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A la hauteur des espérances

May Al-Maghrabi, Jeudi, 04 mai 2017

Le pape du Vatican a achevé samedi une visite de deux jours en Egypte, axée sur la promotion de la paix et du dialogue interreligieux. Une visite réussie qui confirme le rapprochement entre le Saint-Siège et Al-Azhar, et met l'accent sur le rôle régional de l'Egypte.

A la hauteur des espérances

Le pape françois, pape du Vatican, a achevé samedi 29 avril sa première visite en Egypte au cours de laquelle il a soutenu l’Egypte, consolidé le dialogue avec l’islam et réconforté les coptes après les attentats terroristes, dont ils ont été victimes. Le voyage du pape François est le deuxième d’un pape en Egypte, après celui de Jean-Paul II en 2000, qui avait également rencontré le grand imam d’Al-Azhar. Elle est intervenue trois semaines après deux attaques contre des églises coptes orthodoxes, le 9 avril, qui ont fait 45 morts. « La vraie foi est celle qui conduit à vivre la culture du dialogue, du respect et de la fraternité », a déclaré le pape François, venu en Egypte avec un message de paix et de tolérance qu’il a adressé au monde entier. Pendant son séjour en Egypte, il a circulé dans une voiture ordinaire et non un véhicule blindé. Un geste destiné à rassurer la communauté internationale sur la situation en Egypte. Au cours de sa visite en Egypte, le pape François avait abordé plusieurs sujets à résonance particulière au Moyen-Orient, comme la prolifération des armes et les populismes démagogiques qui « n’aident pas à consolider la paix et la stabilité ».

C’est en grande pompe et sous un dispositif sécuritaire renforcé que le pape a été reçu en Egypte. Le long du parcours qu’a emprunté le pape François au Caire, des affiches géantes montraient le pontife sur fond de pyramides, lui souhaitant la « bienvenue », en anglais et en italien.

Reçu par le président

Peu après son arrivée, le pape a été reçu, vendredi, au palais présidentiel d’Ittihadiya, par le président Abdel-Fattah Al-Sissi. Une rencontre au cours de laquelle le président Sissi a exprimé son appréciation au pape et à ses positions vis-à-vis des questions internationales. Le président a aussi salué l’engagement du pape à effectuer « cette importante visite qui transmet plusieurs messages au monde ». Largement soutenu par les chrétiens d’Egypte, le président Sissi a été le premier président égyptien à se rendre à la messe de Noël à la Cathédrale copte du Caire en 2015. Une nouvelle législation sur les églises a été par ailleurs promulguée en 2016 pour faciliter les procédures de construction d’églises, parfois construites sans autorisation. Ce désir de renouveau et d’ouverture prôné par le président Sissi a été salué par le pape François. « Je vous remercie, Monsieur le Président, pour l’aimable invitation que vous m’avez adressée à visiter votre cher pays. Je garde vivant le souvenir de votre visite à Rome, en novembre 2014 », a déclaré le pape. Il a ajouté : « L’Egypte est une terre que, dans un certain sens, nous percevons tous comme la nôtre. Et comme vous dites : Masr Oum Al-Dounia », a martelé le pape en langue arabe, soulignant l’importance du rôle « irremplaçable » de l’Egypte au Moyen-Orient à la recherche de solutions à des problèmes aigus et complexes. « Je me réfère à cette violence aveugle et inhumaine causée par divers facteurs : par le désir borné de pouvoir, du commerce des armes, par de graves problèmes sociaux et par l’extrémisme religieux qui utilise le Saint Nom de Dieu pour perpétrer des massacres et des injustices inouïs », a déclaré le pape. Selon le politologue Tareq Fahmi, cette rencontre entre le pape et le président a mis l’accent sur le rôle régional de l’Egypte, et surtout sur l’importance du combat qu’elle mène contre le terrorisme. « Les paroles du pape constituent un soutien sans faille à l’Egypte et un appel à la communauté internationale à la soutenir dans cette guerre », pense Fahmi. A noter que les relations entre l’Egypte et le Vatican établies depuis 70 ans ont été toujours positives.

