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Daech, le monstre qui se nourrit des contradictions

Najet Belhatem, Mardi, 10 février 2015

Les éditos ne cessent de creuser sur l’organisation Daech, et à l’occasion de chaque exaction terroriste, les nouveaux dangers se précisent. Certains préconisent de suspendre la religion, d’autres de prévenir une défaite arabe plus terrible que celle de 1967. Qui par la guerre et qui par la politique.

Coupure de presse
Madame je vous le dis c’est le dernier modèle sur le maché avec une bande noire intégrée. (Caricature de Ahmad Khalaf dans Akhbarek.net)

« Il est clair que ni la laïcité à la façon rigoureuse française ou à la façon plus soft américaine, ni la réforme de l’enseignement religieux, ni le dialogue islamo-chrétien ne sont désormais d’actualité. Toute réforme est inutile vu que la terminologie de guerre court sur toutes les langues. Et que l’apostasie est une pierre que tout le monde se jette », écrit Mohamad Moqled, pour le site d’informations libanais Al-Modon. L’auteur préconise donc de suspendre la religionjusqu’à ce que la relation entre la religion (chrétienne et musulmane) « soit rééquilibrée sur la base de lois » comme l’église a suspendu les tribunaux de l’inquisition: « Suspendre toutes les fatwas pour suspendre les verdicts de mort et d’égorgement et de génocide ». Et d’ajouter: « Tout a été dit sur la violence dans l’islam. Ce qui a été écrit sur le sujet n’a commencé ni avec Daech, ni avec le 11 septembre, ni avec le putsch de Khomeiny contre le Shah, ni avec les tueries de l’Egypte à l’Afghanistan en passant par l’Algérie, Boko Haram, Charlie Hebdo et l’immolation de l’aviateur jordanien Moaz Al-Kassasba ».

L’auteur perce un trou dans son tableau noir en écrivant: « Peut-être que cette déchéance est l’indice d’une nouvelle naissance issue de la matrice de la crise. Mais cette naissance a besoin d’une initiative de quelqu’un, d’un président, d’un théologien, d’un dirigeant politique ou de tous pour trouver une issue ».

Le début de la fin ou la fin tout court ?

Cette idée de période transitoire et de nouvelle naissance est reprise dans un autre édito signé Anouar Al-Hawari, publié dans le quotidien Al-Masry Al-Youm avec cependant une autre optique, à savoir celle de la gouvernance. « L’idée de gouvernance, dans le sens de qui gouverne et comment dans le monde arabe, qui a vécu de longues décades ou sous le régime des familles ou celui des généraux, se trouve désormais dans une zone grise et floue qui perdurera encore plusieurs décades ». Pour l’auteur, nous serions devant une vieille époque agonisante, mais qui ne mourra pas de sitôt, « car il y a des réseaux d’intérêts forts qui ont encore la capacité de défendre leurs positions et une nouvelle époque au stade de foetus encore dans l’inconnu. Et la gestation s’annonce difficile. Il ne naîtra pas de sitôt. Il a encore un long chemin devant lui pour acquérir une vision et engendrer une direction ».

Dans l’ordre du vieux dont parle Al-Hawari, rédacteur en chef du site d’informations en ligne Satter, Noureddine se lamente: « Le problème ce n’est pas Al-Boghdadi ni son organisation sauvage. Le problème ce sont ces millions qui en toute conscience se sont rués pour regarder son dernier film documentaire (ndlr: l’immolation de l’aviateur jordanien) et ces milliards qui ont fouillé la presse et les livres à la recherche de preuves qui confortent l’idée que ce crime fait partie de la religion ou qui annihilent toute relation avec l’islam. C’est comme si les millions, notamment musulmans, découvraient leur religion à l’instant, et c’est comme si les autres venaient d’avoir connaissance de l’islam, ce qui a été pour Daech et son calife un grand succès ».

Ce qui fait dire à Al-Hawary dans Al-Masry Al-Youm que « l’arrivée de ces organisations terroristes au pouvoir dans n’importe quel pays arabe est la plus terrible des défaites, pire que celle de 1967. C’est l’ultime danger non seulement pour les régimes— de familles ou de généraux, mais également pour notre existence ».

L’Iran, nouvel allié de Washington ?

Un danger qui, apparemment, a poussé plusieurs pays arabes à demander l’aide des Etats-Unis, selon un article paru dans le quotidien Al-Qods Al-Arabi paraissant à Londres. « Le sénateur Lindsay Graham, membre du Sénat américain, a affirmé que la Jordanie, l’Arabie saoudite et d’autres pays arabes sont prêts à envoyer des troupes terrestres en Iraq et en Syrie pour détruire l’organisation Daech, mais ils attendent que les troupes américaines se joignent à eux pour renforcer les leurs... ».

Pour Iyad Abou-Chaqra, journaliste et historien, les pays arabes tablent sur un allié qui a les yeux rivés ailleurs. « La priorité de l’Administration Obama pour les deux prochaines années de son mandat est désormais claire, et comprend une unique constante, à savoir normaliser les relations avec l’Iran en vue d’en faire un allié », écrit-il dans le journal saoudien Al-Charq Al-Awsat. Selon lui, le lobby israélien est dépité par cette stratégie. Pour la première fois depuis 1948, il est concurrencé à Washington par un autre lobby. « Nous sommes ainsi devant un paradoxe douloureux, pendant que Daech et ses crimes font monter la tension pour exaucer les désirs américains de lutter contre ce terrorisme, l’absence de l’option politique sert les intérêts des terroristes et affaiblit les modérés » .

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