamas. Je pense aussi que la nouvelle direction du Hamas est plus flexible et envoie des signes positifs. Lors de son premier voyage en Egypte après son élection en mai dernier, Ismaïl Haniyeh a choisi d’organiser la rencontre avec les membres du bureau politique au Caire, et non au Qatar comme le faisait son prédécesseur Khaled Mechaal.

Le nouveau président du mouvement à Gaza, Yéhia Al-Sénoir, est connu pour ses bonnes relations avec l’Egypte et ses services de renseignements. Donc malgré les mauvaises expériences avec le mouvement concernant le non-respect d’accords, j’espère que cette fois-ci, les choses seront différentes. L’Egypte possède d’ailleurs des moyens de pression sur le Hamas. Elle peut par exemple fournir les besoins en électricité de Gaza, notamment après le renouvellement et la création de nouvelles stations d’électricité.

— Mais ce rapprochement du Hamas avec l’Egypte va gêner le Fatah, ce qui est susceptible d’entraver la réconciliation ...

— Le Fatah sait bien que ce rapprochement ne se fera ni à ses frais, ni aux frais de l’Autorité palestinienne. Le président Abdel-Fattah Al-Sissi est toujours en contact avec le président Abbas et assure que le rapprochement ne peut servir que la cause palestinienne. Notons que l’Egypte n’a pas reconnu le pouvoir du Hamas sur Gaza en 2007 et le considère toujours comme illégal.

— Pensez-vous donc que les deux parties puissent répondre aux appels de réconciliation ?

— Ils doivent y répondre. Les Palestiniens ont le droit d’avoir une seule direction, parlant d’une seule voix pour les représenter à l’extérieur. Les leaders palestiniens doivent apprendre la leçon des événements du 14 juillet, lorsque les Palestiniens ont réussi seuls à obliger les autorités israéliennes à se retirer d’Al-Aqsa, sans avoir recours à leurs dirigeants.

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