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Université d'Al-Azhar: l'affrontement

Ola Hamdi, Mardi, 31 décembre 2013

Depuis samedi, l'Université d'Al-Azhar connaît des affrontements sanglants entre les forces de l'ordre et les étudiants islamistes. Une situation qui exaspère aussi le voisinage.

Rancoeurs et amertume
L'enceinte de l'université transformée en champ de bataille. (Photos: Moustapha Emeira)

Les étudiants islamistes de l’Université d’Al-Azhar ne décolèrent pas. Tout au long de la semaine, ils se sont livrés à une véritable démonstration de force face à la police devant l’enceinte de leur établissement. Le bilan cette semaine est lourd : un mort et des dizaines de blessés. Plusieurs dizaines d’étudiants ont en outre été arrêtés pour « possession illégale d’armes » et « trouble à l’ordre public ».

Il est 10h30 lundi devant l’université. Les forces de l’ordre ont pris place devant l’enceinte pour assurer le bon déroulement des examens. On voit des véhicules blindés et des soldats munis de matraques et de bombe lacrymogène. Après les accrochages de septembre dernier au cours desquels 9 étudiants avaient trouvé la mort, la direction a décidé d’autoriser la sécurité à pénétrer à l’intérieur de l’enceinte universitaire. « L’université est devenue une véritable caserne. Les étudiants islamistes veulent à tout prix interrompre les cours et compromettre les examens », lance Mona, étudiante.

Les étudiants des Frères musulmans sont remontrés contre la direction d’Al-Azhar, la plus haute institution de l’islam sunnite, qui avait soutenu l’armée lors de la destitution de Mohamad Morsi début juillet. Ils demandent la démission du président de l’université, Ossama Al-Abd, et la libération de leurs collègues détenus par les services de sécurité. A l’entrée principale, et devant la faculté de commence dont les locaux ont été incendiés samedi durant les accrochages, un groupe d’étudiants a pris place. Certains prennent des photos de l’incendie tandis que d’autres sont engagés dans une discussion. « Les examens devaient commencer à 10 heures. Il est 11h30 et personne ne nous répond. Va-t-on passer l’examen ou non ? », demande Ali, étudiant en commerce, avec irritation. Son collègue Mohamad renchérit : « Les forces de l’ordre sont entrées à l’intérieur des facultés. Hier, un de nos collègues a été blessé par balle. Il n’a rien fait ». Les étudiants affirment ne pas avoir incendié le bâtiment de la faculté de commerce. « L’incendie est dû aux bombes lacrymogènes lancés intensivement par la police en direction de la faculté pour disperser les étudiants », explique Ali. Une source de sécurité avait indiqué que les étudiants ont interrompu les examens et mis le feu au bâtiment.

A quelques pas de là, un groupe d’étudiants manifeste pour protester contre la présence de la sécurité au sein de l’université et dénoncer « la mort en martyrs de leurs collègues sous les balles de la police ».

En se rapprochant de la faculté de commerce, la police tire des coups de feu en l’air pour disperser les étudiants et les empêcher d’atteindre l’avenue Al-Nasr à l’extérieur de l’université. Tout d’un coup, la pagaille s’installe. Les étudiants se mettent à courir dans toutes les directions et à lancer des pierres contre la police. De l’autre côté du campus, à la faculté d’agronomie, des affrontements ont également lieu. Certains étudiants ont trouvé des pierres sur le toit du bâtiment et se mettent à les jeter sur les forces de l’ordre. Ces dernières répliquent à coups de gaz lacrymogène. Un énorme nuage blanc couvre le campus universitaire.

« Le ministère de l’Intérieur est un voyou », scandent les étudiants. Ces slogans hostiles provoquent les policiers qui continuent à lancer des gaz lacrymogènes sans même recevoir l’ordre des officiers. De l’autre côté, les étudiants lancent des feux d’artifice. Et une véritable bataille s’installe sur les lieux.

« Nous n’avons pas le choix, nous devons continuer à lutter pour réclamer les droits de nos collègues morts en martyrs, et pour libérer ceux qui ont été arrêtés. Nous ne quitterons jamais le campus. S’ils veulent qu’on parte, ils doivent nous tuer », lance Mahmoud. Et de poursuivre : « A bas le pouvoir militaire ! ». Les Frères musulmans ont condamné dans un communiqué la « répression violente des manifestations estudiantines » en qualifiant le déploiement de forces de sécurité sur les campus universitaire de « tentative du pouvoir de réduire au silence les voix de l’opposition ».

Pour importuner la direction de l’université qu’ils jugent « complice des militaires », les étudiants islamistes ont cherché par tous les moyens à compromettre les examens. « Certains d’entre eux sont entrés dans une salle d’examen et ont versé de l’huile sur les bancs pour empêcher que les étudiants n’y prennent place. Ils ont fermé la porte d’une autre salle avec des chaînes pour empêcher l’examen d’avoir lieu ! », explique Salma, étudiante ne faisant pas partie du courant islamiste.

Mais pour la direction, les examens doivent avoir lieu. « Les responsables de la faculté d’agronomie nous ont dit que les examens n’ont pas été supprimés », explique Hassan, jeune étudiant en agronomie. Et d’ajouter : « Les forces de police nous disent : allez à l’examen et ne vous absentez pas. Et même si vous ne répondez pas aux questions vous serez reçus ! ». Pour encourager les étudiants à se rendre dans les salles d’examen, la direction de l’université est allée jusqu’à distribuer gratuitement des sandwichs !

Avenir en premier

Le tohu-bohu soulevé par les étudiants islamistes ne plaît pas à tout le monde. Et pour certains étudiants, c’est leur avenir qui compte en premier. « Nous sommes ici dans cette faculté pour apprendre et non pour manifester. Tout le monde doit laisser ses tendances politiques à la porte de l’université. Je veux terminer mes études pour travailler et aider ma famille. La politique ne va rien nous rapporter », lance Hamada, étudiant à la faculté de commerce. Certains étudiants ont dû quitter la cité universitaire pour être à l’écart des troubles et des menaces proférées par les Frères.

C’est le cas de Abdallah, étudiant en agronomie. « J’ai essayé plusieurs fois d’expliquer à mes collègues que nous devons protéger l’image de notre université qui représente l’islam dans le monde. Notre université est fréquentée par des étudiants de 122 pays à travers le monde. Ce qui se passe en ce moment est inacceptable », estime Abdallah.

Les professeurs, eux, ont le même sentiment. « La cité universitaire est devenue un repaire de terrorisme. Nous avons demandé à la direction de l’université de fermer la cité », Hassan Eweida, président du club des professeurs de l’université. Non loin de la faculté d’agronomie se trouve la faculté d’ingénierie, dominée par les islamistes. Les portes sont supervisées par la sécurité. Personne ne sait si les examens auront lieu.

A 14h, les affrontements reprennent. Les étudiants tentent cette fois d’occuper la rue Moustapha Al-Nahhas. Les habitants se sont rassemblés de l’autre côté de la rue pour voir le spectacle. Certains en ont assez de ce qui se passe. C’est le cas Sameh Saïd, propriétaire d’un petit magasin. « Nous ne pouvons plus vivre dans ces conditions, ces étudiants ne cessent de causer des troubles. Ce sont des terroristes comme tous les Frères musulmans.

Cette université doit être fermée », dit-il. Les étudiants islamistes défendent peut-être leurs droits. Mais au bout du compte ce sont les autres qui en paient le prix.

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