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Nadim Zuaui : La visite de Sissi sera axée sur les investissements autour du Canal de Suez

Samar Al-Gamal, Vendredi, 28 août 2015

Nadim Zuaui, président du bureau régional de l’agence de presse russe Rossiya Segodnya, affirme que la visite à Moscou du président Abdel-Fattah Al-Sissi permettra de concrétiser un certain nombre d'accords bilatéraux.

Nadim Zuaui
Nadim Zuaui

Al-Ahram Hebdo : Quel est, selon vous, l’intérêt de la prochaine visite du président égyptien en Russie ?

Nadim Zuaui : Les visites précédentes entre les deux pays étaient une sorte d’introduction ou de préparation. Celle-ci doit concrétiser ce qui a été discuté auparavant avec la conclusion de plusieurs accords. Le président Sissi aura des entretiens avec le président Poutine et avec des responsables russes. Il rencontrera de même des hommes d’affaires et des chefs de grandes entreprises. Le terrorisme sera au centre des entretiens. Moscou a déjà fourni une assistance dans ce domaine à l’Iraq et n’hésitera pas à fournir une aide logistique, sous forme d’images satellites ou d’armement au Caire, s’il le demande.

— De quels accords est-il question ?

— La visite de Sissi sera axée sur le commerce et les investissements autour du Canal de Suez et les endroits où seront fondées des zones industrielles et de libre-échange. Une délégation officielle russe a déjà visité le site avant l’inauguration. Un partenariat entre l’Egypte et l’union économique Eurasian est possible. Il y a un intérêt sans précédent envers l’Egypte de la part des hommes d’affaires russes, surtout dans les domaines traditionnels de coopération comme le tourisme ou l’exportation du blé. Des entreprises de construction comme Morton Group entendent ainsi participer à la construction de la nouvelle capitale.

— La presse égyptienne parle d’une coopération avec la Russie dans le projet nucléaire que l’Egypte entend construire à Dabaa. Est-ce vrai ?

— Il y a également des mesures sérieuses dans ce sens. Sergey Kiriyenko, le chef de Rosatom, la compagnie gouvernementale de l’énergie atomique, a récemment visité Le Caire et a rencontré le président Sissi. Il y a eu un accord entre les deux parties selon lequel Moscou s’engage à former des cadres égyptiens dans le domaine nucléaire. Mais on ne sait pas encore si Le Caire opte pour un contrat direct avec la Russie ou fait un appel d’offres international. La décision reviendra à l’Egypte. Ce qui est sûr, c’est que le niveau de confiance entre les deux chefs d’Etat est assez élevé.

— Cette confiance a-t-elle un impact sur la perception que les deux pays ont des dossiers régionaux ?

— La Russie a intérêt à voir revenir le rôle de l’Egypte pour résoudre les questions du Moyen-Orient. Je ne dis pas que l’Egypte était absente, mais elle n’est pas intervenue d’une manière qui convient à son rôle. Son retour contribuera à traiter plusieurs dossiers, notamment le dossier syrien, sur lequel Le Caire et Moscou partagent la même position. Les deux pays veulent préserver l’Etat syrien et son intégrité territoriale.

— Y a-t-il aujourd’hui une médiation égyptienne pour rapprocher la Russie et l’Arabie soudite autour de la Syrie ?

— Il y a une grande ouverture sur l’Arabie saoudite et je crois que les deux pays ont ouvert une nouvelle page. Moscou dispose de plusieurs cartes et Riyad veut préserver ses intérêts. La Russie a ainsi joué un rôle important dans le règlement de la crise iranienne et continue à être un facteur-clé dans le conflit israélo-palestinien. Certes, la Russie et l’Arabie saoudite sont en opposition sur le dossier yéménite, notamment sur l’intervention militaire menée sans l’accord de l’Onu, mais Moscou a entamé des négociations avec le président yéménite, Abd-Rabbo Mansour, qui réside en Arabie en ce moment. La Russie et le Royaume saoudien sont les deux plus importants exportateurs de pétrole et donc les domaines de coopération sont assez vastes. Des investisseurs des pays du Golfe : Arabie saoudite, Qatar, Koweït et Emirats arabes unis investissent désormais en Russie et c’est tout à fait nouveau. Il y a un rapprochement notable entre ces pays et la Russie qui n’existait pas il y a 5 ans. Moscou et Abu-Dhabi ont créé un fond d’investissement commun qui planifie des projets en Egypte.

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