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Boulimie militariste

Nourane Chérif, Mardi, 06 décembre 2016

Avec les tensions croissantes et les conflits régionaux, les importations d’armement par les pays du Moyen-Orient ne cessent d'évoluer.

Boulimie militariste
En 2015, l'Arabie saoudite était le premier importateur d'armes au Moyen-Orient. (Photo : Reuters)

Dans son rapport annuel « Military Balance 2015 », publié en février 2016, l’Institut international d’études stratégiques de Londres (IISS) indique que le Moyen-Orient occupe la première place au niveau mondial en matière de dépenses sur l’armement. Durant les dernières années, les importations d’armes par les pays du Moyen-Orient ont connu une énorme augmentation, qui, selon le rapport annuel de Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI), paru en février 2016, a atteint 61 % entre octobre 2006 et 2015. Ce qui suscite plusieurs questions autour des facteurs qui ont mené à ce boom. Et selon le rapport « Military Balance », les importations d’armes de certains pays-clés de la région ont fortement augmenté durant les cinq dernières années, les importations de l’Arabie saoudite ont augmenté de 275 %, le Qatar de 279 %, les Emirats arabes unis de 35 %, et l’Egypte de 37 %.

Dans le même sens, selon le rapport, le Moyen-Orient en 2015 était la première région au monde en matière de dépenses militaires par rapport aux revenus nationaux. Le rapport indique que le pourcentage des dépenses militaires a augmenté de 6,21 % en 2014. Et en 2015, ces dépenses ont représenté 6,78 % des revenus nationaux des pays de la région. Et pour comparer, les dépenses militaires des pays de l’Amérique du Nord ne représentaient que 3,13 % de leurs revenus nationaux.

Le même rapport indique que les pays du Moyen-Orient, qui ont fait les dépenses militaires les plus importantes en 2015, sont l’Arabie saoudite (ses dépenses militaires représentaient 41,8 % de ses revenus), l’Iraq (10,8 %), Israël (9,5 %), les Emirats (7,4 %), l’Iran (7 %). Quant à l’Egypte, elle a occupé la 8e classe avec un pourcentage de 3,5 %. Et d’une manière générale, les dépenses des pays du Conseil de coopération du Golfe ont représenté 60,1 % des dépenses militaires totales du Moyen-Orient en 2015.Et l’année dernière, l’IISS a indiqué que les dépenses militaires du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord ont représenté environ 13,1 % des dépenses militaires mondiales. Ce pourcentage reflète une augmentation si on le compare à ceux des années 2013 et 2014, qui étaient de 11,7 % et 13 % respectivement.

La moitié des armes provient surtout des Etats-Unis suivis de la Grande-Bretagne puis la Russie, la France et l’Allemagne. Et récemment, la Chine a commencé à vendre ses armes au Moyen-Orient, qui représentent une technologie avancée à bas prix, et qui peuvent concurrencer les armes américaines. En 2015, la France a signé des contrats d’armement avec l’Egypte et l’Arabie saoudite, dont la valeur a dépassé les 14 milliards de dollars.

Instabilité régionale

Cette course à l’armement au Moyen-Orient s’explique par plusieurs raisons. Pour Marwa Salem, spécialiste des affaires stratégiques au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques d’Al-Ahram (CEPS), « cette boulimie militariste s’explique par le climat régional d’instabilité et la crainte d’un changement géopolitique au Moyen-Orient ». Durant les dernières années, le Moyen-Orient a connu plusieurs menaces sécuritaires et militaires, avec l’instabilité politique en Libye et en Iraq, la propagation des actes terroristes, la montée de l’Etat islamique, la complication de la situation en Syrie après l’intervention de plusieurs acteurs régionaux et internationaux et la guerre au Yémen entre la coalition arabe et les rebelles houthis. « Cette instabilité politique encourage des pays comme les Emirats et l’Arabie saoudite à augmenter leurs stocks d’armement », affirme Dalal Mahmoud, professeur de sciences politiques à l’Université du Caire.

En plus, le changement de la nature des guerres dans la région est l’une des raisons les plus importantes des achats excessifs d’armes. « Les pays de la région font face à des guerres asymétriques, qui se font contre des acteurs non étatiques, et qui nécessitent des armes d’une nature différente de celles qui existent déjà », précise Mahmoud. Cette réalité était claire surtout à travers l’achat des Emirats d’un système de missiles antibalistiques américain avancé THAAD, la demande de l’Egypte pour acheter le système antiaérien russe S-300 de défense antimissile, et l’achat du système de missiles sol-air Patriot PAC-3 par l’Arabie saoudite. Il s’agit aussi d’une question de concurrence. « L’Arabie saoudite souhaite être une puissance militaire alternative à l’Iran dans la région. Et surtout que suite à la levée des sanctions contre Téhéran en janvier 2015, Vladimir Poutine a signé un décret levant l’interdiction de livrer les systèmes antiaériens russes S-300 à l’Iran », ajoute Mahmoud.Une course destinée à se poursuivre et avec elle la région toute entière se transforme en zone de concurrence entre les grands groupes d’armements.

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