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Le cheikh Mazhar Chahine: « La liberté est assassinée par le régime en place »

Chérine Abdel-Azim, Lundi, 15 avril 2013

Le cheikh Mazhar Chahine, l’une des icônes de la révolution et imam de la mosquée de Omar Makram, sur la place Tahrir, se dit vic­time d’une décision politique. Il affirme avoir été suspendu de ses fonctions en raison de son opposition aux Frères musulmans.

Mazhar Chahine
Mazhar Chahine

## Al-Ahram Hebdo : Vous avezété accusé de vous éloigner du but de votre travail qui est la daawa (la prédication) et d’uti­liser votre mosquée pour par­ler de politique …

Mazhar Chahine : J’ai reçu une décision signée du ministre des Waqfs qui me suspendait de mes fonctions suite à une plainte ano­nyme m’accusant de parler de politique et de critiquer le régime. Cette accusation est fausse. Je me demande comment le destin d’un imam peut dépendre d’une plainte anonyme.

Pour moi, cette décision n’est qu’un moyen d’étouffer nos voix et de nous empêcher de parler. Ceci est contraire à l’un des prin­cipes de la révolution : la liberté et la dignité humaine. Pour cette raison, je refuse de me soumettre à cette décision. Si je m’y sou­mettais, je trahirais les principes de la révolution et tout ce que je disais aux jeunes lors de ces jours de révolte. Ce n’était pas que des slogans en l’air.

— Vous estimez donc que cette décision est politique ?

— Bien sûr ! Je suis actuelle­ment l’un des opposants à la politique des Frères musulmans. Ce qui ne leur plaît pas. Ils essaient de me faire peur pour que j’arrête de défendre l’institu­tion d’Al-Azhar. La preuve en est que le 29 mars, date où j’ai fondé avec plusieurs personnali­tés le Front national pour la pro­tection d’Al-Azhar, est le même jour où cette plainte anonyme a été déposée au ministère des Waqfs. C’est clair : il faut que j’arrête de défendre Al-Azhar pour que l’on me laisse en paix.

— Pourquoi d’après vous les Frères musulmans veulent-ils s’emparer d’Al-Azhar et de ses institutions ?

— Al-Azhar est le noyau du projet des Frères musulmans pour un califat islamique. Contrôler Al-Azhar signifierait pour les Frères davantage d’in­fluence dans tous les pays arabes. Quant aux mosquées — plus de 100 000 en Egypte — les Frères musulmans savent très bien qu’elles sont l’un des moyens de communication, dans lesquelles les citoyens ont le plus confiance. Imaginez la prière du vendredi dominée par les Frères musul­mans et des imams suivant les directives de la confrérie ! Comment s’attirer plus de sym­pathisants autrement que par ce moyen ?

— Cela veut-il dire qu’Al-Azhar est, malgré lui, obligé de se positionner politiquement ?

— Bien sûr. C’est pour cela que j’ai fondé le Front national pour la protection d’Al-Ahzar. J’invite tous les Egyptiens à nous rejoindre sur notre page Facebook. Le front a pour mis­sion de protéger la pensée modé­rée d’Al-Azhar, connue dans le monde entier et de protéger ses imams contre ce genre de plainte et de chantage auquel je suis moi-même exposé.

Il s’agit de protéger Al-Azhar contre tout courant de pensée extrémiste et qui chercherait à changer l’orientation de cette institution religieuse pour une autre, inconnue. Supprimer la centralisation d’Al-Azhar c’est menacer la sécurité nationale de la société.

On va travailler pour qu’Al-Azhar reste une référence pour le citoyen égyptien. Si les Frères musulmans réussissent à nous remplacer, nous les imams, par leurs partisans, et qu’il y a un problème entre musulmans et chrétiens, le citoyen aura du mal à croire aux bonnes intentions d’une délégation de réconcilia­tion si celle-ci a un passé poli­tique.

— Pensez-vous que le régime cherche à isoler les révolution­naires ?

— Tout à fait. S’il s’agissait de procédures administratives, le ministère aurait appliqué ces mêmes règles pour d’autres per­sonnalités, comme les cheikhs Salah Sultan, Mohamad Al-Saghir ou Ahmad Al-Mahalawi qui ne cessent de soutenir le régime en place. Un autre cas très frappant est celui de la mosquée de Fatma Al-Charbatli, dont le cheikh ne cesse de glorifier le président. Pourquoi laisser ceux-là à leur place et me poursuivre, moi ? Parce que je suis contre le régime !

— Mais vous comptiez parmi les partisans de Moahmad Morsi lors du second tour de la présidentielle …

Oui, et je ne l’ai jamais déclaré à la mosquée. J’avais demandé de soutenir la révolution, mais sans préciser le nom de tel ou tel candidat. Aujourd’hui les choses ont changé.

— Comment évaluez-vous la situation politique ?

— L’Egypte vit l’un des pires moments de son histoire. Parler de démocratie, ce n’est pas lan­cer des slogans. La liberté pour laquelle la révolution a été déclenchée est en train d’être assassinée par le régime en place. Mais, j’ai confiance en Dieu et dans le peuple égyptien, musulmans et chrétiens, qui, jamais de sa vie, ne renoncera pas à ses droits.

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