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Le spectre du terrorisme menace

Chérine Abdel-Azim, Mardi, 31 décembre 2013

Après l'attaque, le 24 décembre, contre le quartier général de la police à Mansoura, les regards se portent sur Ansar Beit Al-Maqdes, un groupe intégriste basé dans le Sinaï, et qui opère désormais dans le Delta.

le spectre
L'explosion a été provoquée par la détonation de 500 kgs d'explosifs. (photo : AP)

La scène est effroyable. Un bâtiment transformé en ruines, des voitures calcinées et des corps ensanglantés gisant sur le sol. L’attaque, dans la nuit du 23 au 24 décembre, contre le quartier géné­ral de la police à Mansoura dans le gouvernorat de Daqahliya (Delta), continue à alimenter les interroga­tions. Car jamais l’Egypte n’avait connu de tels attentats. L’explosion a fait 16 morts, dont 8 policiers, et 135 blessés. Une voiture piégée, chargée de 500 kilos d’explosifs et stationnée devant le bâtiment, est à l’origine de l’explosion, res­sentie dans un rayon de 20 km. Quelques heures après l’attentat, le ministère de l’Intérieur annonce l’arrestation de 8 suspects. Ils étaient en possession d’armes, de matériel informatique et de télé­commandes, de même qu’une liste de journalistes à liquider et le logo du groupe intégriste Ansar Beit Al-Maqdes. C’est sur ce dernier que tous les regards se portent désormais. « Ansar Beit Al-Maqdes est un groupe inté­griste armé qui opère dans le Sinaï depuis quelques années. Son objectif initial était de lutter contre Israël et de libérer les lieux saints musulmans. Après la révo­lution du 30 juin, il s’est retourné contre l’armée et la police égyp­tiennes au même titre que d’autres groupes intégristes présents dans le Sinaï », explique une source de sécurité, sous le couvert de l’ano­nymat.

Après la révolution du 25 jan­vier, plusieurs groupes intégristes avaient investi le Sinaï profitant du vide sécuritaire dans la pénin­sule. Ansar Beit Al-Maqdes en fait partie. Le groupe dispose d’armes et de financement en provenance de Gaza. Et ses membres opèrent secrètement sur un terrain qu’ils connaissent parfaitement. Début 2011, le groupe lance des attaques contre Israël à partir du Sinaï, mais après le 30 juin, il exécute surtout des opérations contre l’ar­mée et la police. Les responsables au ministère de l’Intérieur sont convaincus que des rapports exis­tent entre ce groupe intégriste et la confrérie des Frères musulmans. « Mohamad Morsi avait déclaré avant la révolution du 30 juin que le sang coulerait dans les rues. Et d’autres cadres de la confrérie, tels que Mohamad Al-Beltagui, avaient déclaré durant le sit-in des pro-Morsi de Rabea Al-Adawiya que des actes de vio­lence auraient lieu dans le pays. Un cheikh de la confrérie avait dit à la chaîne Al-Jazeera qu’il y aurait des explosions et des attaques à la voiture piégée si Morsi ne revenait pas au pou­voir », explique le général Hani Abdel-Latif, du ministère de l’In­térieur. Même son de cloche chez le général Sameh Seif Al-Yazal, directeur du Centre des études politiques et sécuritaires d’Al-Gomhouriya, pour qui les attaques terroristes ne servent que les inté­rêts des Frères : « Il est clair que l’objectif est de compromettre la feuille de route et de causer le maximum de dégâts afin de briser le moral des services de sécuri­té ».

Forte pression

Les groupes terroristes qui opè­rent actuellement en Egypte ont tiré profit de la libération par le régime de Mohamad Morsi de plusieurs centaines d’intégristes accusés dans des procès de terro­risme, du retour de plusieurs cadres terroristes qui avaient fui l’Egypte vers d’autres pays et de l’infiltration en Egypte de plu­sieurs terroristes de Gaza et de Libye. « Tout ce beau monde s’est installé au nord du Sinaï », ajoute Abdel-Latif. A présent, ces groupes sont soumis à une forte pression dans le Sinaï par l’armée. Mais l’attentat de Mansoura signale à présent une extension des activités à l’extérieur de la péninsule.

Depuis la destitution de Mohamad Morsi, l’armée mène une lutte acharnée contre le terro­risme dans le Sinaï. « Il existe plusieurs groupuscules terroristes et chacun a sa manière d’opérer. Ansar Beit Al- Maqdes est formé essentiellement de Palestiniens de Gaza et qui a ses partisans en Egypte. Ce mouvement utilise les voitures piégées. Puis, on trouve un groupe comme Kataeib Al-Fourqane qui utilise les RPG et qui fabrique des bombes artisa­nales comme celles qui ont explo­sé cette semaine à Madinet Nasr », explique le général Hani Abdel-Latif. La police a réussi jeudi dernier à désamorcer une bombe artisanale placée dans un autobus de transport public 20 minutes avant son explosion à Héliopolis. Le même jour, une autre bombe plantée dans le jardin de la rue Moustapha Al-Nahass, devant le campus de la faculté d’Al-Azhar à Madinet Nasr, a explosé faisant un mort et 4 blessés. Personne n’a revendiqué ces deux actes.

L’enquête est actuellement en cours pour tenter d’identifier le kamikaze qui a mené l’attaque de Mansoura à partir des restes humains retrouvés sur les lieux de l’attaque. « Nous savons qu’il y aura d’autres attentats car la date du référendum approche. Nous demandons aux citoyens d’infor­mer immédiatement les respon­sables s’ils trouvent un objet sus­pect dans la rue. Nous leur demandons également d’être vigi­lants et de bien regarder autour d’eux dans les moyens de trans­port », déclare le ministre adjoint de l’Intérieur, Sami Youssef. Et d’ajouter : « Les citoyens peuvent appeler le 180 pour signaler à la police toute anomalie. Nous avons mis en place un plan pour sécuri­ser les places et les bâtiments étatiques ». Cette semaine encore, un attentat a frappé un bâtiment des renseignements militaires dans la ville d'Anchass dans le delta détruisant une partie du mur de l'enceinte. L'explosion a fait 4 blessés.

Les responsables au ministère de l’Intérieur craignent, en effet, d’autres attaques d’autant plus que des menaces circulent sur Internet. Ainsi, le directeur du réseau informatique des Frères musulmans, Rassd, Amr Farrag, écrivait cette semaine sur sa page Facebook : « Actuellement, les opérations sont menées à l’échelle des explosions, puis elles passe­ront à une autre échelle, celle des assassinats ». Simple intimida­tion ? Rien n’est moins sûr.

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