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Une économie en berne

Hana Afifi, Lundi, 04 avril 2016

L’économie libyenne, dévastée par cinq ans de conflit, est en panne.

Les acteurs-clés de la scène libyenne
Les acteurs-clés de la scène libyenne

410 000. C’est le nombre de barils de pétrole produits par jour par la Libye en 2015. En 2011, la production était de 1,4 million de barils. L’économie libyenne repose sur le pétrole, secteur principal qui représente 90 % des revenus. « L’économie libyenne est bri­sée », déclare Ziad Aql, spécialiste des affaires libyennes au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram. La détériora­tion de l’économie est due surtout au déchire­ment politique et sécuritaire. « Il n’y a quasi­ment pas d’activité économique en Libye, sauf dans le secteur pétrolier », lance Aql. Selon un rapport de la Banque mondiale, la production de pétrole pendant les 7 premiers mois de 2015 a été d’environ 410 000 barils par jour, alors que le potentiel est de 1,6 million. Après la chute de 60 % du prix du pétrole sur le marché mondial, le déficit du budget libyen a atteint environ 12 % du PNB, selon des estimations de 2015. Cela fait 5 années que le régime puise dans les réserves, estimées à environ 75 mil­liards de dollars, alors que fin 2013, ils étaient de 109,5 milliards de dollars.

La Libye, avec un parlement reconnu par la communauté interna­tionale à l’est, à Tobrouk, et le Congrès général à l’ouest, à Tripoli, est déchirée par deux reven­dications du pouvoir politique. Les ressources sont également divisées entre les régions. De plus, l’activité du secteur pétrolier est divisée en zones qui sont toutes fondamentales pour le processus de production et d’exportation. A l’est se trouvent les champs de pétrole à Benghazi et à Derna, au centre, il y a les raffi­neries, et à l’ouest, les ports. Les problèmes sécuritaires entravent la production. Daech a ainsi, à plusieurs reprises, attaqué les ports de l’est. En janvier, au moins cinq réservoirs de pétrole ont été brûlés. « Le seul point positif est que la Banque centrale libyenne était neutre », affirme le chef du département économique au Centre régional des études stratégiques basé au Caire, Ibrahim Al-Ghitani. La banque donnait de l’argent aux deux gouvernements sans pré­férence. La Banque centrale a décidé, dimanche, de geler les fonds attribués à toute institution autre que le gouvernent d’unité à Tripoli, sauf les salaires et les bonus, et ce, pour mettre fin à la dualité du pouvoir.

« Le principal défi pour les Libyens maintenant est de parvenir à une production de 1,2 million de barils de pétrole par jour au minimum », lance Aql.

Les activités des autres secteurs, en dehors du pétrole, sont très limitées. Selon Aql pendant 40 ans, le régime libyen a négligé les autres secteurs de l’activité économique. Les secteurs du logement et des biens fonciers seront les seconds secteurs à recouvrir après le pétrole, selon Aql. Les salaires et les services sont divisés actuellement entre les deux pouvoirs à l’est et à l’ouest, explique Aql, qui parle de la nécessité d’une réforme du système des taxes et de subvention. « Nous sommes devant les vestiges d’un système politique qui ne connaissait pas le concept de représentation à travers la taxation, c’est-à-dire une relation de responsabilité entre le citoyen et le gouvernement. Ceci en échange de l’absence de participation politique en Libye », dit Aql, ajoutant qu’il faut dépenser de l’argent pour développer les secteurs industriel et agricole. Selon Al-Ghitani, il existe en Libye des industries comme le plastique et l’agriculture qui sont très limitées (blé, fruits et légumes). Il y a aussi des services comme les télécommunications. Or, la réhabilitation du secteur des services dépendra de la fin du conflit armé. « Une fois le pays stabilisé, il faudra redistribuer les ressources et développer les régions marginalisées », dit Al-Ghitani. Il faut aussi établir une infrastructure comme les écoles et les hôpitaux, ajoute-t-il.

La communauté internationale aurait un rôle à jouer face à ce chaos économico-sécuritaire. « Il faut que la communauté internationale prenne des décisions vu le blocage de la transition démocratique en Libye, comme l’arrêt de l’achat du pétrole excepté d’une seule autorité affiliée au gouvernement d’unité », croit Aql, ajoutant qu’il faut arrêter de compter uniquement sur l’Onu, et former un comité de représentants diplomatiques et militaires libyens et des pays voisins pour appuyer la transition démocratique. « Le Fonds monétaire international peut contribuer de façon directe à travers un programme de réforme économique à l’allocation de prêts, et au soutien international en matière d’infrastructure et de sécurité en plus des investissements », estime Ghitani, ajoutant que cela ne peut pas se réaliser sans stabilité et sans un gouvernement fort.

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