Dans le cadre de son programme de visite, le pape François a été accueilli, vendredi après-midi, par le grand imam d’Al-Azhar, cheikh Ahmad Al-Tayeb. L’accolade entre le pape François et le cheikh Al-Tayeb a incarné le message de tolérance et de coexistence pour lequel plaident les deux dignitaires religieux. « C’est un grand don d’être ici et de commencer en ce lieu ma visite en Egypte. Je remercie mon frère, le grand imam. Ensemble, nous affirmons l’incompatibilité entre foi et croyance, entre croire et haïr », a déclaré le pape François dans l’un des lieux les plus symboliques de l’islam sunnite, l’institution d’Al-Azhar, en présence de son hôte, cheikh Al-Tayeb, lors de la « Conférence internationale pour la paix » organisée par cette institution phare (voir page 5). Cette rencontre a confirmé la solidité des relations entre Al-Azhar et le Vatican, qui s’étaient crispées après des propos controversés en 2006 du pape Benoît XVI semblant associer islam et violence. Al-Azhar avait gelé ses relations avec le Vatican depuis 2011. La visite d’Ahmad Al-Tayeb en mai 2016 au Vatican avait constitué le point culminant d’un rapprochement rapide entre le Saint-Siège et Al-Azhar.

Deux Eglises en prière

Fervent défenseur de l’oecuménisme, le pape François a eu, vendredi soir, une rencontre privée avec le pape copte orthodoxe d’Egypte, Tawadros II, qui a été reçu au Vatican en 2013. Un nouveau pas franchi vers le rapprochement entre les deux Eglises en profondes dissensions depuis le Ve siècle. La rencontre s’est soldée par la signature d’une déclaration commune entre les deux papes portant sur plus d’ouverture entre les deux Eglises. Les papes Tawadros et François se sont joints aussi pour une prière commune à l’église copte Saint-Pierre et Saint-Paul, frappée en décembre par un attentat djihadiste (29 morts). Ils ont appelé à « l’unité », en rappelant que la violence des extrémistes cible sans distinction les chrétiens, catholiques ou orthodoxes.

Samedi, au second et dernier jour de sa visite en Egypte, le pape a participé à une messe au stade militaire de la Défense aérienne au Caire. Ce rassemblement religieux visait à réunir devant le pape tous les rites catholiques du pays, notamment les Eglises copte, arménienne, maronite et melkite, avec une liturgie en arabe et en latin. Des dignitaires religieux musulmans y étaient également présents. Devant 15 000 personnes, le pape a estimé que « l’unique extrémisme admis pour les croyants est celui de la charité ». Suite à un déjeuner avec des évêques égyptiens, le pape François a rencontré de futurs prêtres dans un séminaire copte catholique, avant de quitter l’Egypte au terme de sa visite de 27 heures en Egypte.

Des retombées importantes

Côté officiel, et tout de suite après le départ du pape, la présidence de la République a publié un communiqué réitérant sa « parfaite considération et ses remerciements au pape François », et soulignant la volonté de l’Egypte de « poursuivre l’action bilatérale avec le Saint-Siège, afin de restaurer la tolérance et la paix dans le monde », tout en promettant de contrer les idéologies extrémistes.

L’évêque Akram Lameï estime que cette visite a repositionné l’Egypte sur l’échelle politique mondiale. « Cette visite a permis de changer les préjugés de certaines puissances occidentales, que ce soit sur la sécurité en Egypte ou sur la situation des chrétiens. Elle a surtout mis en relief le potentiel de l’Egypte d’assimiler les différentes religions et cultures, éléments-clés au combat contre le radicalisme », trouve-t-il. Pour sa part, l'activiste copte Naguib Guébraïl trouve que le vrai travail devra commencer après le départ du pape. « Il faut créer des comités pour étudier les moyens d’investir la visite réussie du pape à tous les niveaux », recommande Guébraïl. Déjà, la commission du tourisme au parlement a décidé de se réunir mardi 2 avril pour étudier les moyens d’investir cette visite pour la promotion touristique.

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